Dialogue inter -religieux : Fr Anawati op, promoteur du dialogue islamo-chrétien

Publié le par Patrice Sabater

Dialogue inter -religieux : Fr Anawati op, promoteur du dialogue islamo-chrétien
Dialogue inter -religieux : Fr Anawati op, promoteur du dialogue islamo-chrétien
Dialogue inter -religieux : Fr Anawati op, promoteur du dialogue islamo-chrétien

Un chrétein égyptien devant le Mystère de l'Islam

Le Frère Georges Chehata Anawati, op. est né à Alexandrie en 1905, d'une famille grecque-orthodoxe venue de Syrie vers les années 1860. Comme beaucoup à cette époque, il reçut une éducation française chez les Frères des Ecoles chrétiennes, par qui il se convertit au catholicisme.

Baignant dans un milieu cultivé, il ne s'intéressa pas seulement aux études de pharmacie auxquelles son père l'avait destiné : lecteur de Maritain, il se passionna très tôt pour la philosophie et cultiva l'ambition de devenir "un grand savant chrétien". Au terme d'une longue et laborieuse recherche intérieure, il choisit d'entrer dans l'Ordre de saint Dominique à l'âge de 29 ans et rejoint le Saulchoir de Kain, en Belgique. Il y fit des études assez classiques, bénéficiant du renouveau thomiste amorcé par les Pères Mandonnet et Chenu. C'est ce dernier qui, à la fin des études, lui suggéra de se mettre à l'étude de l'islam dans une perspective nouvelle : "non pas certes partir à la conquête de l'islam, ni même convertir ici et là quelques individus séparés par là même de la Communauté musulmane, mais se livrer à l'étude approfondie de l'islam, de sa doctrine, de sa civilisation…". Louis Massignon l'aida aussi à aborder l'islam avec un a-priori de sympathie. Olives de Taybeh compressé2

Au terme de trois années d'études spécialisées à Alger, il revint au Caire en 1944 et s'employa à constituer une équipe dominicaine poursuivant les mêmes objectifs : Serge de Beaurecueil et Jacques Jomier furent ses premiers compagnons dans une aventure qui allait aboutir à la création en 1953 de l'Institut Dominicain d'Études Orientales (IDEO). Fin connaisseur de la philosophie arabe médiévale, Georges Anawati sut nouer des relations de confiance avec la prestigieuse université al-Azhar, considérée comme la référence pour l'islam sunnite. Grâce à ces contacts, il put très vite publier, en collaboration avec Louis Gardet, une Introduction à la théologie musulmane, qui sera pour longtemps en Occident l'ouvrage de référence sur le sujet (Paris, Vrin, 1948, 541 p.). Sa double formation d'arabisant et de médiéviste lui vaut aussi d'être choisi par le comité culturel de la Ligue arabe pour participer au recueil des manuscrits d'Avicenne, dont il édite la bibliographie qu'il présente au congrès du millénaire d'Avicenne à Bagdad en 1952. Il sera désormais l'égal des meilleurs orientalistes et savants musulmans qu'il fréquente assidûment dans les congrès de spécialistes, où sa compétence et sa cordialité sont appréciées. Ceci lui vaut aussi d'être invité à enseigner dans des universités étrangères, en particulier Montréal et Los Angeles.ronde-op.-compresse.jpg

Il sera très actif dans les coulisses du concile Vatican II, lorsqu'il s'agit de reformuler la position de l'Église catholique sur les religions non-chrétiennes, en particulier l'islam, dont il est dit : "L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes…" ( Nostra Aetate, n° 3). Apôtre inlassable du dialogue islamo-chrétien, il est consulteur du Secrétariat pour les non-chrétiens, avant de devenir, en 1982, membre du Conseil pontifical pour la Culture. A ces divers titres, il participe à de nombreuses rencontres islamo-chrétiennes, dont il connaît les joies et les limites Mais, lorsque le dialogue théologique semblait dans l'impasse, sa cordialité et son humour égyptien savaient rétablir le contact. Car Georges Anawati n'est pas qu'un savant : c'est, d'abord, un religieux, d'une riche et belle humanité. A l'heure où l'islam radical commençait à émerger, il fut aussi un des premiers à souligner que le dialogue des cultures et des civilisations reste un lieu où l'on peut continuer à bâtir ensemble un monde meilleur. Travailleur inlassable, il laisse une œuvre impressionnante dont on a pris la mesure lors des hommages unanimes qui lui furent rendus à sa mort. Œuvre multiforme, qui couvre des domaines aussi divers que les études médiévales, l'histoire des sciences arabes et le dialogue islamo-chrétien. Sa mort un 28 janvier, jour de la fête de saint Thomas d'Aquin, fit la une du quotidien égyptien al-Ahram, qui rendit hommage au "savant et penseur égyptien, pionnier des études islamiques, qui a consacré sa vie au rapprochement et à la compréhension entre les chrétiens et les musulmans". Sa présence reste toujours vive dans le cœur de ceux qui l'ont connu, comme des frères dominicains, qui ont choisi de suivre ses traces, au sein de l'Institut Dominicain d'Etudes Orientales du Caire. Ils ont voulu le signifier en donnant son nom à la nouvelle bibliothèque de l'IDEO, "bibliothèque Georges Chehata Anawati" solennellement inaugurée le 19 octobre 2002 en présence des plus hautes autorités musulmanes et chrétiennes d'Égypte.

Fr. Jean-Jacques Perennès, op (Couvent du Caire)

 

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