Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem : « Un chrétien appartient à son peuple, à son pays et à sa société »

Publié le par Patrice Sabater

Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem : « Un chrétien appartient à son peuple, à son pays et à sa société »
Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem : « Un chrétien appartient à son peuple, à son pays et à sa société »
Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem : « Un chrétien appartient à son peuple, à son pays et à sa société »

« Un chrétien appartient à son peuple,

à son pays et à sa société »

 

JERUSALEM – Dans le cadre d’une conférence concernant «L’identité des chrétiens arabes palestiniens en Israël », au Centre Harry Truman de l’Université Hébraïque le 22 janvier, le Patriarche Latin Emérite de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, a donné, en langue anglaise, une intervention de qualité.

Qui sont les chrétiens « indigènes » en Terre Sainte ? Que sont leurs défis d’aujourd’hui ? Et quels sont les choix qu’ils devraient faire pour leur avenir ? C’est principalement à ces trois questions que Mgr Michel Sabbah, Patriarche Emérite Latin de Jérusalem, a essayé de répondre lors de cette conférence à l’Université Hébraïque, le 22 janvier 2015.

Mgr Sabbah, fils de Nazareth, a connu, encore séminariste, la guerre de 1948, et ensuite, en tant que prêtre, celle de 1967. En tant que Pasteur de l’Eglise Latine à Jérusalem, il a connu la première et la deuxième intifada, ainsi que la guerre du Golfe, mais aussi la création de l’Autorité Palestinienne, puisqu’il fut Patriarche de l’Eglise Mère pendant 20 ans, entre 1988 et 2008.

Il a conçu cette conférence de neuf pages autour de cinq axes : « Qui sommes-nous ? » ; « Chrétiens en Israël et en Palestine : les chefs des Eglises » ; « Les chrétiens en Israël, le peuple » ; « Chrétien au Moyen Orient » et « notre avenir ».

Il répondu à la première question en soulignant : « nous sommes des chrétiens ici en Israël, et en même temps, nous sommes chrétiens au Moyen Orient ». Il affirmé que, malgré les différentes « racines ethniques et linguistiques», que reflètent les noms des différentes Eglises, la plupart des membres de ces Eglises aujourd’hui ont un « sens d’appartenance au monde arabe », donnant comme exemple l’Eglise Grecque Catholique Melkite.

Il a constaté ensuite la présence de quatre familles ecclésiastiques en Terre Sainte : Orthodoxes, Orientales, Catholiques et Protestantes. Toutes ayant des chefs et des fidèles présents en Terre Sainte. «Bien que nous soyons diversifiés et divisés hiérarchiquement, la plupart du temps nous entretenons de bonnes relations», soulignait-t-il. Et parlant du devoir moral des chefs des Eglises, il a expliqué que «quand il s’agit du conflit israélo-palestinien dans lequel nous vivons, les fidèles attendent de l’Eglise qu’elle s’exprime en faveur de la justice et de la défense des droits, et notre devoir est d’élever la voix.»

Il poursuit : « Les autorités politiques, pour leur part, nous disent: le conflit, l’occupation, tout ça, c’est de la politique, et vous, les chefs religieux, gardez-vous loin, parlez de paix, priez pour la paix, et restez à distance et au calme, occupé avec vos prières et votre encens ».

Concernant les chrétiens en Israël, il a expliqué qu’il y a «deux situations différentes à distinguer (…). La première est dans les territoires occupés, la deuxième, à l’intérieur d’Israël. Dans les Territoires occupés, les chrétiens sont sous occupation militaire (…) » tandis que « En Israël, les Palestiniens chrétiens sont des citoyens », soulignait le Patriarche émérite en décryptant ensuite les différents défis et problèmes de ces deux groupes des chrétiens « indigènes » et homogène.

Sa Béatitude, le Patriarche Sabbah est néanmoins conscient qu’«un chrétien appartient à son peuple, à son pays et à sa société », ce que les chrétiens du Moyen Orient en particulier confirment depuis des siècles. Car, même si « nous constituons un petit nombre, constate le patriarche émérite, nous ne sommes pas cependant des minorités ou des éléments étrangers dans nos pays ».

En dernier lieu, Mgr Sabbah s’est penché sur l’avenir des chrétiens dans cette région, en expliquant que celui-ci « dépend de l’avenir même d’Israël et de la Palestine », remettant au même temps chaque chrétien devant sa conscience et sa responsabilité pour « choisir », car « gardant à l’esprit tous ces facteurs externes, locaux et internationaux (…), expliquait le Patriarche émérite, notre avenir en tant que chrétiens dépend finalement de nous-mêmes, de notre propre foi ». Car « la foi devient une force spirituelle » et « si nous sommes confrontés à la mort et aux massacres, nous devons nous éduquer à vivre avec le sentiment d’être martyrs: donner notre vie (…) », concluait-t-il avec audace.

Source : LPJ.org - Firas Abedrabbo

Le 27 janvier 2015