Liban - Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés : « Nous devons témoigner de notre foi »

Publié le par Patrice Sabater

Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés au Liban, a affirmé à l’œuvre internationale catholique de bienfaisance « Aide à l’Église en Détresse » qu’il était extrêmement important d’aider les chrétiens du Proche-Orient à ne pas émigrer. Quiconque est d’origine proche-orientale doit « témoigner de sa foi au Proche-Orient ». Les premiers missionnaires ont annoncé l’évangile, et c’est pour cela qu’ils ont été assassinés par les païens. C’est l’essence même du christianisme que d’annoncer l’Evangile « par sa propre vie ». Certes, certains pays occidentaux se réjouissent qu’il y ait des gens qui quittent leur patrie, parce que grâce à cela ils bénéficient d’une main-d’œuvre à bas coût. Mais ce n’est pas bon pour l’Evangile, a souligné le Père Raymond Abdo.

Il sait comme il est difficile de convaincre les chrétiens de rester au Proche-Orient, vu que beaucoup d’entre eux ne voient aucune perspective, ni pour eux-mêmes ni pour leurs enfants, et que dans certains pays, leur vie est même menacée. En restant, il souhaite lui-même témoigner du fait « qu’on peut rester ».

Au Liban, l’Ordre des Carmes s’emploie de son mieux à procurer des perspectives d’avenir aux chrétiens. Selon le Père Abdo, il est surtout important de convaincre les chrétiens qu’ils ne doivent pas vendre leurs terrains. Beaucoup d’argent en provenance d’Iran et des États du Golfe rentrent dans le pays pour acheter en masse un grand nombre de terrains. Il faut empêcher cela. Par ailleurs, il est nécessaire de créer des emplois pour les chrétiens au Proche-Orient, étant donné qu’ils sont souvent discriminés dans leur recherche d’emploi. En leur procurant un travail, on pourrait les motiver à rester. C’est par exemple ainsi qu’un chrétien libanais a fondé une entreprise internationale de logiciels. Le monastère des Carmes de Kobayat a mis des locaux à sa disposition afin que le travail puisse immédiatement commencer. Cela a permis de créer 45 postes de travail dans ce village situé à proximité de la frontière syrienne, loin de Beyrouth, la capitale. L’entreprise, qui a commencé son activité il y a un an, pourra déjà fournir plus d’une centaine d’emplois aux hommes et aux femmes l’année prochaine.

Une analyse superficielle laisse penser qu’il y a beaucoup de problèmes, a expliqué le Provincial. Cependant, en tant que chrétien, il est « optimiste ». « On peut souffrir, on peut avoir des difficultés, mais quand on est lié au Christ, on témoigne du Christ et on donne de l’espérance aux gens. Nous donnons aussi de l’espérance aux musulmans et aux autres communautés, parce que sans nous ils n’auraient pas la chance d’apprendre à connaître le Christ », a-t-il souligné. Il reconnaît en outre de nombreux signes qui sont porteurs d’espérance. Par exemple, la société est modérée au Liban, et il y a un bon dialogue avec les musulmans dans les écoles et universités catholiques. Sur les 200.000 élèves qui fréquentent les écoles catholiques du Liban, il y a environ une moitié de musulmans. C’est la même chose pour les universités catholiques. Pour les chrétiens, il y a donc chaque jour de nombreuses occasions de rencontrer des musulmans et d’être en relation avec eux, et dans l’autre sens, il y a des enfants musulmans qui suivent les cours de professeurs chrétiens. Même dans la politique, il y a un « bon dialogue », même si celui-ci « ne repose pas toujours sur des principes justes. » La question qui se pose dans le monde politique est différente de celle posée dans le monde religieux : bien souvent, chaque partie se demande « si elle pourra tirer quelque chose d’un dialogue », tandis que dans le domaine religieux, il s’agit de respecter les autres dans leur identité.

Au Liban, l’Ordre des Carmes dispose de six monastères avec 31 moines, dont plus de la moitié a moins de 35 ans. La Province de l’Ordre, qui a été érigée il y 40 ans, grandit. Les Carmes sont déjà représentés depuis 1643 au Liban. Il y a encore des vocations, bien que ce soit moins que dans le passé. Le climat n’est plus tellement favorable aux vocations, dans la mesure où ce sont justement les familles chrétiennes qui accordent une très grande importance à la formation et qui sont prêtes à faire de grands sacrifices financiers, surtout pour envoyer leurs fils dans des universités privées. Par ailleurs, la jeunesse est connectée au monde par Internet, et il y a « les mêmes problèmes que partout à l’époque actuelle ». Cependant, les jeunes hommes se posent toujours la question de la vocation, et « quand Jésus-Christ rentre dans le cœur d’un homme, il ne demande pas la permission à son intellect ou à sa culture, mais il lui dit simplement viens ! » Très récemment, les Pères Carmes ont pu se réjouir que des vœux perpétuels soient prononcés, et l’année dernière il y a eu trois ordinations sacerdotales. De plus, beaucoup de prêtres libanais travaillent comme missionnaires dans d’autres parties du monde.

Le sanctuaire de l’Enfant Jésus de Prague, au monastère Saint Élie, à Maaysrah Kesrwan, est particulièrement important pour les Carmes du pays, mais aussi pour les fidèles. On y vénère depuis 2006 une reproduction de la statue de l’Enfant Jésus de Prague, que les Pères ont reçue de leurs confrères de République tchèque. L’Enfant Jésus de Prague est très vénéré au Liban, et de plus en plus de fidèles viennent au sanctuaire, où ils reçoivent souvent de grandes grâces et l’exaucement de leurs prières. Pour le Père Raymond : « Le plus important est que cela nous rapproche de Dieu, et que grâce à cela nous nous sentions aimés de Lui. Nous ressentons aussi qu’il n’est pas si difficile de L’aimer et de Le toucher ; car c’est un enfant ! » Tandis que le Liban était, il y a encore 40 ans, le seul pays du Proche-Orient dont la majorité chrétienne pouvait représenter jusqu’à 70 % de la population, les musulmans sont aujourd’hui majoritaires et les chrétiens ne sont plus qu’à peine 45 pourcents. « L’Aide à l’Église en Détresse » fournit aux Pères Carmes une aide continue pour la formation des jeunes religieux ainsi que pour la rénovation de leurs monastères. L’Œuvre de bienfaisance soutient également les religieux au moyen d’honoraires de messe.

Source: Eva-Maria Kolmann - AED-International

 

Pour aller plus loin... Page Facebook des Carmélites au Liban:

www.facebook.com/group.php?gid=69796949455

Liban - Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés : « Nous devons témoigner de notre foi »
Liban - Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés : « Nous devons témoigner de notre foi »
Liban - Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés : « Nous devons témoigner de notre foi »
Liban - Le Père Raymond Abdo, Provincial des Carmes déchaussés : « Nous devons témoigner de notre foi »
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :