Homélie de la Nuit de Noël...

Publié le par Patrice Sabater

Homélie de la Nuit de Noël...
Homélie de la Nuit de Noël...
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Homélie de la Nuit de Noël...
Homélie de la Nuit de Noël...
Homélie de la Nuit de Noël...

L'abaissement de Dieu

 

« A vous, jeunes, j’envoie une accolade paternelle. Je prie pour votre foi, pour votre croissance humaine et chrétienne, et pour que vos meilleurs projets puissent se réaliser. Et je vous le répète : « N’ayez pas peur ni honte d’être chrétiens. La relation avec Jésus vous rendra disponibles pour collaborer sans réserve avec vos concitoyens, quelle que soit leur appartenance religieuse » (Exhort. ap. Ecclesia in Medio Oriente, n. 63). » - Pape François, Décembre 2014

 Il n’y a plus une minute à perdre !

On devient un peu fou à Noël... Tout le monde se presse pour préparer la fête afin que tout soit prêt... à temps. La plupart d’entre nous n’ont plus qu’une idée vague et lointaine de ce que l’on célèbre. Souvenir anecdotique, romantique ou simplement parce que l’agenda nous oblige...

Nous allons faire mémoire de la naissance du Christ.

Le Ciel vient, en cette Nuit admirable, faire conversation avec la Terre, avec les Hommes de notre monde. Dieu se penche vers nous et se donne fragile et pauvre. Pour en comprendre le sens, il convient de revenir en arrière, car la première prédication chrétienne n'a pas eu pour point d’appui le commencement, la venue du Christ, mais elle a tourné autour de Pâques. Les premiers chrétiens et, parmi lesquels, les quatre évangélistes se sont posé la question de la naissance de Celui qu’ils appellent Jésus le Christ : « Ce Jésus, d'où vient-il ? ». L’Evangile de saint Marc ne commence qu’au Baptême du Christ et celui de saint Jean par un Prologue. Les commencements seront seuls narrés par saint Matthieu et saint Luc. L’Evangile de saint Marc est le plus ancien, le plus court et celui qui a été au cœur de la première prédication..., d’abord orale. Les Evangiles de l’Enfance du Christ sont, en fait, une réflexion a posteriori. Cela aura toute son importance lors des premiers Conciles : dire d’où vient le Christ, affirmer sa nature, définir sa Personne... C'est le terme de la vie du Christ qui posera en somme la question des débuts. Cet homme qui meurt aujourd’hui, d’où vient-il ? Quelle a été son histoire ? Où et comment est-il né ? La Croix du Golgotha éclaire toute la vie de Jésus en déroulant le film de sa vie donnée en arrière...

Nous faisons cette expérience comme les Pèlerins d’Emmaüs. Tout prend sens parce que le Tout a pris définitivement « chair ». Cette chair s’est enracinée dans la vie des Hommes et sur une terre particulière... Les prophéties, elles-mêmes, deviennent réalité : « Voilà l'accomplissement des prophéties, voilà ce qu'on attendait ». Mais ce qui se donne en cette Nuit ineffable échappe au seul entendement humain. Quand cela échappe trop, on se réfugie alors soit dans « la magie de Noël » soit dans la suspicion faisant de cet épisode de l’Histoire universelle un conte ou une fable pour enfants, ou bien pour faibles d’esprit. On fête plus que l’on ne célèbre !

Pour célébrer la naissance de Jésus, il nous faut emprunter le chemin non des Evangiles seuls, mais celui des Epîtres pauliniennes. Relisons La Lettre aux chrétiens de Philippes: « Lui qui est de condition divine n'a pas revendiqué son droit d'être traité à l'égal de Dieu » (Ph 2, 6). Dieu consent que son Fils se donne totalement, qu’il se vide de lui-même, qu’il se fasse tout petit. Le Fils accepte la volonté du Père. Il accepte cet abaissement que nous comprenons dans la foi, parce que l’Esprit de Dieu agit au milieu de nous et en chacun de nous. Le Père Joseph Moingt, sj. dit que « Dieu se lie à l'histoire des hommes, il accepte de subir l'histoire et de ne pas la dominer d'en haut. Il n'est pas le Dieu du ciel, infiniment éloigné de nous. Dieu est «pour-nous». Noël change l'identité de Dieu. Dieu se montre capable de se faire homme et même de se laisser faire par l'homme, de souffrir de l'homme ». (Revue Croire).

Ce sont les Pauvres et les exclus qui comprendront, par le cœur, cette nouveauté, ce changement de paradigme. Dieu le Père, en nous donnant son Fils à la Crèche de Bethléem, fait grandir l’humanité. Il l’a rejoint. Il l’épouse. Il fait Alliance avec elle par le don de Lui-même petit, pauvre et fragile : un nouveau-né emmailloté et placé dans une mangeoire où les animaux viennent manger. Lui-même, d’ailleurs, se donnera « à manger » par le moyen d‘un simple pain non levé. La vie des Hommes intéressent le Créateur. « La nouveauté de Noël, enchérit le Père Moingt, c'est que Dieu, en nous donnant ce fils, nous permet de devenir ses enfants, c'est-à-dire de participer à sa vie éternelle. Voilà ce que révèle l'image du ciel ouvert dans les récits de la nativité. Dieu traverse le voile qui nous séparait de lui ». Oui, Dieu vient changer la mise en espace et faire évoluer le temps. Il nous prend à contretemps...

En n’oubliant pas le temps qui court et la réalité que vivent les Chrétiens du Proche-Orient, le Pape François vient d’adresser une Lettre à nos Frères et Sœurs éprouvés.

Le Saint Père débute son propos en citant l’Apôtre Paul : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2 Co 1, 3-4). Le Pape met au cœur de son message la Consolation d’Israël, que nous avons chanté durant ce Temps de l’Avent, à l’endroit de nos Frères qui « sont présents depuis les temps apostoliques ». Et le Pape François de dire : « En m’adressant à vous, je ne peux pas oublier non plus d’autres groupes religieux et ethniques qui subissent également la persécution et les conséquences de ces conflits. Je suis quotidiennement les nouvelles de l’immense souffrance de beaucoup de personnes au Moyen-Orient. Je pense spécialement aux enfants, aux mères, aux personnes âgées, aux personnes déplacées et aux réfugiés, à tous ceux qui souffrent de la faim, à ceux qui doivent affronter la rigueur de l’hiver sans un toit sous lequel se protéger. Cette souffrance crie vers Dieu et fait appel à l’engagement de tous, à travers la prière et toutes sortes d’initiatives. A tous, je veux exprimer ma proximité et ma solidarité ainsi que celles de l’Église, et offrir une parole de consolation et d’espérance (...) La situation dans laquelle vous vivez est un appel fort à la sainteté de vie, comme l’attestent saints et martyrs de toute appartenance ecclésiale. Je me souviens avec affection et vénération des Pasteurs et des fidèles auxquels, ces derniers temps, a été demandé le sacrifice de la vie, souvent pour le seul fait d’être chrétiens. Je pense aussi aux personnes séquestrées, parmi elles des Évêques orthodoxes et des prêtres de divers rites. Puissent-ils retourner bientôt sains et saufs dans leurs maisons et dans leurs communautés. Je demande à Dieu que tant de souffrance unie à la croix du Seigneur donne de bons fruits pour l’Église et pour les peuples du Moyen-Orient (...) Au milieu des inimitiés et des conflits, la communion vécue entre vous en fraternité et simplicité est signe du Royaume de Dieu. Je suis heureux des bonnes relations et de la collaboration entre les Patriarches des Églises Orientales catholiques et ceux des Églises Orthodoxes ; comme aussi entre les fidèles des diverses Églises. Les souffrances endurées par les chrétiens apportent une contribution inestimable à la cause de l’unité. C’est l’œcuménisme du sang, qui demande un abandon confiant à l’action de l’Esprit Saint (...)Puissiez-vous toujours rendre témoignage à Jésus à travers les difficultés ! Votre présence même est précieuse pour le Moyen-Orient. Vous êtes un petit troupeau, mais avec une grande responsabilité en cette terre, où est né et où s’est répandu le christianisme. Vous êtes comme le levain dans la pâte. Avant même beaucoup d’œuvres de l’Église dans les domaines éducatifs, sanitaire ou d’assistance, appréciées par tous, la richesse la plus grande pour la région, ce sont les chrétiens, c’est vous. Merci de votre persévérance ! ».

Noël est la fête des enfants ! Cela n’est pas faux. Elle est la fête de ceux qui entrent dans ce mouvement intérieur qui nous fait regarder comme des enfants, attendre comme des tout-petits, ouvrir notre cœur comme des pauvres... Noël est la fête de l’enfance, de celui qui n’a pas de voix et qui reste dans le silence, loin de nos vies tellement remplies de tout et, en fin de compte, de rien ! Noël, ce n’est pas l’état d’enfance imbécile. Noël, c’est la possibilité de rester le cœur disponible et pur comme un enfant qui accueille au cœur de sa vie Celui qui va changer le cours de notre existence.

Noël, cette année encore, prend le visage des réfugiés et des exilés. Même au cœur des lumières et de la fête qui se prépare, nous ne pouvons pas oublier ceux dont parle le Saint Père. A Erbil, au Nord de l’Irak, les chrétiens se sont mis en marche pour honorer la Sainte Vierge début décembre. Le Cardinal Barbarin et des chrétiens de Lyon étaient présents en nombre. A Ankawa (Erbil), au cœur de ce Camp de fortune, des chrétiens ont planté une tente au cœur de la vie de tous pour y placer une Crèche. La même chose s’est produite dans un des quartiers de Homs ; à Hamadieh. Dans sa Lettre récente Mgr Jeanbart, Archevêque melkite d’Alep (Syrie), nous dit combien il est important de fêter Noël au milieu de ce Peuple, et combien il est important d’aider ces personnes à demeurer chez elles dans la foi malgré les peurs et la faim. Oui, fêter Noël peut paraître banal et traditionnel ; mais il y a quelque chose qui nous échappera toujours. 

Dimanche dernier, le Curé espagnol de la Paroisse de Bebek (Istanbul/Turquie), nous disait que durant toute l’Histoire du Salut Dieu a parlé aux Hommes de multiples façons et par des Messagers différents. Par exemple, par les Prophètes, par la voix d’un ange auprès de la Vierge Marie, dans un songe pour saint Joseph, par un songe et par le biais de calculs savants pour les Mages d’Orient... La Parole et les Rêves. Au cœur de la Crèche qui présente l’Incarnation du Fils de l’Homme selon les motions intérieures du Pauvre d’Assise, nous pouvons demander au Seigneur qu’il nous fasse connaître ce qu’Il a rêvé pour nous. Qu’Il nous le fasse connaître dans la Paix et dans l’humilité, dans la simplicité et l’abandon. Il est venu se mettre à notre portée pour que nous puissions l’adorer en vérité, l’aimer et l’embrasser comme des enfants.

Joyeux et Saint Noël à vous tous où que vous soyez, malades ou bien portants, en Europe ou au Proche-Orient, pauvres ou riches, entourés ou isolés !!! Là où nous serons, Dieu y est déjà pour nous. Il est le Dieu définitivement AVEC NOUS... Saint Noël !!!

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Istanbul, le 24 décembre 2014

 

JOYEUX et SAINT NOËL !!!

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