Jordanie: Le Pape François attendu auprès des réfugiés

Publié le par Patrice Sabater

ROME-AMMAN –  Dans une interview à Zenit, le Père Khalil Jaar du Patriarcat Latin à Amman exprime l’excitation suscitée par la perspective du rassemblement au bord du Jourdain, là où Jésus fut baptisé. Plus de 400 réfugiés et malades sont attendus pour l’occasion.

Dans quelques (jours), le Pape François arrivera au Moyen-Orient. Le Père Khalil Jaar est déjà tout impatient.

« On m’a demandé si je pouvais organiser la venue de deux bus de réfugiés pour une rencontre avec le Saint Père », raconte avec fierté le prêtre du Patriarcat latin.

« Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps. De notre paroisse, environ 40 personnes seront là pour le rencontrer. Au total, il est prévu que 200 réfugiés et 200 personnes malades et handicapées rencontrent le Pape le 24 mai à l’endroit où notre Seigneur fut baptisé dans le Jourdain. »

La paroisse du Père Jaar de Sainte-Marie Mère de l’Eglise se trouve à Amman, la capitale de la Jordanie. Sa principale préoccupation est de prendre soin des réfugiés qui cherchent un abri après avoir fui la Syrie et l’Irak.

« Au Moyen-Orient, la crise des réfugiés prend des proportions épiques. Des millions de personnes sont en fuite », dit-il.

Pendant des années, le Père Jaar a aidé les réfugiés pour qu’ils mènent une existence digne. « Nous avons commencé notre travail lorsque la situation en Irak a échappé à tout contrôle suite à l’invasion américaine de 2003. »

« Maintenant, bien sûr, nous sentons de plein fouet l’impact de la crise syrienne. »

Depuis le début de l’année seulement, 400 nouvelles familles chrétiennes ont frappé à la porte du Père Jaar : Syriens, bien sûr, mais aussi de plus en plus d’Irakiens. D’une part, il y a les familles irakiennes qui ont fui vers la Syrie il y a des années et qui ont maintenant tout perdu à nouveau. Mais il y a aussi des familles qui viennent directement de l’Irak.

« Pendant des années, il semblait que le nord de l’Irak avec la région autonome kurde était sécurisé. Mais c’est désormais le régime de la terreur. »

« Beaucoup de chrétiens qui ont fui Bagdad et dans le sud vers le nord sont maintenant contraints de faire leurs valises à nouveau. »

Le Père Jaar fait part de sa propre expérience et dit combien l’Irak est dangereux. « Une fois j’ai été enlevé à Bagdad. C’était peu de temps après l’invasion américaine de 2003. Je dois remercier Dieu d’avoir été libéré. » Régulièrement les familles de réfugiés se rassemblent au centre paroissial pour recevoir des secours : des aliments de base comme le riz, le lait en poudre, le thé et le sucre sont remis, de même que des vêtements et des jouets pour les enfants.

« Sans la générosité des donateurs d’Aide à l’Eglise en Détresse (AED*), nous n’aurions pas été en mesure d’assurer ce soutien », dit le Père Jaar avec reconnaissance.

Les hivers sont un défi particulier; au Moyen-Orient, ils peuvent aussi être longs et froids. Couvertures, vêtements chauds et chauffage au gaz sont ensuite distribués aux familles.

Dans les camps de réfugiés, la situation est particulièrement mauvaise. La neige et l’eau résultant du dégel rendent la vie dans les tentes intolérable. Les camps de réfugiés sont alors entièrement sous l’eau.

Le Père Jaar a donc lancé son propre projet de secours d’hiver. « C’est notamment grâce à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) que je peux agir rapidement en cas de besoin. J’ai pu acheter et mettre en place des huttes portables appropriées hiver à l’épreuve à la place des tentes. »

Cette aide a été accordée aux musulmans syriens. Les chrétiens ne restent pas dans les grands camps comme Zaatari dans le nord de la Jordanie près de la frontière syrienne.

« Ce serait trop dangereux pour eux », explique le Père Jaar. « Dès que les familles chrétiennes de Syrie arrivent dans les camps, l’administration du camp m’appelle et je les amène sur ma paroisse. »

Il ne fait pas de discrimination religieuse. « Bien sûr, j’aide les familles musulmanes. Elles sont aussi les enfants de Dieu. Je ne peux donc pas faire de différence entre nécessiteux qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Ma foi ne me permet pas de le faire. »

Compte tenu de la grande nécessité, le Père Jaar insiste pour que les réfugiés profitent de toute l’aide qu’ils peuvent obtenir. « Je mets une condition à notre aide : que les familles s’inscrivent auprès de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés. »

« Beaucoup ont peur de s’y inscrire. Ils craignent que cela puisse avoir des conséquences néfastes lors de leur retour en Syrie. »

« Mais je les encourage à le faire. Après tout, ce faisant, ils obtiennent le statut de réfugié et peuvent prétendre aux avantages offerts par les organismes de secours des Nations Unies, tels que les soins de santé gratuits. »

La Jordanie a pris des centaines de milliers de Syriens et d’Irakiens. Mais ils ne peuvent s’attendre à aucun avantage. Les réfugiés ne sont officiellement que des « clients » en Jordanie.

Le Royaume n’a jamais signé la convention sur les réfugiés qui accorderaient certains droits aux réfugiés, tels que les soins de santé, la scolarisation des enfants et ainsi de suite.

L’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) a donc déjà aidé le Père Jaar en 2011 pour payer les frais de scolarité des enfants irakiens dans les écoles catholiques. Parfois, le Père Jaar dit qu’il a l’impression que son travail est une goutte d’eau dans l’océan. « Mais il faut bien commencer quelque part. Quoi qu’il en soit, ce travail fait de moi le pasteur le plus heureux du monde. » Il se réjouit en particulier de rencontrer le Saint-Père. « Il est important que les réfugiés fasse l’expérience de la solidarité du Pape. Cela leur donnera de l’espoir et le sentiment qu’ils n’ont pas été oubliés. »

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