Selon le Patriarche Fouad Twal (Jérusalem): Les risques sécuritaires ne peuvent empêcher le Pape de poursuivre sa mission

Publié le par Patrice Sabater

Les risques sécuritaires ne peuvent empêcher

le Pape de poursuivre sa mission

 

INTERVIEW Evoquant la visite du Pape François en Turquie ce week-end, le Patriarche latin de Jérusalem, a souligné que les risques sécuritaires ne peuvent pas empêcher le Pontife de poursuivre sa mission et d’atteindre la «périphérie» du monde. Dans un entretien accordé à Zenit le 26 novembre, et suite à la visite à Gaza du président de la Conférence Episcopale des évêques italiens, le cardinal Angelo Bagnasco, Sa Béatitude le Patriarche Fouad Twal a évoqué la nécessité d’affronter courageusement la situation en Turquie et en Terre Sainte, tout en annonçant que la réunion des évêques européens en janvier n’aura pas lieu en Europe, mais à Jérusalem.

ZENIT: Votre Béatitude, le Pape se rend en Turquie ce week-end, les 28-30 novembre. Pourriez-vous nous parler de l’importance de cette visite?

Patriarche Twal: Il s’agit toujours de la «périphérie» vous savez. La Turquie n’est pas au centre de l’Europe. Elle n’est pas très forte, ni très riche. Je pense que nous devons avoir de bonnes relations avec les pays musulmans, et avec le peuple musulman. Pour des raisons importantes comme l’amitié, la collaboration et une plus grande compréhension. Ce qui est aussi vraiment très important et qui doit être combattu c’est le relativisme, le relativisme moral. Le courage de voir la vérité est essentiel.

ZENIT: Pouvez-vous nous dire si vous croyez que la sécurité du Pape est mise à risque pour ce voyage en Turquie, surtout face aux derniers avancements de ISIS?

Patriarche Twal: Je ne le pense pas. Je me souviens en avoir parlé avec le Saint Père qui est maintenant Saint Jean-Paul II. Il m’a dit : “Là où j’ai été menacé c’est ici, à Rome, pas à l’extérieur.” Je ne pense pas que ces menaces peuvent nous empêcher ou empêcher le Pape de poursuivre sa mission. Je ne crois pas.

ZENIT: Doit-on avoir peur de penser ainsi?

Patriarche Twal: Tant que nous disons la vérité, nous ne devrions pas avoir peur. Si nous disons quelque chose de mal, nous devons en payer le prix. Mais tant que nous disons la vérité, nous devons être courageux pour la vérité. Je pense que si une mère aime ses enfants, elle doit avoir le courage de leur dire ce qui est mal, pour leur bien, pour leur avenir, leur santé. … Si vous aimez, vous devez avoir le courage de dire ce que qui est mal est mal, et que ce qui est bon est bon. Pour le bien être de tous, pour être tous ensemble. Parfois, vous devez le dire. Nous ne pouvons pas donner notre bénédiction à ce qui fait du mal aux autres. Si vous voulez croire à la paix, vous ne pouvez pas [la donner.]

ZENIT: Quand vous avez dit cela, il faut avoir le courage de dire ce qui se fait dans une situation donnée est juste ou non, est-ce également applicable à Israël?

Patriarche Twal: Poursuivons l’analogie de la mère et de ses enfants … La mère doit avoir le courage de dire à ses enfants ce qui est mal, ce qui est juste. Donc, si Israël, l’”enfant gâté”, fait quelque chose de mal, nous devons avoir le courage de dire ce qui ne concourent pas à notre bien, à notre avenir, à nos enfants. Nous devons avoir une vision élargie vers l’avenir, et non pas réduite au moment donné. Nous ne pouvons pas simplement nous satisfaire de victoires momentanées. Nous devons penser loin, loin, loin. Et quand je dis loin, je pense que nous avons besoin de mesures plus concrètes de la part d’Israël qui nous montrent qu’Israël aussi veut la paix. Et non pas seulement vivre avec le conflit ou le gérer, mais trouver une solution. Nous dévons résoudre le conflit pour tous.

Lorsqu’à Jérusalem je parle de la paix, j’appelle à la paix pour tous, puisqu’un seul peuple ne peut pas jouir de la paix sans que les autres n’aient la paix. Nous sommes condamnés à vivre ensemble [rires], nous n’avons pas le choix, nous pourrions au moins être condamnés à vivre ensemble comme de bons voisins.

Je suis de Jordanie, je sais que je suis un peu en retrait par rapport au conflit. Je sais que de l’extérieur, nous pouvons être un peu plus objectifs.

ZENIT: En ce qui concerne la visite du cardinal Bagnasco à Gaza, pourriez-vous nous parler de l’objet de sa visite à Gaza et si vous croyez que l’objectif a été atteint? Peut-être, pouvez-vous nous partager quelques-unes des remarques qu’il a faites aux autres évêques italiens lors de la conférence épiscopale qui a eu lieu récemment à Assise au début du mois.

Patriarche Twal: Nous avons beaucoup parlé de la situation. Le Pape lui-même s’inquiète de la situation dans son ensemble. Lors du dernier consistoire, j’ai lancé un appel à tous les cardinaux, évêques et présidents des Conférences épiscopales pour deux choses: premièrement, pour les inviter à nous rendre visite à Ankara juste pour prier avec nous et pour être avec nous, pour prier pour la paix dans la région. La deuxième partie de l’appel aux présidents des conférences épiscopales consistait à demander aux diocèses d’adopter ou d’acheter une maison ou une terre, à Bethléem ou à Jérusalem. Et si un diocèse est pauvre, s’il ne peut pas à lui seul, deux diocèses peuvent se mettre ensemble. Parce que, comme vous le savez, en Palestine, en Terre Sainte, à Bethléem, à Jérusalem, la terre, la maison, est frappé par la pauvreté … Nous perdons de plus en plus de maisons, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais surtout des chrétiens. Si nous avions plus de propriétés, nous pourrions davantage aider les jeunes couples à rester. Cependant, comme ils ne peuvent pas acheter, ils ne peuvent pas construire, et ils ont besoin d’aide et d’argent, donc ils ne peuvent pas rester. Telle est la difficulté.

ZENIT: Quelqu’un a t-il répondu à votre appel? Avez-vous vu des résultats positifs?

Patriarche Twal: Je sais que le cardinal Bagnasco [le président de la conférence des évêques d’Italie] a été le premier président de la conférence épiscopale à dire, “j’y vais.”

J’ai de bonnes nouvelles pour l’année prochaine. Tous les présidents des conférences épiscopales vont se rencontrer à Jérusalem. C’est la première fois. Jérusalem, ce n’est pas l’Europe. Ils sont évêques des Conférences épiscopales européennes et, normalement, la rencontre devrait avoir lieu en Europe. Cette année prochaine, je les ai invités. Ils ont accepté. Ce sera un grand événement pour nous …. Pour une prise de conscience, pour la communauté, pour que soit connue la situation. Je pense qu’après cela, personne ne sera en mesure de dire, “Je ne sais pas.” Tout le monde saura alors comment nous vivons.

Ces derniers temps, la violence s’est accrue à Jérusalem, dans Jérusalem et la question s’est posée de savoir si ces murs construit par Israël étaient une protection ou non. Si nous parlons de la guerre autour de Gaza, nous avons tous les jours des roquettes qui partent de Gaza… nous ne pouvons pas arrêter les roquettes. Et ces derniers jours, nous avons eu beaucoup de meurtres et de violences à Jérusalem, à l’intérieur du mur, ce qui est la preuve que ce mur n’aide en aucune façon. Ces murs. Ils ne veulent rien dire ces murs.

Le fait que le cardinal Bagnasco soit venu avec des membres de la présidence de la conférence épiscopale représente beaucoup pour nous. Et je dois dire que l’évêque italien, et même le gouvernement italien à sa manière, ont toujours été proches de nous, du Patriarcat de Jérusalem. Parmi les différents groupes que nous recevons au Patriarcat à Jérusalem, il y a plus de groupes italiens que de groupes américains ou allemands. Oui les Italiens ont été un peu plus accueillants. Que retenir de ça? Eh bien, nous avons rapidement vu quels étaient nos liens avec l’Italie. Il y eut au début de nombreux patriarches et prêtres italiens… Nous sommes d’une certaine manière intimement liés à la conférence des évêques d’Italie.

ZENIT: Votre Béatitude, qu’est -ce que ce geste, réponse à votre appel, signifie?

Patriarche Twal: C’est bon signe, j’espère. Lors de l’assemblée, il [le cardinal Bagnasco] a parlé de la situation en Terre Sainte, en partageant son expérience, avec les 200 ou 250 évêques présents, [entre] ceux qui sont encore actifs et ceux déjà à la retraite. Je sais que c’est peut être un bon signe. Et si chaque diocèse pouvait suivre son exemple, venir et adopter un projet, un seul projet… Un projet social, ou un projet religieux, un projet d’éducation, ou quelque chose comme une bourse, ce serait formidable. Si chaque diocèse faisait quelque chose, de grandes choses pourraient être réalisées, et ce serait formidable pour la Terre Sainte. Je sais que cela pourrait être d’une grande aide.

J’ai beaucoup d’amis qui ont aidé. Je sais que nous avons reçu de nombreux types d’aide et de collaboration, et celui-ci pourrait être très beau. Le fait qu’il ait parlé à tous les évêques était un grand pas, j’espère et je prie pour que d’autres suivent son exemple.

ZENIT: Y a-t-il une nation ou d’un groupe qui, vous pensez, va suivre son exemple?

Patriarche Twal: Certainement. Maintenant, nous avons lancé l’appel. Le Pape a parlé. J’ai parlé. Nous avons commencé. Maintenant à l’approche de Noël, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’espoir qu’ils viennent [visiter]. Mais peut-être après Noël. Nombreux sont ceux qui viennent entre Noël et la fin de l’année. Il y a quelques jours de vacances. De nombreux groupes qui ont annulé leur pèlerinage pendant la guerre de Gaza reviennent maintenant. Pendant deux mois, tout s’est arrêté. Et ce fut une grande perte. Pour Israël, pour la Palestine, pour tout le monde.

ZENIT: Votre Béatitude, prévoyez-vous dans un avenir proche, des mesures positives ou des actes de solidarité pour aider ceux qui souffrent en Terre Sainte?

Patriarche Twal: L’acceptation de mon invitation par la conférence des évêques européens de se réunir à Jérusalem en janvier est un signe important. Cela a été coordonné avec les évêques dans le but de leur donner, et qu’ils aient, plus d’informations … mais surtout, pour une plus grande solidarité envers la Terre Sainte. Nous avons donc commencé à préparer cette réunion: qui va venir, qui va parler, etc. Pour moi, du point de vue de l’information et de la sensibilisation, c’est très bénéfique.

Source: zenit.org

Traduction en français du Patriarcat latin de Jérusalem

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Selon le Patriarche Fouad Twal (Jérusalem): Les risques sécuritaires ne peuvent empêcher le Pape de poursuivre sa mission