En Syrie, un conflit figé (La Croix.com)

Publié le par Patrice Sabater

En Syrie, un conflit figé (La Croix.com)

Après bientôt quatre ans de conflit, l’armée syrienne est affaiblie et l’opposition toujours aussi divisée.

L’ONU essaie d’obtenir une désescalade pour améliorer le quotidien des Syriens.

Que se passe-t-il en Syrie ? « Pas grand-chose depuis l’échec de Genève II (négociations entre le régime syrien et l’opposition en février 2014, NDLR) », déplore un diplomate européen en poste entre Damas et Beyrouth. Alors qu’en mars 2015 le conflit entrera dans sa quatrième année, plus aucune négociation politique n’est sur la table.

« Sur le terrain, depuis plus d’un an, il n’y a pas de nouveau front », analyse le diplomate. D’un côté, le régime n’en a plus, selon lui, les moyens. Son armée est épuisée, compte beaucoup de morts et de déserteurs, certains ont rejoint l’opposition. Le régime est affaibli mais colmate les brèches. Les lignes ne devraient plus beaucoup bouger, le régime gardant la « Syrie utile » de Damas, avec les villes de Hama, Homs et Lattaquié. L’opposition détient l’est et le nord de la Syrie.

Et la population syrienne ? Elle survit dans des conditions extrêmes après quatre ans de guerre, et « elle n’est pas prête à se lancer dans une nouvelle révolte », affirme le diplomate.

LA NÉBULEUSE DE L’ARMÉE SYRIENNE LIBRE

Du côté de l’opposition, l’Armée syrienne libre (ASL) est une nébuleuse dont les membres varient en fonction des fonds qu’ils reçoivent, et ce malgré les pressions américaines sur les pays du Golfe pour qu’ils cessent de financer les rebelles. Depuis le début du conflit, les divisions de l’opposition syrienne restent une constante. Mais les islamistes du Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida, dominent de plus en plus celle-ci. Sans parler du troisième acteur, Daech (groupe État islamique) et son émirat, qui s’est taillé une grosse part du pays et recrute les déçus de l’opposition.

Chaque partie a ses acteurs exogènes. L’opposition a ses djihadistes venus de Tchétchénie, des pays du Golfe, d’Algérie, de Tunisie, d’Europe, qui s’ajoutent à ses combattants syriens et irakiens. Le régime, lui, peut toujours compter sur les Iraniens, les combattants du Hezbollah libanais, les experts russes et les chiites irakiens. Tous participent à la consolidation des positions de l’armée.

Mais les frontières restent figées. Même la prise mi-décembre par le Front Al-Nosra de deux bases militaires à l’armée syrienne, Wadi-Al-Deif et Hamidiyé dans la région d’Idleb, n’a pas modifié les lignes de front.

LA DIPLOMATIE RUSSE ACTIVE

Sur le plan diplomatique, on assiste toujours à l’activisme des Russes. Moscou cherche à réunir le régime et les différents groupes d’opposition pour engager des négociations sans préalable, avec l’objectif de mettre fin à la guerre. Le président syrien est d’accord pour « répondre de manière positive aux efforts menés par la Russie pour trouver une solution à la crise ».

« Il faut soutenir cette initiative russe, c’est une démarche positive », estime le diplomate européen. La France et le Royaume-Uni ne partagent pas son enthousiasme et posent de multiples conditions. Cet expert y voit le réflexe de deux ex-puissances mandataires, qui s’accrochent à l’inviolabilité des frontières issues des accords Sykes-Picot, alors qu’il est fort probable que celles-ci voleront en éclats.

Des rencontres ont eu lieu entre Russes, Syriens et Iraniens à Moscou et Téhéran. Le président Bachar Al Assad pourrait se rendre en janvier à Moscou. Déjà, l’Iran a ouvert une ligne de crédit de 800 millions de dollars au gouvernement syrien.

UNE SITUATION HUMANITAIRE ÉPOUVANTABLE

Entre-temps, Staffan de Mistura, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, tente de remplir sa mission : obtenir une désescalade de la violence. Un mandat pragmatique et beaucoup moins ambitieux que celui de son prédécesseur Lakhdar Brahimi.

« La situation humanitaire et sécuritaire se dégrade, les conditions de vie des Syriens sont épouvantables », résume notre diplomate qui soutient l’action de Staffan de Mistura.

Enfin seule éclaircie dans ce ciel plombé, Damas a donné son feu vert à la livraison de médicaments et de matériel médical dans les zones contrôlées par l’opposition dans le gouvernorat d’Alep, dans le district assiégé de Mouadamiya près de Damas, et la région de la Ghouta orientale près de la capitale.

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De lourdes pertes dans les rangs de Daech et chez les civils

Plus d’un millier de djihadistes ont été tués en trois mois en Syrie par les frappes de la coalition conduite par les États-Unis, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les frappes auraient tué 1 046 membres de Daech, en grande majorité des non-Syriens, 72 du Front Al-Nosra, au moins un prisonnier djihadiste, et 52 civils.

La Syrie affiche le bilan le plus meurtrier concernant les journalistes pour la troisième année consécutive avec 17 morts en 2014, et 79 depuis 2011. Une vingtaine de journalistes, pour la plupart des locaux, seraient toujours retenus en otages par Daech.

Le nombre des victimes (civils et combattants) de la guerre civile pourrait s’élever à 200 000.

Source: La Croix.com - le 27 décembre 2014

Agnès Rotivel