En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)

Publié le par Patrice Sabater

En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
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En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)
En attendant Dimanche... Avec la force et la tendresse de ses mains (Sainte Famille)

Avec la force et la tendresse de ses mains

L’année qui vient de s’écouler a été marquée par cette grande réflexion sur la famille, et chacun aura pu prendre des positions particulières, et même singulières. Les textes de ce dimanche nous font faire un bond en avant de quelques années... « Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi: Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. » (Lc 2,22) Revenons, néanmoins, à ce départ précipité de la Sainte Famille qui reste dans notre imaginaire, et qui se conjugue si bien avec les réalités contemporaines...

La cathédrale du saint esprit d’Istanbul accueillait hier soir, en la Fête du protomartyr saint Etienne (premier et plus ancien martyr de l’Eglise), les religieux et les religieuses qui vivent autour du Bosphore et de la Corne d’Or. Mgr Louis Pelâtre présidait cette eucharistie. Revêtu des ornements rouges, ma pensée était perdue... Elle naviguait loin dans le temps et dans l’espace. Je pensais à saint Jérôme qui avait choisi de demeurer dans une grotte, en faisant de ce lieu et de son cœur une bibliothèque pour le Seigneur. Il lisait la Bible. Il la méditait et en traduisait avec des mots que beaucoup pourraient alors nouvellement comprendre. Son lieu de vie était proche du lieu où l’on célèbre la mémoire des Saints Innocents à Bethléem. Un petit autel simple qui porte la trace de ses enfants qui avaient à peine ouverts les yeux sur la vie, et voilà que le mot me semble si bizarre à être utilisé puisqu’il s’agissait de mort et de ténèbres. Je partais encore plus loin. Et me voilà dans la cour intérieure du couvent saint Etienne des Pères Dominicains, à Jérusalem. Paul de Tarse était à la manœuvre. Il ordonna la lapidation d’Etienne sans la moindre retenue. Ce fut là sans doute sa plus belle prouesse « d’homme de main » et de potentat aveuglé par la haine, la répétition imbécile de ce qui lui avait été inculqué et, qu’il répétait sans aucune intelligence. Comme c’est étrange ! Nous sortons à peine de la Grotte de Bethléem que la liturgie nous fait célébrer le martyre d’Etienne, le surlendemain la mort du Christ et sa résurrection avec le texte de l’Apôtre Jean, et ce dimanche (déjà) la Présentation de Jésus au Temple... A la fin de la messe, nous n’avions pas des tourterelles à présenter mais seulement la foi silencieuse de religieux et religieuses qui présentaient un cierge allumé devant la sainte mangeoire. Nous étions, là, comme des veilleurs qui attendent l’aurore sur le monde. Chacun savait dans son cœur que nous devions aussi passer par l’Egypte...

Joseph, prévenu en songe, prend Marie et son enfant, et les conduit en terre étrangère. Marie, montée sur un âne avec Jésus dans ses bras, accepte cette épreuve supplémentaire. En retournant en Egypte, ils refont le chemin inverse qu’avait fait le Peuple Hébreu lorsqu’il avait quitté cette terre de servitude. Les chemins ne sont pas sûrs car Hérode, jaloux de puissance, cherche à faire périr ce « Prince », ce « Roi ». Il n’a rien inventé puisqu’il refait les mêmes gestes pitoyables que fit Pharaon pour les enfants du Peuple Hébreu.  La Sainte Famille va plus au sud, en pays païen, dans ce pays où ils ne sont pas sûrs d’être véritablement accueillis. Ils ne l’étaient pas davantage à Bethléem, de Judée ! Jésus grandit en taille et en sagesse loin de sa terre natale, loin de la terre de ses parents, de ses grands-parents. Il grandit auprès des pyramides. Il vit désormais dans l’ombre de la Vallée des Rois. On ne sait rien de cette vie cachée, comme celle de Marie et de Joseph à Nazareth. Loin de sa terre, il apprend à être un « exilé », à être un « réfugié » et un « immigré ». Combien il est beau d’avoir vu le Pape François aller à Lampedusa à la rencontre de ceux qui ont bravé tous les tourments en quittant l’Afrique, le Proche-Orient et, plus loin encore, leurs terres pour trouver de quoi manger, et surtout le droit de vivre !!! Dans nos pays nantis, on célèbre avec joie chaque année la transhumance des bêtes vers les alpages pour qu’elles respirent l’air vivifiant des hauteurs et profitent de l’herbe bien grasse des pâturages. Ici, il n’en n’est rien. Il est question d’une « transhumance  humaine », d’une migration qui suit le vent de la liberté, des routes de la nourriture et de l’espoir. Cet espoir qui ne se gagne qu’au risque de perdre sa vie, sa dignité... Réfugiés et candidats « au tout-pour-le-tout » que j’ai croisés avant de monter dans un ferry grec pour rejoindre les côtes italiennes. Réfugiés des camps en Jordanie, au Liban... Réfugiés sur les routes du Proche-Orient... Réfugiés à Istanbul... Réfugiés qui accrochent où ils peuvent dans les avions, dans les camions, sur les bateaux, sous les cars...

Joseph doit à nouveau prendre son courage à deux mains. Elles lui servent d’abord de repose-tête pour penser et se poser les dernières questions. Ce soir, j’ai l’impression d’entendre cette voix intérieure dialoguer avec Dieu-Père : « Seigneur, mais qu’est-il arrivé de moi ? Tu m’as demandé de ne pas répudier Marie et de croire que tu étais à l’initiative et l’auteur du don de la Vie qu’elle portait... Tu m’as demandé d’accepter le regard accusateur des autres et les railleries de ma famille et de mes proches à Nazareth et à Bethléem. Je suis parti sur ordre de César à Bethléem, alors que ma femme arrivait au terme de sa grossesse. Le voyage fut long et pénible et là, personne ne nous attendait. Nous étions exclus de ma patrie, et c’est à l’écart comme des gueux que nous nous sommes retrouvés au milieu d’encore plus pauvres que nous, au milieu des bêtes... Et, maintenant, il me faut encore partir ! Mais où cela s’arrêtera-t-il, Seigneur ? Que vais-je dire à Marie ? L’Enfant n’a que quelques heures... ». Il regarde ses mains d’homme. Elles sont abimées. Chaque crevasse est une souffrance. Chaque nœud de ses veines est un nœud dans son cœur, mais ses mains laissent passer tout ce que l’amour d’un père peut laisser passer de fierté, de don et d’abandon pour protéger sa femme et son fils. Elles sont fortes et douces les mains de ce généreux travailleur... Des mains qui n’ont jamais fait de mal à personne ; même pas au bois ou à la pierre qu’il travaille avec courage loin des flots de la Mer de Galilée ! Les mains de Joseph qui vont prendre les rênes de l’âne, et sauront prêtes à défendre s’il le fallait ce qu’il a de plus précieux. Les mains de Joseph. Sa tête n’est pas lourde, parce que son cœur est léger. Il sait qu’en écoutant l’ange lui parler en songe, il accomplit la volonté de Dieu, et qu’il n’y a pas un seul instant à perdre...

Ils sont nombreux aussi ces pères de famille, qui ont tout quitté dans un seul instant devant l’arrivée de DAECH. La réalité plus forte que la volonté de rester quand le danger devient imminent. Ils ont laissé la terre de leurs ancêtres, la terre de leur naissance. Cette terre qui a produit le fruit et le suc de leur vie, et qui est aujourd’hui devenue terre de désolation. Parmi eux, il y a aussi des palestiniens qui avaient déjà fait le voyage dans un sens, et maintenant ils doivent le faire à nouveau dans une autre direction... Tout cela a-t-il du sens ?  Réfugiés dans la peur d’Irak et de Syrie. Populations sur les routes de l’exil où ils vont quémander un regard, un peu d’amour et des mains qui se tendent, telles celles de saint Joseph.

Mains courageuses d’un père et regard protecteur de la mère. Tous deux, et chacun à sa manière, enveloppent de chaleur et d’attention non seulement le fruit d’un don inattendu, mais Celui qui est dans leurs mains, le Fils de la Promesse, Celui qui éclaire les Nations... Il faut le protéger, le mettre à l’écart..., en Egypte au sud de Gaza. Et c’est parce que les parents trouvent souvent plus de courage qu’ils penseraient en avoir, qu’ils décident dans un seul mouvement de survie de protéger leurs enfants, et ici, Jésus le Christ... Et c’est, là que nous pouvons reprendre de loin en loin et de proche en proche le beau texte d’Evangile de ce dimanche :

« Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » Il y avait aussi une femme prophète,  Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ;  après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ».

Peut-il y avoir quelque chose de plus gracieux et de plus heureux que ces textes des Evangiles de l’Enfance ? Que peut-il y avoir de plus extraordinaire que le don de Dieu même au cœur de la vie des Hommes... « Dieu-avec-nous » et « Dieu pour-nous » ? Ils sont nombreux les ouvriers et les ouvrières de l’Evangile qui, en Europe et au Proche-Orient, accueillent les migrants, les pauvres, les réfugiés, et tous ces éprouvés qui sont frères en humanité et de désolation avec la Sainte Famille. Ouvriers de l’ombre qui répondent, d’une certaine façon eux-aussi, au songe de saint Joseph et qui, dans les lueurs des cierges et de l’offrande de leur vie(s), sont prêts à donner du temps pour que le courage reprenne, et que la Vie gagne toujours sur la mort. Pour que l’espérance soit toujours un chemin de salut, et pour que la justice et la solidarité soient ce qui sera TOUJOURS le meilleur pour l’autre, mon Frère, pensé, rêvé et créé par Dieu Créateur. Frères en humanité. Mon Frère. Ma Sœur... Laisse-moi te tendre la main et, si tu le veux, donne-moi la tienne, nous irons ensemble sur l’autre rive pour espérer et changer le monde à la manière de cet Enfant... Prince de la Paix !!!

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Istanbul, le 28 décembre 2014