En attendant Dimanche : Méditation pour el 3ème dimanche de l'Avent... GAUDETE !!!

Publié le par Patrice Sabater

Le vieil homme qui sourit...

L’antienne d’ouverture de la Messe de ce Dimanche de « Gaudete » donne le ton à toute la liturgie: « Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche ». Est-ce bien le ton que l’on note et remarque dans les rues de nos villes ? De ci et delà, on voit surgir des « Marchés de Noël » qui proposent des produits pour l’essentiel venus d’Asie du Sud-est, et qui ne sont pas très orientés sur ce que nous allons célébrer... Marchés de Noël en Alsace, en Lorraine, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Autriche..., en Espagne, et même à Istanbul ! Dans tous ces lieux, on se donne le droit de rêver, de « retourner en enfance », d’ouvrir les yeux aux lumières de Noël ! Pains d’épices, Christmas Carols, petites pâtisseries germaniques au bon goût de cannelle, jouets en bois et vins chauds. Un grand soupir... Oui, c’est Noël qui vient !

Je me promenais ces jours derniers dans le quartier de Galata, à Istanbul. En fait, je musardais. D’un coup, de l’autre côté du trottoir, je vis un monsieur assez âgé. Il tenait dans ses mains des bananes. Son chapeau et son large sourire, qui lui mangeait le visage, attiraient mon attention. Pourtant, il n’y avait pas de bruit ; en tout cas pas plus que d’ordinaire et son sourire n’était pas un cri. Ce n’était juste qu’un beau sourire. Il était heureux... Quelques instants après, je compris assez vite qu’il vendait des bananes à l’unité en déambulant sur le trottoir. Il donnait à manger aux autres contre une petite pièce pour pouvoir, lui, manger... il souriait. Il était heureux, et il n’avait que quelques bananes !!!

Chers Frères et Sœurs, nous n’attendons pas un Dieu lointain dont la venue serait incertaine. Nous avons déjà la certitude que le Seigneur va venir, et qu’il est déjà là parmi nous. Ici est notre joie imprenable ! Dans quelques jours, nous célèbrerons la présence de Celui qui est venu au milieu de nous dans l’humilité d’une crèche. « De la Crèche à la Croix » aimait dire Sainte Bénédicte de la Croix (Edith Stein) se remémorant l’antique Tradition portée par les Pères de l’Eglise. Il reviendra dans la Gloire, et déjà les Mages sont en retour pour venir adorer Celui qui est venu mais aussi Celui qui mourra pour nous et qui reviendra. Pour l’heure, le Seigneur nous visite. Il passe son temps à venir nous visiter comme un Ami à son ami. Pourtant, rien dans notre société contemporaine ne pourrait a priori attirer à Dieu... La France se laïcise et se radicalise de plus en plus. Ce n’est pas un bon signal. Elle s’enfonce par les moyens soi-disant les plus avancés en termes de civilisation, par les côtés les plus stupides qui puissent être ! Ceux-là mêmes qui critiquent la présence d’une crèche dans l’espace commun sont ceux qui sont en train de créer d’autres rites, qui vont « fêter Noël à la barbe du Père Noël », et sur « le dos de Jésus » ! Faut-il encore le rappeler, nous faisons mémoire, et pour cela nous chômons et nous nous faisons des cadeaux, pour célébrer Celui que les Chrétiens appellent Christ ; Jésus-Christ ! Si nous ne sommes pas d’accord avec cela, il faut refuser de chômer, et revenir aux simples Saturnales fêtées jadis par nos antiques prédécesseurs... Soyons, tout de même, un peu conséquents avec nous-mêmes !!! Si nous ne supportons pas la vision de la Crèche, pourquoi acceptons-nous de chômer le Jour de Noël..., ou de Pâques ??? On devrait donner cette seule possibilité, alors, aux seuls chrétiens ... « chrétiens pratiquants et/ou chrétiens dits sociologiques... ». La Révolution française avait empêché de célébrer la Nativité du Seigneur publiquement, et d’ailleurs les prêtres qui restaient fidèles étaient dans la quasi impossibilité de célébrer les sacrements, alors pour donner droit à l’intuition de saint François d’Assise, à Greccio, on inventa la « crèche familiale » que l’on mit rapidement au bas du sapin ou proche de la cheminée. Aujourd’hui, on ne voudrait certainement pas qu’elle sorte du lieu clos où elle a été placée... C’est Noël sous conditions. Postures. Tendances. Bêtises... il faut bien s’occuper, me direz-vous !

Cette joie est donc celle de la présence de Jésus le Christ, cachée et humble. Alors, je regarde à nouveau ce cher vendeur de bananes qui semble lui-aussi être « enveloppé du manteau de linnocence et revêtu des vêtements du salut » (Isaïe 61). Cet homme, apparemment, n’a rien qui pourrait porter à la joie, ou bien c’est peut-être moi qui ne suis pas dans cette disposition de cœur, or l’Apôtre Paul nous invite à entrer dans cette joie, à « être toujours dans la joie, à prier sans relâche, à rendre grâce en toute circonstance » (1 Th 5). Qui es-tu mon ami, toi, qui souris au cœur de ta vieillesse, au cœur de ton indigence ? Qui es-tu ? Pourrais-tu être mon Seigneur coiffé de ce bonnet ridicule avec ces bananes à la main ? Les gens passent autour de toi dans ce pays que le Pape Benoît XVI appelle « la Terre Sainte de l’Eglise », sans véritablement penser à Noël, à ce Noël chrétien ! Pays d’Ephèse et de Nicée, de Constantinople et de Chalcédoine, pays d’Antioche et de Smyrne, pays de la Cappadoce et de l’Anatolie. Cet homme est un de tes fils. A lui aussi, tu lui as promis le Salut, et pour lui et avec lui, nous voulons chanter le Cantique de la Vierge Marie... « Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour » (Lc 1). Nous marchons dans la nuit, et nous ne percevons pas pleinement la présence du Seigneur à nos côtés, et nous risquons de demeurer loin de lui. Le Seigneur nous demande de nous tenir en éveil, de tenir une lampe allumée. Il nous supplie avec saint Paul: « N’éteignez pas lEsprit, ne repoussez pas les prophètes : mais discernez la valeur de toute chose, gardant ce qui est bien et vous éloignant de tout ce qui porte la trace du mal » (1 Th 5).

L’homme donne une banane à un jeune commerçant. Les gens continuent à passer. On s’affaire. On cherche et on regarde les prix. Désert. C’est le désert. Rien ne compte plus que les quelques bananes, le vieil homme qui vend et celui qui achète. Un mot et un sourire. Il est heureux. HEUREUX, je vous dis !!, Le monde et ses techniques, ses technologies nouvelles... Ce monde-là, qui se croit moderne, est en train de passer... Et, au cœur de cette rue, pour moi et pour toi, cette même question : « Qui es-tu ? ». « Qui es-tu toi qui passes ? » « Qui es-tu, toi qui ne t’arrêtes pas et qui ne regardes pas..., qui ne regardes plus ? ». Es-tu le Pauvre de l’Evangile ? Es-tu un des Bergers de Judée ou simplement le Seigneur qui vient vers toi ? Cet homme n’a rien. Il n’a plus de sécurité... Cette sécurité qui nous fait tant peur, parce qu’elle nous oblige à tenir et à garder, à thésauriser... Jean-Baptiste n’avait pas plus de sécurité dans le désert. Il avait tout donné. Il a accepté de quitter « ses fausses sécurités » et de sortir dans la nuit. En cela, il peut nous aider à y voir plus clair pour discerner la « Lumière » et lui « rendre témoignage », afin que nous croyions en Lui.

Jean-Baptiste, mon frère, tu portes les habits du Pauvre et pourtant tu es revêtu de cette belle assurance qui fait l’habit du Riche en Jésus-Christ, riche par le cœur. Tu m’aides, aujourd’hui, à ouvrir mes yeux et à essayer de rentrer dans la joie de Celui qui vient... Personne jusqu’alors n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l’Homme n’avait même pas imaginé, (1 Co 2, 9). « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1). Oui, tu vois, cet homme aujourd’hui, comme le Seigneur, je ne le connais pas. Je ne l’avais jamais vu ! Je le vois mieux maintenant par le cœur, avec d’autres yeux. Jésus t’avait envoyé au-devant de lui pour préparer nos yeux à cet accomplissement, dans cette tension à laquelle l’Ecriture nous invite, et c’est encore saint Paul à qui il faut donner la Parole : « Tendez donc vers les réalités den haut, et non pas vers celles de la terre. Et quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3, 2-4).

Chers Frères et Sœurs, rien n’est facile et chacun le sait. Les problèmes nous assaillent et nous empêchent de voir le Beau, la Lumière, d’avoir de l’espoir et même de l’espérance... La nuit épaisse se prolonge souvent, et notre cœur refuse de savoir et de voir. Tout cela, c’est si vrai ! Qui ira juger celui qui n’arrive pas à sourire et à regarder la lumière ? Pourtant, le Seigneur est là, et il ne dépend que de nous de l’accueillir pleinement dans nos vies... Dieu s’abaisse pour nous. Il s’abaisse devant nous. Laissons-le agir. Laissons la Bonne Nouvelle arriver jusqu’aux Pauvres, et soyons nous-mêmes ces pauvres qui attendent des mains du Seigneur la délivrance. On ne criera plus seulement : « Je suis QU’UN Pauvre ! ». Non. On dira : « C’est parce que JE SUIS PAUVRE, que Jésus m’aime, et qu’il vient vers moi comme un autre Pauvre ! ». « Le Seigneur est tout proche ». Il cherche notre cœur...

Demain « dès l’aube », peut-être, irais-je chercher une banane que me donnera contre une petite pièce cet homme, mon ami, ce turc, mon frère ! Demain, s’il me donne cette banane, peut-être me verrai-je dans ses yeux et ma joie sera, Seigneur, Ta joie ! Bon et Saint Dimanche !!!

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm (Istanbul)

 

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