En attendant dimanche: Méditation du 2ème Dimanche de l'Avent :« Viens Seigneur Jésus ! Ne tarde pas !!! »

Publié le par Patrice Sabater

« Viens Seigneur Jésus ! Ne tarde pas !!! »

 

J’entends encore... Oui, je l’entends encore ce cri dans la nuit, cri de nos peurs et cri demande pour que le cri se change en fête. Oui, je l’entends : « Consolez, consolez mon peuple !!! » Qui n’a pas eu le désir de crier, d’ouvrir la fenêtre et de crier ou de descendre de la voiture et de vider le trop plein, surtout quand celui-ci est trop lourd et trop pesant ? Qui ? Dites-moi, qui ? On doute que ce cri puisse être entendu sur l’Anatolie, dans la Bekaa, sur le Golan, dans le désert de Syrie, dans la plaine de Ninive, ... et bien sûr là dans ta chambre, dans ton lit, dans ta vie ! On doute souvent que même Dieu puisse faire quelque chose ; et voilà que l’on est surpris parce que le Bon Dieu qui ne peut être que Bon a répondu à notre appel, à notre indigence et à notre faiblesse. Il nous fait miséricorde parce qu’Il nous aime. C’est ça la marque du Créateur, Il nous aime. Il passe son temps à nous aimer, à nous regarder, à nous attendre... Oui, Dieu est venu consoler le prophète et le psalmiste. Il est venu apporter la joie à Zacharie et à Syméon. Il est venu faire grâce à Elisabeth et à la Vierge Marie, ainsi qu’à tout le Peuple d’Israël. « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. « Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance (...) », nous dit Isaïe.

Cependant, cela n’est pas si évident d’entrer dans le Mystère de Dieu, de nous abandonner, d’accepter l’idée qu’il puisse rendre les chemins droits, que le Seigneur puisse nous porter sur son cœur. Avant-hier, je revenais à pied du Centre historique d’Istanbul. Je prenais quelques photos. Je visitais calmement la ville après être allé au musée des mosaïques antiques, et avoir visité la Mosquée bleue. Un peu plus bas sur un trottoir, je vis quelque chose qui sortait du mur sans trop distinguer ce que c’était. Il m’a fallu être près de cette forme pour me rendre compte que plus loin, il y en avait une deuxième et une troisième. En fait, c’était un enfant blotti par terre sur le trottoir. Il s’était mis à l’envers, tandis qu’un autre s’était assis à la sortie d’une canalisation d’air chaud. Ces trois enfants syriens ou irakiens avaient moins de dix ans. Ils sont nombreux les réfugiés en Turquie. Ils attendent de partir, de manger, de se laver... Ils passent le temps à attendre. Un Bureau s’est ouvert avec la Caritas Turquie ainsi qu’avec l’aide de l’Eglise assyro chaldéenne, mais il y a tant à faire. N’oublions que nous sommes dans ce pays frontalier avec, à la fois, la Syrie et l’Irak. Il y a la guerre à Kobane. « Consolez, consolez mon peuple ! », dit le Seigneur... Je me suis dit : « Quand toi tu veux consoler quelqu’un comment tu t’y prends ? Qu’est-ce que tu fais ? Qu’est-ce que tu dis ? ». A vrai dire parfois, j’ai été désemparé. Si désemparé que j’en ai conclu que moins on en dit mieux c’est, mais mes yeux et mes mains peuvent être tellement habités par le cœur qu’alors, et seulement alors, la consolation s’invite entre lui et moi. Le plus difficile sûrement sera de parler « au coeur de Jérusalem » ; c’est-à-dire de parler à la ville, au cœur de la ville, de parler comme Jonas à Ninive. Pourquoi ? Parce que dans la ville il y a du bruit, il y a de l’égoïsme, de la solitude, et parce qu’il y a déjà des pauvres qui habitent, des gens qui ont besoin eux aussi d’être consolés.  

Si j’arrête, ici, je ne vais pas plus loin parce que le découragement m’envahit, mais si j’accepte d‘entrer dans le désert de nos villes, des rues et, peut-être de ma vie, et que je fais confiance alors je peux chanter avec la Vierge Marie et redire : « Il comble de biens l’affamé renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël Son serviteur et se souvient de Son Amour. De la Promesse faite à nos Pères en faveur d’Abraham et de sa race à jamais ». Marie, comme tout le Peuple d’Israël a appris dans la nuit à attendre que la lumière se fasse, que le jour se lève ; et c’est justement dans l’un de ces moments de silence que cette merveilleuse Annonce lui a été faite comme elle le sera aussi  pour saint Joseph. Elle lit le Psaume, ou du moins elle le redit en le priant : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles. Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre ». Son cœur bat au rythme d’un autre cœur qui vient se blottir sur le sien. Chut ! Il ne dit mot. Il murmuuuuuuure... murmure : « Je viens. Sèche tes larmes. Ne pleure plus, le temps du deuil est fini ; demain sera le chant de fête, et tu verras tous ceux qui vont encore parler de moi... chut !!! »... les gens des rues et des villages, Syméon et Anne, Elisabeth et Zacharie. Il y aura aussi ce cousin aimé qui vient devant moi mais que je ne pourrai garder car il est lumière et cri, et doit s’effacer pour que je grandisse. N’oublie pas/ Qui l’aime, m’aime !!! ».

« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin ». (Mc 1) Marie elle-même ne dit mot. Silence... Elle regarde son ventre grandir, s’arrondir. Elle médite en silence au gré des changements de son corps, des coups de pieds de son Fils, et des fatigues qui sont là... Ah ! Attends. Tu en verras bien d’autres quand il te faudra aller à Bethléem ! Tu verras !!! Le Salut de l’humanité est à ce prix. Au prix du don et du sacrifice jusqu’à accepter de donner ce Fils qu’elle aime tant... Elle le prend délicatement entre les mains comme si elle prenait le monde qui est déjà donné à son Fils. Elle le frôle comme si elle tenait un Tabernacle, la Nouvelle Arche d’Alliance. Dors enfant. Laisse faire encore les Hommes. Ils doivent préparer ta venue. Ils doivent veiller et prier. Chante enfant au fond de l’hymen de celle qui te donnera de percer la nuit pour entrer dans la lumière. Elle se tait pour mieux te parler à l’intérieur. Tu la prépares à elle aussi, et tu fais bien. « Un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous (...) Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix ».  (2ème Lettre de l’Apôtre Pierre 3)

Ce soir, dans mon quartier à côté de la Tour de Galata, j’entends des cris de fête, des cris un peu bizarres ! C’est la fête des hommes... discothèques, petits verres, grande et petite fumée. Tout va bien, pourtant la misère est là. La guerre est à la frontière. Les pauvres sont présents dans ce pays qui n’a rien de véritablement pauvre par rapport à d’autres pays..., mais il y a cette pauvreté sourde qu’on ne console que difficilement. Turquie d’Ephèse, Turquie de Constantinople et de Nicée. Turquie de Smyrne et d’Antioche. Turquie, tu cries et tu dors. Turquie, tu es lieu de passage entre l’Orient et l’Occident... « juste un pont ». Juste un petit pont comme l’humble Jean-Baptiste entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, un pont si nécessaire à l’accomplissement de la Parole. Ô, oui ! « Viens Seigneur Jésus ! Ne tarde pas !!! »

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

(Istanbul)

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