SYRIE : Syriens et Libanais, ils se souviennent du Père Frans, sj., assassiné à Homs

Publié le par Patrice Sabater

Le 7 avril dernier dans la vieille ville de Homs, "un homme de paix" était abattu devant sa maison Frans van der Lugt, prêtre jésuite néerlandais, résidait en Syrie depuis 1966. Malgré la guerre et les conditions de vie extrêmement difficiles, il avait choisi de rester dans ce secteur de la ville, assiégé et bombardé depuis près de deux ans par les troupes de Bachar el-Assad.

Le 7 avril, un lundi matin, "un homme est venu le chercher, l'a sorti de la maison et lui a tiré à deux reprises dans la tête, dans la rue, en face de sa maison", a expliqué le secrétaire de la Comagnie des jésuites néerlandais, Jan Stuyt.

En février, le prêtre, âgé de 75 ans, déclarait à l'AFP : "Le peuple syrien m'a tant donné, tant de gentillesse, tant d'inspiration".

A en croire les témoignages de Syriens et de Libanais l'ayant connu, le religieux a également beaucoup donné en retour.

Georges Kurdy et son épouse Mona, deux Syriens résidant à Damas, assistaient aux conférences du père Frans depuis 1974. "Nous avons été toujours fascinés par son éloquence, sa spontanéité et son discours qui touchait à la fois le cœur et la tête", confient-ils à L'Orient-Le Jour. Ce n'est qu'au milieu des années 80, qu'ils font personnellement sa connaissance. Le prêtre devient leur conseiller, mais aussi "un ami fervent de toute la famille", au point d'être choisi en tant que parrain d'un de leurs trois enfants.

C'est lors des marches, des groupes de prière et des retraites spirituelles organisés par le Père Frans que Georges et Mona ont découvert son charisme. "Il pouvait aider n'importe quelle personne : les handicapés, les personnes âgées, les démunis", disent-ils, souhaitant s'exprimer au nom du couple. "Il aidait surtout les jeunes pour lesquels il assurait des espaces d'émancipation et d'expression tout en veillant à leur équilibre", ajoutent-ils.

Au fur et à mesure de la dégradation de la situation à Homs, où vivait le Père, "un exemple de fidélité", l'inquiétude de Georges et Mona est allée croissante. Pour se transformer en grande tristesse à l'annonce de sa mort. Aujourd'hui, ils s'accrochent à certaines paroles du jésuite : "Je suis Syrien, d'origine hollandaise et j'assume"; "En avant" et sa devise : "Accepter l'autre tel qu'il est et aussi différent soit-il".

Naheda a, elle aussi, connu le Père Frans. Cette Libanaise de 36 ans l'a rencontré en 2007, après s'être fiancée à un Syrien.

"Un week-end, nous sommes allés de Damas à al-Ard (près de Homs, ndlr), une institution construite par le père Frans. Je pensais que je me rendais à un monastère mais c'était totalement différent de ce que j'imaginais, raconte-t-elle à L'Orient-Le Jour. C'est une propriété immense avec des terres agricoles. Et lorsque nous sommes entrés dans la maison, à ma grande surprise, toutes les communautés étaient présentes". Sur le site, ils découvrent également un temple "qui combine dans son architecture de nombreux aspects de différentes religions. Le père nous a dit : +Tout le monde peut prier ici, quelle que soit sa religion+", raconte la jeune femme.

En août 2007, c'est le Père Frans qui célèbre le mariage de Naheda et Elie. Il avait accepté que le mariage soit célébré dans un jardin et non dans une église. "La première chose qu'il a dite, lors du mariage, est "Applaudissez !", se souvient Naheda. Il a fait de mon mariage une vraie célébration!".

C'est lors de ce mariage que Sarah, jeune Libanaise, a connu le Père Frans. "Je m'étais dis que si je décidais un jour de me marier, ce serait lui que je choisirais comme prêtre". En juin 2014, Sarah épousera un homme dont la religion est différente de la sienne. "Mais je tenais à avoir la bénédiction d'un prêtre, et je voulais celle du Père Frans, car il ne différenciait pas entre chrétiens et musulmans". A plusieurs reprises, ces derniers mois, elle a essayé d'entrer en contact avec le Père Frans pour le persuader de venir au Liban pour son mariage. Mais l'état des communications téléphoniques entre la vieille ville de Homs et le reste du monde ne lui ont pas permis de parler au religieux.

De toute façon, dit Sarah aujourd'hui, le Père Frans avait décidé de rester à Homs, "pour donner la foi et transmettre son message de paix".

Naheda, elle, a fui la Syrie pour le Liban dès le début de la guerre. "Je m'étais promise que je ne ferais pas de mon fils un enfant de la guerre, dit la jeune Libanaise. Père Frans est resté quand tous sont partis. Je pensais que personne ne lui ferait de mal, il n'était d'aucun bord, le gouvernement comme l'opposition l'aimaient".

Quand elle a appris la nouvelle de sa mort, Naheda a été prise d'une grande colère. "J'ai détesté ses meurtriers, car aujourd'hui plus que jamais nous avions besoin de lui". Mais la jeune femme a fini par choisir de "se souvenir de ses enseignements et de les appliquer". "Il aimait la vie et la célébrait", dit-elle.

Source: Nour Braïdy -

L'Orient le Jour (22 avril 2014)

 

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