IRAN : Le couvent dominicain de Téhéran

Publié le par Patrice Sabater

Combien de Frères et de Sœurs de l’Ordre savent que nous avons un couvent dominicain à Téhéran, capitale de la République islamique d’Iran ? Qui sait que cette présence est ancienne puisque l’Ordre a été présent en Perse dès le 14ème siècle, avec un couvent à Tabriz, au Nord de l’Iran actuel, puis à Ispahan au 17ème siècle ? A l’époque contemporaine, un couvent a été fondé au centre de Téhéran au début des années 1960, à la demande du Saint-Siège et confié à la Province dominicaine d’Irlande qui y a établi une communauté de 4 à 5 frères qui ont tous dû quitter le pays au moment de la Révolution de Khomeiny (1979) instaurant dans ce pays une République islamique. Ce couvent, placé sous le patronage de Saint-Abraham, existe toujours et vit grâce à un frère dominicain irlandais, le Frère Paul Lawlor, qui y habita dans sa jeunesse, et y est revenu il y a une quinzaine d’années, pour animer la paroisse attachée au couvent. J’avais depuis longtemps le projet de visiter le Frère Paul, qui vit seul à Téhéran, et en ai eu finalement la possibilité en octobre de cette année. Ce fut pour moi une source de belles découvertes.

L’Iran contemporain est un pays très important pour diverses raisons : sa culture fort ancienne (Darius, Cyrus, etc.) dont j’ai pu me faire une idée en visitant Téhéran, Ispahan, Persepolis et Shiraz ; ses ressources en hydrocarbures et sa situation géographique à l’Est du Golfe persique et du détroit d’Ormuz ; sa place de leader du monde musulman chiite, dont j’ai eu un aperçu en étant reçu à l’Université des religions de Qom, véritable « Vatican du monde chiite » ; et, surtout, son peuple, légitimement fier de sa vieille culture, de ses mystiques et poètes (Hafez, Saadi, Attar). J’ai été très positivement surpris par l’ouverture culturelle de l’Iran contemporain, où l’on trouve, traduite en persan par leur soin, toute la philosophie occidentale, et même le catéchisme de l’Église catholique qu’un mollah de Qom m’a offert avec une légitime fierté. Oui, ce pays compte, et vaut bien plus que les clichés réducteurs qui circulent à son sujet en Occident.

Il est merveilleux que notre Frère Paul Lawlor ait pu rouvrir notre maison de Téhéran. Sa paroisse accueille plusieurs dizaines de jeunes Iraniens chrétiens, nés de parents étrangers mais établis dans le pays depuis longtemps. Ceci est important dans un pays où l’Église catholique est réduite à peu de choses. Paul reçoit aussi d’autres personnes, étudiants, voisins, qui, par lui, ont au moins un ami chrétien. Certes, tout prosélytisme est exclu, mais Paul a un extraordinaire don pour l’amitié, une porte toujours ouverte, et cela permet de tisser des liens de grande qualité, comme j’ai pu m’en rendre compte. On peut mieux connaître sa vie en allant sur le site web (www.irandoms.org) qu’il a construit et où l’on apprend beaucoup de choses sur l’histoire de l’Ordre en Iran, la communauté catholique de Saint-Abraham, et un peuple attachant à bien des égards.

Le Frère Paul vit seul et n’est pas assuré d’avoir un jour une relève. Mais on peut lui rendre visite. Il a parfois même la visite de frères qui apprennent le persan, comme le faisait le Frère Cyprian Rice (1889-1966), de la Province d’Angleterre, qui avait perçu avec beaucoup de finesse l’importance d’une présence dominicaine dans ce pays. Au vu des enjeux actuels autour de l’Islam, il serait heureux que l’Ordre prenne les moyens de soutenir une présence dominicaine aussi riche de sens.                                                        

Fr. Jean Jacques Pérennès, op. (Octobre 2014)

 

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