L'ONU, le monde, la guerre et la paix: « Fallait-il assassiner Jaurès ? »

Publié le par Patrice Sabater

« Fallait-il assassiner Jaurès ? »

Quelle place réelle de l’Homme dans le concert des Nations ?

L’humanité. Un mot qui, dans l’actualité de nos jours, ne semble porter aucune réalité. Pourtant, pendant des siècles, cette seule référence fut, dans la plupart des cas, une source d’espérance, de respect et de progrès. L’homme de progrès qui voulait savoir et grandir se devait de « faire ses humanités ». Il s’agissait bien, pour l’Homme, d’espérer le Bien, de devenir un homme en progression, en mouvement, un homme si plein de nouvelles connaissances qu’il pouvait, en quelque sorte, transcender sa vie. Tel fut le rêve de Jean Jaurès que nous venons de célébrer ces jours : un républicain, un progressiste, un socialiste, un pacifiste..., et un homme de Bien. Jacques Brel s’écrie dans une de ses dernières chansons « Pourquoi fallait-il tuer Jaurès ? ». A la veille de la Grande Guerre, Jaurès savait que le mal de la guerre qu’il avait vu serait terrible parce que décuplé aux horizons du Monde ; c’est-à-dire de l’Europe. Il fallait fermer la bouche de celui qui appelait à la paix, à l’union et à la communion. Le tribun n’aura pas su faire entendre sa voix de façon efficace pour tous, mais son message est passé. Jaurès, fondateur du Journal « L’Humanité »... chère humanité si blessée aujourd’hui !!! Et, dans tout cela, où est l’Homme ?

Lorsque le premier conflit mondial s’arrête, les Nations se réunissent en 1919. Au cours de la Conférence de Paris est élaboré le Traité de Versailles. La Société des Nations est créée. Hormis les clauses de ce Traité, en particulier tout ce qui s’attache au désarmement comme « principe de sécurité collective », les Nations évoluent dans leur engagement politique et diplomatique. Il ne s’agira plus désormais de négocier de pays à pays ou de négocier secrètement mais de le faire dans un esprit de corps. La raison pacifiste et humaniste avait donc permis de faire un bond en avant en prenant appui sur les conflits passés du 19ème siècle et sur la Grande Guerre. La réalité démontrera le contraire. La Société des Nations (SDN) ne pourra empêcher la montée des nationalismes en Europe, le désir de revanche de l‘Allemagne frustrée et honteuse, l’émergence d’idéologies racistes et antisémites, la Guerre civile espagnole, la volonté de décolonisation de nombreux pays et l’effondrement des anciens empires coloniaux (la France, en particulier). A cette époque, un homme politique qui n’avait rien ni de républicain ni de démocrate, Benito Mussolini, affirmait dans sa superbe : « La Société de nations est très efficace quand les moineaux crient, mais plus du tout quand les aigles attaquent ». Incapable d’opposer un corps armé, incapable de faire évoluer les situations belliqueuses les plus marquées vers la paix, la cloche de la défaite et de la critique sonne le glas de ses tentatives honorables. La SDN n’avait pu éviter le deuxième conflit mondial et la tragédie qui lui était corrélée... Néanmoins, une nouvelle tentative sera mise en chantier en 1945 avec la création de l’Organisation des Nations Unies. Et, dans tout cela, où est l’Homme ?

Nouvelle tentative et nouveaux espoirs.

L’Organisation des Nations Unies sera la première grande organisation transversale et internationale. La nouvelle organisation s’emploie à corriger les erreurs de la SDN en se dotant d’un Conseil de Sécurité, mais en gardant sa volonté d’œuvrer pour la paix, pour la coexistence pacifique entre les peuples et pour la concorde. Un des premiers actes de la nouvelle fondation est la création de l’Etat d’Israël en 1948, qui a divisé plus que rassemblé encore aujourd’hui. Pourtant, l’initiative était, dans le fond, porteuse d’espoir ; principalement pour les Juifs du monde entier qui venait de vivre l’horreur absolue... Néanmoins, il nous faut réentendre la sentence du Duce et bien avouer que l’ONU semble de moins en moins crédible et de plus en plus prise dans des filets l’empêchant d’agir véritablement. La voix du Secrétaire Général de l’organisation internationale semble inaudible, poussive et sans aucun poids. Les exemples en la matière ne manquent pas : la guerre en Yougoslavie, Irak-Iran, la guerre au Koweït ou en Afghanistan, la guerre en Syrie, le conflit actuel en Irak... Ce sont  aussi les conflits permanents entre Israël et la Palestine, au Maghreb avec le Front Polisario... L’ONU n’arrive pas à se faire entendre pour que les armes se taisent. Le Conseil de Sécurité et l’adoption du VETO sont à la fois nécessaires parce que contraignants, mais en même temps empêchent de pouvoir arrêter à chaque fois l’horreur. Il faut attendre de très nombreux morts pour qu’enfin un fragile arrêt des combats intervienne. Il en est ainsi pour les conflits africains ou proche-orientaux actuels. Y a-t-il une réelle volonté politique ? Y a-t-il une réelle capacité internationale d’intervention ? Que doivent attendre les chrétiens d’Orient, par exemple, de l’ONU ? Que doivent attendre les populations les plus fragiles de ces Etats plus occupés par leur position sur l’échiquier politique et par les dividendes qu’ils peuvent tirer de ces situations précaires ? Que dire encore des Droits de l’Homme ? L’Humanité, la Paix et le Bien étaient la visée de l’Organisation internationale. Il est à constater que c’est un échec patent dans la majorité des cas. Prenons un exemple récent : on abat un avion civil dans l’espace aérien ukrainien et il n’y a pas le moindre remous et, quand les Etats s’agitent, on constate avec quelle timidité ils avancent  et condamnent les auteurs de cet acte effroyable. L’ONU adresse des protestations, condamne quelques fois avec énergie comme à Gaza aujourd’hui, mais sans le moindre crédit même quand ses propres bâtiments ou ses véhicules sont touchés. Pour autant, elle n’est pas la seule organisation à se débattre ainsi. La Ligue Arabe et l’Union européenne semblent aussi complètement phagocytées et incapables de pouvoir définir une politique commune, une ligne directrice ferme, et d’avoir une politique étrangère et diplomatique de haut vol. Il est vrai que notre temps n’a pas donné au monde de grands dirigeants, de personnages politiques avec une grande aura, d’hommes et de femmes d’Etat capables d’entraîner avec eux leurs peuples dans la voix de la paix. Et, dans tout cela, où est l’Homme ?

Alors, que faudrait-il faire aujourd’hui Monsieur Jaurès ? Vous n’avez connu ni la SDN ni l’ONU. Vous n’avez pas connu l’émergence de l’Europe. Vous œuvriez pour l’Internationale des Peuples et pour l‘Internationale ouvrière. Votre temps fut marqué, suite à votre assassinat, par « l’Union Sacrée »... Peut-être faudrait-il songer à l’union des cœurs, à la recherche du Bien commun, à la subsidiarité plutôt qu’à vouloir se cantonner dans les marasmes de la division stérile et politicienne ?!? Ou peut-être encore conviendrait-il de redonner plus de poids aux peuples et moins aux politiques ?!? N’y aurait-il pas place aujourd’hui pour une troisième saison de l’Organisation internationale (l’ONU) lui permettant d’avoir les moyens efficaces pour avancer dans un siècle de paix ?!? Pour cela il faudrait des hommes de convictions, des hommes de poids avec une visée politique, et peut être prophétique ! Il faudrait une véritable volonté politique ; le désir du Bien commun et, enfin surtout, un regard positif sur l’Humanité qu’elle veut servir. Car ne serait-ce pas en fin de compte l’Homme qui est au centre de tout comme les derniers Papes l’ont rappelé au nom de l’Evangile? « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » disait, en son temps, Saint Irénée de Lyon. Cherchons ensemble à ce que l’Homme, où qu’il se trouve, soit toujours pour l’Autre et pour la collectivité un « Homme vivant ».

Père Patrice Sabater Pardo, cm

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