En attendant Dimanche : Homélie pour l'Epiphanie - Jésus, Ta présence est lumière pour notre vie !

Publié le par Patrice Sabater

En attendant Dimanche : Homélie pour l'Epiphanie - Jésus, Ta présence est lumière pour notre vie !
En attendant Dimanche : Homélie pour l'Epiphanie - Jésus, Ta présence est lumière pour notre vie !
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En attendant Dimanche : Homélie pour l'Epiphanie - Jésus, Ta présence est lumière pour notre vie !

Jésus, Ta présence est lumière pour notre vie !

 

Le temps est glacial à Istanbul. Il a même neigé... Heureuse neige et froideur qui nous viennent des pays de l’Est ! Quel spectacle ravissant de voir Sainte Sophie et la Mosquée bleue sous la neige, de deviner le Bosphore et la Corne d’or entre vent et flocons ! C’est l’hiver. Cela ne correspond pas du tout avec l’image que l’on se fait immédiatement de l’Adoration des Mages venus d’Orient. Jésus nouveau-né est à peine emmailloté et les parents sont vêtus comme on le serait à une autre période de l’année plus chaude..., à moins que Jésus ne soit pas né en décembre ?!? L’hiver n’est pas si rigoureux, ici, mais il peut l’être et plus encore ! Hier matin, je me promenais dans le marché des épices sur la rive européenne d’Istanbul, non loin du Pont de Galata, à Eminönu. C’est à peine si l’on pouvait se frayer un chemin. Et, plus il fait froid plus on a l’impression qu’il nous faut nous agglutiner, nous presser  vers plus de promiscuité. Les vendeurs abordent gentiment les clients potentiels que nous sommes. Une écharpe, des épices, des loukoums, d’autres turkish delights, des fruits ou des bijoux, peut-être des nappes ou de belles lampes colorées turques ? Ce que vous voulez... Les yeux sont ronds d’étonnement prêts à avaler n’importe quelle suggestion, prêts à répondre à nos questions intérieures... Que vais-je acheter pour ramener en Europe ? Je rêve. Je rêve et me laisse aller. Mes sens sont en ébullition. Tout dit en moi que je suis, ici, dans mon élément. L’Orient, ses parfums, les épices qui se mélangent à l’odeur du café turc, la cardamome, le parfum de rose ou de pistache des loukoums en devanture, les feuilles de vignes pour confectionner les dolmas, la cannelle, et tout ce que l’on voit ou que l’on devine. C’est l’heure. Le muezzin est à son affaire. La voix mélodieuse appelle les croyants à la prière au nom de Dieu... « Allah, bismi’llah » !!! L’un répond à l’autre et le bruit se confond, se transforme, monte et pénètre vos oreilles, que vous partagiez ou pas la foi des musulmans...

Marché d’Orient, bazars, souks, caravansérails... Nous sommes au départ de la route vers l’Orient, de la route de la soie. Bateaux qui arrivaient de Venise ou de Gênes, embarcations provenant d’Afrique, du Maghreb ou d’Egypte. Routes d’hier de Jordanie, de Syrie, du Liban, de l’Arabie heureuse, d’Oman... Routes antiques nabatéennes de Petra et de Bosra, routes de Palmyre, de Damas, d’Amman ou de Jerash. Nous avançons vers Alep, Tabriz, Ispahan, Samarcande, Tachkent et plus loin encore. Ces routes d’Orient furent celles des Trois Mages qui viennent à la Crèche de Bethléem en suivant une étoile. Ce que Dieu avait annoncé à Marie par la voix de l’Ange et en songe à Joseph, devient réalité pour ces trois hommes représentés sur une mosaïque de Ravenne coiffés de bonnets phrygiens, qui avancent selon des calculs savants vers Ephrata, en Judée. Ce que Dieu avait caché aux uns, il l’avait fait découvrir à  Gaspard, Balthasar et Melchior comme nous le relatent les Evangiles apocryphes. On ne sait rien d’eux, sauf qu’ils sont de trois âges et de couleurs différentes (cf. sermons du Pape saint Léon le Grand). Ils représentent les âges de la vie et les mondes connus d’alors. Saint Matthieu est le seul évangéliste à évoquer leur existence. Comme l'épisode biblique est très succinct, les chrétiens, surtout en Occident, ont brodé. Au cours des siècles, les mages devinrent rois, devinrent trois, reçurent des noms, des âges, des origines, des visages et même des corps.

Le passage de l'Evangile inspira en effet rapidement les penseurs chrétiens. Au IIème siècle, Tertullien précise que les mages étaient rois. Il peut ainsi faire correspondre les prédictions de l'Ancien Testament aux récits de la vie de Jésus et plus précisément celle du Psaume 72. Ils viennent les mains pleines de présents pour permettre au monde d’accueillir ce que les seuls Bergers d’Israël, pour l’heure, avaient accueillis. De l’or pour célébrer la majesté de cet enfant qui est Roi et Prince de la Paix. Cet or est offert pour la majesté de sa personne venant inaugurer son Royaume d’amour et de don. L’encens, que l’on trouve partout en Orient, qui vient souligner le caractère divin de Jésus et honorer l’offrande de sa vie lui qui est Personne humaine et Dieu fait chair. Enfin, un peu de myrrhe déposée devant cet enfant pour annoncer qu’il n’y aura pour lui pas d’autre chemin que celui de la Croix, qu’il devra passer par la mort et, qu’il recevra les soins agrées pour toute sépulture avec onguents et autres herbes – dont la myrrhe – au jour de sa mise au tombeau. Tout chante alentour car cette naissance est porteuse d’espérance et de grande joie ! « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur. ». (Isaïe 60,1-6)

            Je me prépare à fêter l’Epiphanie. Ici, pas de galette ni de Royaume au pays du dernier grand Calife ! Chaque Eglise prépare la fête. Les Catholiques Latins, pressés par leur calendrier liturgique ouvrent les festivités, tandis qu’il faut attendre encore quelques jours pour arriver au moment où les orthodoxes – toutes Eglises confondues ou presque - vont fêter cette fête le 6 janvier. Nous sommes aujourd’hui le 3 janvier ! Alors, on célèbrera, ce jour-là, Noël et l’Epiphanie comme étant la manifestation parmi nous de la présence de Dieu parmi les Hommes. Les Grecs orthodoxes du Phanar célèbreront tôt la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome et, à 11h30 autour de leur Patriarche, ils iront plonger la Croix de Jésus dans les eaux de la Corne d’or. On bénit solennellement les Grandes eaux baptismales dans d’autres Eglises orthodoxes également. Je l’ai vu faire une année à Paris, dans la Seine, auprès de la cathédrale Notre Dame... Traditionnellement, à la veille de l’Epiphanie et le jour même du Baptême de Dieu, de nombreux orthodoxes en Russie plongent dans un trou en forme de croix fait dans la glace des rivières. On l’appelle le petit Jourdain - en mémoire de la rivière de Jourdain. Les canons de l'Eglise ne prescrivent pas ce jour les immersions dans l'eau et surtout dans les trous dans la glace. Cette tradition pieuse est russe pour l'essentiel, bien qu’elle existe déjà dans certains pays du monde. Son origine a d'anciennes racines et c’est une tentative de s’initier au sacrement du Baptême de Jésus-Christ. On appelle ces « Jours saints » (les «Sviatki») - journées de joie qui viennent après Noël et se terminent par le baptême d’eau. En somme, le 6 janvier, on fête la Révélation du Dieu trinitaire. La fête de la Théophanie dans l’Eglise orthodoxe est en rapport avec le baptême du Christ au Jourdain et en constitue l’événement central. Jusqu’au IVème siècle d’ailleurs, la Nativité et la Théophanie se célébraient en même temps. Ce témoignage de l’Eglise primitive est toujours présent dans l’Orthodoxie, car les douze jours séparant les deux fêtes apparaissent liturgiquement comme une seule solennité. Pendant toute la durée de cette période, fait unique dans l’année liturgique, toute forme de jeûne ou de pénitence est abolie, y compris les mercredis et les vendredis. Par Son baptême, c’est véritablement Dieu qui se manifeste au monde, Dieu dans Sa plénitude, Un et Trine. « Dans Sa Nativité, le Fils de Dieu vint au monde de façon cachée, dans Son Baptême, Il apparaît de façon manifeste » (saint Jérôme). La bénédiction des eaux qui a lieu à la Théophanie renouvelle et actualise donc la sanctification des eaux : le prêtre appelle l’Esprit Saint, plonge par trois fois la croix dans l’eau. Cette eau sainte est très précieuse pour les fidèles, ils la boivent et l’emportent dans leurs maisons. Cette fête nous anime de l’intérieur et nous rend proches de nos Frères orthodoxes. Oui, nous sommes en Orient, et ici tout se mélange. N’était-ce pas cela que nous devrions deviner dans cette belle mosaïque dont je parlais tout à l’heure, et qui nous présentent les Mages avec ce bonnet phrygien ?

La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Sa capitale est Gordion - proche d'Ankara - et la fameuse ville de Troie en fait partie. Les Phrygiens étaient un peuple venu de Thrace ou de la région du Danube. Après la conquête des cités grecques d'Ionie, l'Asie Mineure tombe à son tour sous le contrôle perse. Cela dure plus de deux siècles, jusqu'à la défaite des Perses devant le Grec Alexandre le Grand. Durant la domination perse, des Iraniens se sont installés dans cette région. Au IVe siècle de notre ère, sept cents ans après la victoire d'Alexandre, nombre de villages de Cappadoce sont encore peuplés d'Iraniens, descendants des premiers colons, qui ont conservé leurs croyances anciennes, notamment le culte de Mithra qui fait de nombreux adeptes parmi les non-Iraniens. Ce sont même les Grecs qui donnent l'appellation « bonnet phrygien » nommé aussi « bonnet oriental ». Car cette coiffe est également portée par de nombreuses tribus iraniennes. Elle orne aussi invariablement la tête de Mithra, divinité des peuples indo-iraniens. Malgré l'effondrement de l'Empire perse, Mithra conserve de nombreux fidèles, surtout en Arménie. Par la suite, la dynastie parthe d'Iran le vénère et l'inclut parfois dans le nom de ses rois. A leur tour, les colonies romaines d'Asie Mineure permettent la diffusion du mithraïsme. La première « communauté » est fondée à Rome par des soldats. Mithra devient « Sol invictus », le « Soleil invaincu ». On lui dédie des temples et son influence se répand dans tout l'empire, de l'Espagne à la mer Noire, de l'Ecosse au Sahara. A Rome, des temples lui sont dédiés : de nos jours, il en reste une quarantaine ; il devait y en avoir trois fois plus alors. Le mithraïsme concurrence énormément le christianisme. L'empereur Commode est initié au culte et, sous le règne d'Aurélien, il est proclamé religion officielle de l'Empire. C'est ce dernier qui, en 274, déclare le 25 décembre jour anniversaire de la divinité. Lorsque Constantin Ier se convertit au christianisme en 312, cette religion perd de son influence et, après un bref renouveau sous Julien dit l'Apostat, il disparaît.

Il continue pourtant à influer sur le christianisme : en ce qui concerne la date de Noël, décidée par le pape Jules Ier en 340 ; sur le choix du dimanche, jour sacré du Soleil (d'où le sunday britannique ou le Sonntag allemand) ; de même pour le pain et le vin consacrés dans l'eucharistie. On représente Mithra naissant d'un rocher, en présence de bergers. Il n'est pas étonnant non plus que la mitre, la coiffe des évêques, rappelle celle de Mithra, et que la tiare (mot d'origine perse) papale, dérive du « frigium », ou « bonnet phrygien ». Et, justement chers amis, nous sommes ici au cœur de l’Anatolie en Turquie !

Le Psaume 71 nous parle de ces rois venus de l'Orient où aujourd’hui les chrétiens essayent de se frayer un chemin de lumière et de liberté au milieu de tant d’épreuves. « Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ». Mais où est-il cet Enfant-Roi se demandent les Mages ? « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » (Mt 2). Jésus est là où je me trouve, dans la situation particulière et singulière dans laquelle je me trouve. Là, « au gibet » avait dit saint Maximilien Maria Kolbe au Camp d’Auschwitz. Il est là dans mes joies et dans mes peines, dans mes doutes et dans mes convictions, dans le cœur des pauvres et dans celui des hommes de bonne volonté. Il vient dans ton cœur, si tu le veux ! Mais, sans doute te faudra-t-il d’abord te prosterner, reconnaître sa divinité et sa puissance d’amour...

Une question pour aujourd’hui... Pourquoi mange-t-on de la galette des rois ce jour-là ? C'est l'Eglise qui institua cette tradition typiquement française. Elle remonte au XIIIème siècle. A cette occasion, la galette était partagée en autant de portions que d'invités, plus une part. Cette portion supplémentaire, appelée « part du Bon Dieu » ou « part de la Vierge » était donnée au premier pauvre qui passait. La fève dans la galette des rois remonte au temps des romains. A l’époque romaine, lors des Saturnales, des fêtes célébrées lors du solstice d’hiver, un esclave était tiré au sort par son ou ses maîtres. Pendant une journée, il perdait son « statut d’esclave » et inversait les rôles avec son « patron ». D’autres historiens racontent qu’un condamné à mort pouvait, lui aussi, être tiré au sort pendant cette période et bénéficier d’un régime de faveur, le temps des festivités, avant que la sentence ne soit prononcée. Au XIème siècle, certains avaient pour habitude de désigner leur chef en cachant une pièce dans un morceau de pain. Une pièce d'argent, une pièce d'or ou bien pour les plus pauvres une fève (haricot blanc). Celui qui la trouvait était alors élu !

Tu seras « roi » d’un jour ou « reine ». Tu mangeras de cette galette en forme de totalité, de cercle parfait, de terre et de « soleil invaincu » qui illumine nos vies, mais sache que c’est dans ton cœur que tu trouveras la vraie royauté, parce que c’est là que Dieu demeure et veut demeurer au fil de tes jours. Rappelle-toi que la galette d’un jour ou « le royaume » sont de passage, une bouchée de frangipane. Seul, le Corps du Christ que tu consommeras à la Messe de l’Epiphanie est l’aliment qui sera, pour ta route et dans ta vie, ton soleil... Amen !!!

Père Patrice Pabater Pardo, cm

Istanbul, le 4 janvier 2015,

en la Fête de l’Epiphanie du Seigneur