En attendant Dimanche : Baptême du Seigneur - Ne laisse pas les ténèbres te parler...

Publié le par Patrice Sabater

En attendant Dimanche : Baptême du Seigneur - Ne laisse pas  les ténèbres te parler...
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En attendant Dimanche : Baptême du Seigneur - Ne laisse pas  les ténèbres te parler...

Ne laisse pas

les ténèbres te parler...

Devant la menace d’Hérode, la Sainte Famille dut partir en Egypte. Elle y partit à la hâte comme les Hébreux qui l’avaient précédée jadis... La menace imminente déjouée par la finesse des Mages et le songe à Joseph avaient vaincu la puissance hérodienne. D’autres, pourtant, n’auraient pas la même chance... Il fallait que les Ecritures puissent s’accomplir et que le Nouveau-né puisse grandir en sécurité et en sagesse. Quelle fut leur vie au pays de Pharaon ? Nul ne le sait... Quand les temps furent apaisés par la mort du vieux roi, la Sainte Famille revint. L’enfant a grandi. Après quelques années au-delà du désert du Neguev et en Galilée, il est devenu un homme. La liturgie dominicale nous le présente venant de Nazareth, seul. Personne ne le connaît ou presque. Quel est cet inconnu qui s’avance vers le Baptiste ? Aurait-il entendu la prophétie d’Isaïe ? : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! » (Is 55) Il n’a rien. Ce doit être un vagabond, pensent certains. Ils pensent mais ne parlent pas. Eux, ils savent pourquoi ils sont là..., pour Jean, celui qui baptise ! Savent-ils vraiment ce qu’ils viennent chercher ? Comprennent-ils vraiment tout le sens des paroles du Prophète et de Jean le Précurseur ? « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef. Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur ». Chaque mot porte. Le « mot », la « phrase », le « dessein », chaque chose prend corps et donne sens. Chaque élément constitue le langage. Notre contemporain dirait « ça me parle » ou « ça me rejoint », ou encore « ça fait écho » ou mieux encore « appelle en moi une remarque ». Et ma tête tombe et baisse, se penche d’un côté. Elle marque l’arrêt... Je pense et je rêve. Je me vide et m’approprie. Je laisse venir à moi, sous les effets de cette musique en écoutant le tintement des cordes du Kanûn et laissant voler les notes qui s’échappent du nay. Ma tête suit les courbes du trait. Courbes déliées et souples à la fois, la calligraphie naskhi (arabique) parle... Elle rend mon âme mystérieusement mystique, à la recherche de Dieu... Frères, « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins ». On cherche. On est attiré par la foule, par le bruit, par les vanités mais on ne sait pas ce que l’on cherche... Un peu comme beaucoup qui veulent aujourd’hui faire baptiser leurs enfants à l’Eglise cherchant davantage un « service » à rendre plutôt qu’un sacrement à recevoir ! Dans notre recherche insoupçonnée de Dieu, on se démène et se débat. On se laisse faire et se rebiffe. On veut TOUT recevoir, mais on ne désire rien donner... Raison et Mysticisme. Connaissance et intimité de Dieu furent déjà le lieu de grandes discussions dans l’antiquité, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et, y compris, dans le judaïsme et l’islam.

Le « mot » disais-je est mort ces jours-ci. Son encre s’est tarie  et sa plume a cassé lorsque, d’un seul coup, ils sont rentrés dans Paris, dans cet immeuble. Ils sont venus arracher le sang de ma plume et n’ont laissé que l’horreur se répandre, et le sang devenu noir a blessé l’encre qui devait servir la liberté. Ils sont rentrés par effraction dans leurs vies et dans nos vies lorsqu’on s’y attendait si peu... après les Fêtes de fin d’année !!! Qui s’imaginerait qu’en tout début d’année, on puisse froisser des vies, arrêter un cœur de battre, des yeux de voir et la tête de penser le monde ?!? La victoire du calligraphe et ses successeurs pourrait se lire au travers de ces mots d’Isaïe : « (...) Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » (Is 55,11) Mais tous les mots ne sont pas bons à dire ! Une mode imbécile et suspecte agace mon intelligence : « Je suis ». Depuis que Dieu s’est dit en « Ego eimi » (Je Suis), tout le monde le répète comme un leitmotiv à la façon de John Kennedy : « Ich bin ein Berliner ! ». Lors d’un colloque à Paris, j’ai entendu un responsable du Culte musulman en France dire au sujet des chrétiens d’Orient : « Nous sommes TOUS des chrétiens ! ». Bien sûr que non !!! Non, en raison de la foi, de la culture, de l’histoire, des antagonismes et du respect pour toi et pour moi... Il y a d’autres façons pour se dire proches. Hier, on a entendu dire : « Je suis Charlie ». Et ce soir, lorsqu’on apprend le nombre des victimes dans une épicerie cascher de Paris, on lit : « Je suis épicier ». Naturellement, que l’on comprend pourquoi les gens disent cela. Cependant, lorsqu’on emploie ce mot, on évacue l’homme d’entretien, les policiers...« ceux qui n’avaient pas de nom... ». Notre indignation vaut mieux que cela ! Quelqu’un a écrit ces mots qui m’ont fait réfléchir :

« Je ne suis pas Charlie. Je ne suis pas que Charlie.

Je suis Yeon-Mi Park coréenne du Nord.

Je suis Youssef, jeune chrétien irakien contraint de fuir mon pays.

Je suis réfugié syrien sans identité sur un bateau à la dérive au sud de l’Italie.

Je suis Fabienne Terral-Calmès, enseignante assassinée à Albi.

Je suis Mustapha, palestinien, enfermé dans un camp à ciel ouvert.

Je suis Hadassah, maman israélienne murée dans la peur, derrière les clôtures de ma colonie.

Je suis Iwao Hakamada, dans le couloir de la mort depuis 46 ans au Japon.

Je suis Cédric Roland, 33 ans, mort de froid à Lille en 2014.

Je suis Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème au Pakistan.

Je suis Jean-Marie Boudot, retrouvé mort chez lui 3 ans après...

Je suis Anne-Lorraine Schmitt, assassinée dans le RER en 2007.

Je suis Yohan Barros, mort accidentellement en 2010.

Je suis cet agriculteur qui croule sous des dettes et a décidé d’en finir.

Je suis cette maman qui a donné la vie, malgré les risques pour sa propre vie.

Je suis ce pompier volontaire qui a donné sa vie pour en sauver une autre.

Je suis cet anonyme que tout le monde a oublié.

Je suis cet anonyme qui est mort sans un bruit.

Je suis moi parce que je suis eux.

Je suis moi parce que leur mémoire fait grandir l’humanité.

Je suis Charlie parce que ça crève l’écran aujourd’hui.

Je serai Charlie demain et toujours parce que l’oubli est pire que tout ».

Et, oui, il y a tous les jours des hommes et des femmes qui meurent en Ukraine, en Afrique, en Syrie, à Gaza et en Irak ; parfois dans des souffrances horribles. Ils sont des anonymes. Ce ne sont pas seulement des chrétiens. Il y a aussi beaucoup de musulmans..., même ceux qui peuvent défendre nos églises. Il y a des juifs aussi. Cela nous touche parce que ça nous surprend, parce que cela touche notre conception de la liberté, parce que ça nous pénètre au cœur du cœur  et, en définitive, cela a une portée internationale comme le « 11 septembre » pour la charge importante que cela soulève... Combien nous souhaiterions pouvoir être aussi nombreux pour soutenir les chrétiens en Orient contre les égorgeurs, les barbares et tous ceux qui sont au loin et qui viennent importer, ici, leur sale besogne idéologique et extrémiste. Et que dirai-je ce soir à mon Seigneur ? Que murmurerai-je à son cœur ? « Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut ». Oui, je me tourne vers Dieu, et je me souviens du jour de mon Baptême... « Ô Seigneur ! Tel est (ton) amour: garder (tes) commandements ; et (tes) commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jn 5).

Te voilà, Seigneur, au milieu de nous. Une colombe et une voix te désignent. Tu n’es plus un inconnu, puisque Tu ES Celui qui EST pour nous, qui est l’Emmanuel et Jésus Sauveur...

Non, Seigneur, je ne veux pas entrer dans la ronde des méchants ! Je veux te voir dans mon frère si différent et qui m’est si semblable. Je ne pas être pour lui Caïn, et je ne veux pas qu’il soit Abel. Je ne veux pas être vendu par mes frères comme Joseph le Patriarche. Je veux aimer et, pour aimer, il me faut apprendre de Toi, Seul. Il me faut baisser la tête et recevoir de cette eau abondante, fraîche, bonne, limpide qui vient guérir les blessures de mon cœur. Ton eau, Seigneur, est mon Paradis ! « Jésus Christ, (tu es) venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang ». Au Golgotha, ils ont cru que le silence de la mort sur la Croix serait le « dernier mot », et voilà que ta Résurrection est devenue nouveau langage et espérance pour tout un peuple. C’est quand les faibles se pensent forts qu’ils sont les plus soumis à leurs démons intérieurs qui les rongent et les perdent. Le Pauvre crie, demande justice et voilà que, dans la nuit et contre toute attente, Dieu répond. La justice, le droit, le respect, la tolérance, le dialogue, l’amitié et la liberté seront toujours du côté des faibles...

Mais, en ce dimanche qui clôt le Temps de Noël, c’est dans l’Esprit Saint que je veux recevoir de Toi la Vie, que je veux être marqué à jamais par le sceau de ton Amour - pour moi. Tu es descendu au fond (tout au fond) avant moi, et beaucoup plus bas que je ne saurais le faire un jour. Ne me laisse pas si bas et si loin, aide-moi à remonter toujours pour Toi et avec Toi en ayant pour seul et unique désir et, j’espère comme dernier regard un jour, Ton visage que j’aurai cherché toute une vie..., Dieu de ma joie !

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Istanbul, le 10 janvier 2015

 

ps : Merci d’avoir accompagné ce temps passé à Istanbul qui s’achève dans quatre jours... Trop court et trop long. Orient, que je laisse derrière moi avec de belles images et de belles émotions, quelques interrogations et quelques espoirs. J’ai revu le « Monsieur aux bananes ». Autres habits, mais même sourire qu’en décembre 2014. Il n’a pas changé de rue ni de trottoir. Il fait son chemin. Son regard et son sourire sont langage et mots qui s’inscrivent dans le cœur de ce patient un peu attentif que je fus à ces frères et soeurs de Turquie qui vont et viennent comme les mers qui entourent Istanbul depuis des siècles... J’ai tant appris, et c’est l’impression de vide qui est mienne. Il y a des trop-pleins qu’on ne peut porter seul. Je vous les partagerai en pénitence, mais surtout par amitié... P. Patrice