En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !

Publié le par Patrice Sabater

En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !
En attendant Dimanche: 4ème Méditation du temps de l'Avent... Illumine les yeux de ton coeur !

Illumine les yeux de ton cœur

A l’occasion de la journée internationale de la solidarité humaine, notre regard se porte sur Marie qui, selon la voix de l’ange, « est comblée de grâce ». La première réaction de cette jeune fille est la crainte. « Elle est toute bouleversée ». On le serait pour moins ! Et, que dire encore de l’annonce que l’ange lui fait : « Tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus... le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera toujours sur la Maison de Jacob...». Le « oui » de Marie n’est donc pas premier puisque c’est la peur et le questionnement qui motivent son attitude. L’ange de Dieu se fait pédagogue. Il explique pourquoi elle est comblée de grâce, et ce qui va arriver. Il répond à ses questions, et voilà que le dialogue se noue entre cet « angelos » (« cet envoyé ») et la jeune fille de Nazareth. Le chemin est tracé par l’ange. C’est alors que Marie accepte de mettre la volonté de Dieu créateur et maître de l’impossible au creux de ses mains qu’elle portera bientôt sur son ventre arrondi, et au creux de sa vie pour que celle-ci soit entièrement consacrée à cet événement personnel et universel... Marie passe de la crainte à la foi.

Nous sommes au cœur de la Première Alliance en ce sens que l’ange nous ramène aux prophéties et à l’histoire royale d’Israël. Joseph est cité en préambule comme celui qui est accordé à Marie comme étant « un homme de la Maison de David », un homme descendant de la souche de Jessé. Le texte reprend encore les paroles adressées à Sara à propos de la naissance naturellement impossible d'Isaac (Genèse 18,14). Ainsi donc, l’Annonciation et la Visitation couronnent la liste des maternités « miraculeuses » de la Bible. Mais, si vous me le permettez, je souhaiterais revenir au texte de la première lecture en raison de la thématique qui est abordée, et qui nous rappelle cette actualité meurtrie du Proche-Orient. Je relève quatre expressions qui seront notre fil conducteur.

« J’ai été avec toi partout où tu es allé ».

La sortie d’Egypte s’est faite dans la hâte, et l’installation en Pays de Canaan n’a pas été aussi simple et linéaire qu’il n’y paraît. Ce ne serait là que le début des tribulations du peuple que Yahvé s’est choisi en faisant alliance avec lui. Le pays que Dieu donne devient un pays que les Douze Tribus d’Israël vont se partager. Dieu n’est jamais revenu sur son Alliance de son propre fait. En revanche, l’Homme s’est détourné de Dieu et a cherché d’autres chemins plus immédiats au point où l’Alliance a été rompue. Oui, « Seigneur fais-nous revenir et nous serons sauvés !». Dieu entend le cri de la prière de son Peuple, et lui promet d’être avec lui toujours, de le porter, de le délivrer, de lui donner un Sauveur... Cette semaine à Istanbul, mes chemins ont croisé des hommes et des femmes perdus sur les routes du monde. Ils venaient d’Afghanistan, d’Azerbaïdjan, d’Iran, du Cameroun, du Congo, du Mali, d’Egypte, de Tunisie ; et principalement d’Irak, de Syrie... Je les regardais discrètement et j’essayais de comprendre ce qui se réalisait devant mes yeux. C’est une chose de regarder les informations à la télévision, c’en est une autre de voir et de toucher cette misère jetée sur les routes de l’exil. La peur, la faim, les queues interminables devant les Consulats. Je suis témoin de ces files d’attente devant celui de Suède. Seigneur, combien d’enfants ! Combien de jeunes femmes enceintes ! Le Seigneur est là au milieu de ces gens... Il pleure. Il attend lui aussi qu’on lui ouvre une porte ou qu’on lui tende une main...

« Est-ce toi qui bâtiras une maison pour que j’y habite ? »

Ces réfugiés ont tout quitté. Ils sont partis parce qu’ils ont été chassés ou menacés.  Ils sont partis parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix. Ils ont tout laissé derrière eux. Ils sont partis dans la hâte comme le firent naguère les hébreux du « pays d’esclavage » et loin de la main terrible de Pharaon. Ils sont partis comme les Palestiniens sont partis de leurs terres, pour ne pas y revenir. Partir ou rester ? La Sainte Famille a été aussi dans ce cas puisque Joseph conduit Marie et Jésus en terre lointaine, de façon à protéger les siens de la main d’Hérode. Oui, ces jours derniers, j’ai vu des femmes enceintes et des bébés de quelques jours à peine. Elles ont dû partir comme Marie de Nazareth dans un état avancé et presque au terme des neuf mois... Hier soir, au concert de Noël du Collège Saint Georges des Pères Lazaristes d’Istanbul, mon regard qui se portait tout naturellement vers les musiciens et les choristes, a été attiré et presque avalé, par une famille assise de l’autre côté de la rangée des bancs. Il y avait là deux jeunes hommes, deux petits-enfants, le papa et la maman. Je me disais le papa doit être turc ! A la fin du concert, Sœur Petra – Fille de la Charité autrichienne avec qui j’étais l’avant-veille avec des réfugiés - me présente cette petite troupe. Les enfants jouaient avec les boules de Noël. C’étaient des chrétiens syriens. La jeune dame est russe. Ils étaient étonnés que je parle un peu l’arabe... J’ai vu dans leur regard de la joie, de la lumière, et, plus encore, un beau regard illuminé du plus petit ! Sa sœur, qui doit être un peu plus âgée, était davantage sur la réserve et presque effacée. S’il y avait de la joie chez les parents, les jeunes et le petit garçon, il y avait une sorte de détresse rentrée chez cette petite fille loin de sa maison et de son village. J’imaginais qu’elle puisse me dire, à moi prêtre : « Est-ce toi qui bâtiras une maison pour que j’y habite ? ». C’est une question que nous devons tous nous poser. C’est la question de la vie. C’est la question urgente des pauvres, des réfugiés et des exilés. Nous avons été si longs et si peu efficaces pendant de si nombreuses mois et de si longs années pour agir en faveur de ces populations. Nos politiques pour le Proche-Orient sont si timorées, si changeantes... et, avouons-le, si intéressées !!! Il faut, aujourd’hui, gagner la Vie et fonder l’espérance dans la Paix... de Dieu !

« Oui, je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous les ennemis ».

La Palestine dans laquelle est né Jésus est traversée par des courants messianiques, par des espoirs de bouter l’occupant dehors du territoire donné par Yahvé. Tous espèrent un sauveur et un Libérateur. L’Annonciation se produit dans la nuit, dans un moment de silence et dans les profondeurs de la terre. En effet, les maisons de Nazareth sont pour la grande majorité construites dans la roche ; cette pierre que Joseph travaille au même titre que le bois. C’est au plus profond de la terre que la Parole va prendre chair. C’est dans les entrailles de Marie que cette parole accueillie va trouver grâce et joie, espérance pour tout un Peuple. Marie pourra, dans son magnificat, chanter les merveilles du Seigneur, et redire que le Seigneur va relever les Pauvres. Oui, le Seigneur a entendu le cri de son Peuple ! Il lui donne un Sauveur... « Un fils, vous est né, un fils vous a été donné... ». Le Psaume 88 de ce dimanche nous met dans cette dynamique de louange et de fête : « L’amour du Seigneur sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux ...». Tout ce que ces hommes et ces femmes de Syrie et d’Irak attendent aujourd’hui c’est une vie tranquille, loin des massacres barbares, des menaces et de la faim. Trouver de quoi manger et se nourrir, trouver un toit, donner une éducation à un enfant..., et s’il le faut partir... partir au Canada, en Australie ou aux Etats-Unis. Et, si cela n’est pas possible, alors en Allemagne, en Suède, en France ou en Italie. Partir c’est trouver la paix aujourd’hui, mais c’est perdre ses racines, sa culture, sa langue... sa foi peut-être, ses rêves et une vie que l’on a laissés (peut-être) définitivement derrière.

« Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils ».

Il y avait de l’espérance dans les yeux de ces personnes. Dans ce malheur, on grandit si vite. Ses petits yeux ont déjà vu tellement d’horreurs ! Les oreilles ont entendu si souvent les pleurs de la maman et le désespoir du papa. Les larmes, elles, ont séchées. Les joues n’accueillent plus que le froid. Demain, peut-être, ils pleureront à nouveau comme tous les enfants du monde mais, aujourd’hui, ils essayent de faire comme leurs parents : de survivre... Noël, pour eux, ce n’est pas vraiment la chose la plus immédiate mais, hier soir, les lumières  de la belle couronne de l’Avent, les boules de Noël scintillantes et la musique ont redonné un peu d’espoir. Ils ne sont pas restés au repas par discrétion et par gêne. Ils sont chrétiens comme nous, mais à l’écart de la fête comme le seront Joseph et Marie accueillant le don de la vie dans une simple mangeoire. Nous avons tous un même Père qui est dans les Cieux, et nous sommes tous des fils ; et donc des Frères et Sœurs en Christ. C’est dans cette assurance que l’on peut attendre Jésus à la Crèche en essayant de faire une place pour le pauvre, le malade, la personne isolée, le migrant et l’étranger... En Marie, et par le « oui » de Joseph, Dieu nous a fait un si grand cadeau !!! Bon dimanche..., et à Noël !!!

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Istanbul, le 20 décembre 2014