Et si demain... la Jordanie !?!

Publié le par Patrice Sabater

Le journal francophone libanais « L’Orient le Jour » titre dans son édition du 24 juin 2014 : « J’ai un message pour la Jordanie, nous venons vers vous avec la mort et des ceintures d’explosifs ». Un titre qui laisse songeur...

Le royaume Hachémite semble à son tour visé par l'avancée des insurgés sunnites en Irak. La Jordanie craint une contagion dans le royaume qui le déstabiliserait encore davantage. Depuis le début de la crise syrienne il est confronté à l'afflux de très nombreux réfugiés. Il lui faut se prémunir également d’islamistes qui sont actifs dans la région. Le journal libanais « L’Orient le Jour » avance qu’ils sont « déjà présents en Syrie, où ils contrôlent certaines zones-clés. Le puissant groupe ultraradical de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daech) a lancé le 9 juin une vaste offensive en Irak qui lui a permis de mettre la main sur de larges pans de territoire. Selon des experts, la Jordanie pourrait être une de ses prochaines cibles ». (édition du 24 juin 2014)
La Jordanie, qui vient de recevoir le Pape François, est certainement le pays le plus stable de la région ; en partie cela est dû à la paix signée avec Israël sous le règne du roi Hussein de Jordanie. Elle favorise le dialogue entre les diverses composantes du pays, à l’écoute des tribus, en réflexion permanente au niveau de la culture et du dialogue intereligieux. La Jordanie a été ces derniers mois à l’initiative de nombreuses rencontres internationales de haut niveau. Malgré tout, Amman doit gérer 600 000 réfugiés syriens sur son territoire, et essaye de réagir aux questions de sécurité liées à ses propres jihadistes – dont de nombreux ont rejoint Daech ou d'autres groupes liés à el-Qaëda en Irak ou en Syrie. Il y aurait, selon les spécialistes, environ 2 000 jihadistes jordaniens en Syrie et en Irak. Et le journal libanais d’ajouter : « La Jordanie doit sérieusement s'inquiéter. Daech est très organisé et puissant », assure Hassan Abou Hanieh, spécialiste des groupes islamistes, ajoutant que les jihadistes ont pour projet de « prendre pour cible » le royaume ». Le pire qui pourrait arriver, serait d’entrer dans une dynamique conduisant à un autre Vendredi Noir comme ce fut le cas jadis contre les Palestiniens ou encore permettre la jonction entre les divers groupes jihadistes favorisant ainsi un arc Syrie-Irak-Jordanie. Bien évidemment cette possibilité compliquerait à la fois les positions contradictoires des pays du Golfe (essentiellement Qatar/Arabie Saoudite), ainsi que les politiques d’Egypte en plein exercice d’éradication des Frères Musulmans mais aussi l’Etat d’Israël.

Bien évidemment, on ne regarder la situation au Liban et en Turquie – dans une moindre mesure -, avec inquiétude. Jusqu’à présent les exactions ont été, au Liban, surtout circonscrites à Tripoli et dans le Nord du pays (Akkar et Bekaa). Néanmoins, Beyrouth reste le théâtre d’attentats épars mais récurrents, ainsi que le sud du Pays du Cèdre. Cette activité suit les contours de la crise syrienne dans un contexte politique intérieur difficile. Il aura fallu attendre de nombreux mois pour que le pays ait un Premier Ministre, et ensuite un gouvernement nommé. Aujourd’hui, les ambitions et les rêves les plus fous souhaiteraient donner de nouveaux contours aux Accords de Taëf, et ainsi changer la physionomie de ce pays dont on dit qu’il est « un message ». Depuis le départ du Président Michel Sleiman, le Liban n’a toujours pas de Président de la République... Ainsi donc, nous constatons que le « Printemps arabe » si porteur de liberté et de tant d’espoirs s’est retourné sur lui-même et a favorisé perversions, paralysie, recomposition des cartes géopolitiques et géostratégiques tant au niveau local qu’international, émergence des groupes salafistes et autres islamistes extrémistes. Nous n’avons pas encore assez de recul pour en dessiner tous les contours.

Le dernier voyage du Saint Père dans cette région, et la tenue d’une rencontre spirituelle pour demander la paix réunissant le Premier Ministre israélien Shimon Peres et le Président palestinien Mahmoud Abbas autour du Pape François et du Patriarche œcuménique grec-orthodoxe Bartholomeos 1er a contribué à dire qu’il y aura toujours une porte de sortie pour les hommes de bonne volonté. Lorsque les armes et les pourparlers n’arrivent pas à sortir de l’enfermement, la dimension spirituelle propose une autre voix : celle de la raison et de la concorde, celle de la miséricorde et delle de l’Amour. La Jordanie, quant à elle, est certainement le pays arabe aujourd’hui le plus à même à entrer dans un dialogue ouvert et pacifique avec les chrétiens avec qui les rapports sont généralement cordiaux. Ce dialogue a été marqué par la grande hospitalité du roi régnant et de la famille royale, ainsi que par les dignitaires et responsables jordaniens non seulement vis-à-vis du Pape, mais aussi de ses délégués (le Cardinal Tauran, par exemple), et plus quotidiennement le Patriarche latin de Jérusalem – Mgr Fouad Twal -, et de son Vicaire Patriarcal Mgr Maroun Lahham, évêque.

Nous restons, bien évidemment, mobilisés pour essayer de comprendre cette nouvelle donne politique, et essayer par la prière et le dialogue à trouver des solutions viables... chacun à son niveau ; et principalement en soutenant les chrétiens du Proche-Orient si meurtris...

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Et si demain... la Jordanie !?!
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