Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts d’une curieuse indifférence

Publié le par Patrice Sabater

Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts   d’une curieuse indifférence
Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts   d’une curieuse indifférence
Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts   d’une curieuse indifférence
Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts   d’une curieuse indifférence

Des centaines de chrétiens enlevés par l’Etat islamique : les ressorts d’une curieuse indifférence

Face au silence médiatique et politique, Jean d'Ormesson a pris la parole pour avertir des atrocités commises par l'Etat islamique contre les populations chrétiennes. Pourtant rien n'y fait, c'est comme crier dans le désert.

Atlantico : 222 chrétiens ont été enlevés le lundi 23 février au nord-est de la Syrie.

Quelques jours plus tôt, 21 coptes ont été égorgés en Libye. Face à cette attitude "génocidaire" selon les mots de Jean d’Ormesson, l’une des rares personnalités à s’être exprimée à ce sujet, c’est le silence qui prévaut. Pourquoi, alors que le sort des Yézidis émeut tant, n’en va-t-il pas de même pour les chrétiens ?

Sébastien de Courtois : Le sort des chrétiens d’Irak et de Syrie est lié intrinsèquement avec celui des autres minorités non musulmanes, dont les Yézidis. Il n’y a pas à hésiter ni à faire la différence entre elles. Leurs destins sont liés et elles se battent ensemble. Si la démocratie et la liberté ont un avenir dans cette partie du monde, c’est grâce aux combats qui se jouent actuellement dans l’Est de la Syrie. La résistance des Kurdes et de leurs alliés chrétiens est héroïque face aux forces de l’obscurantisme.

Nous sommes confrontés à un fond d’ignorance qui est le résultat de décennies de déni, en France, tant par rapport à l’Orient, "compliqué" soit disant, que par rapport à l’histoire des religions dont nous nous méfions, et surtout vis-à-vis du christianisme, religion dont nous avons honte parce qu’elle fut la nôtre. La vérité est que la pensée contemporaine ne comprend plus ce vieux fond christiano-mésopotamien qui a été pourtant la matrice de nos propres cultures, au même titre que l’héritage grec ou romain. Rien ne sert de clamer le besoin de vivre ensemble sans chercher avant tout les endroits où les chrétiens, les juifs et les musulmans ont pu et peuvent cohabiter en paix ? Eh bien intéressez-vous aux grandes villes d’Orient et regardez ce qui a existé !

Ne cherchons pas des solutions miracles à coups d’idéologies. J’ai peur que le laïcisme actuel en soit une : sois laïc et tais-toi. Non, il y a d’autres voies, plus souples, où chaque croyance doit trouver sa place dans notre société. Oui, le silence actuel est étonnant. Pourtant, dire, exprimer, comprendre, ne coûte pas grand chose. Souvent, les gens que j’ai interviewés pendant les exils du nord de l’Irak l’été dernier ne demandaient qu’à être écoutés avant tout. Il y a les causes où l’on se sent concerné et d’autres moins. Si Gaza rassemble, les chrétiens découpés sur le Khabour où sur une plage de Libye n’intéressent pas vraiment au-delà de la seule émotion. Pourquoi ? C’est à chacun de répondre en son cœur. Pourtant, ces cultures sont liées avec la nôtre, la langue parlée par ces gens, l’araméen ou le copte, sont des idiomes qui nous ont beaucoup apportés. Mais ne parlons pas de culture, parlons des gens simplement. La croix dérange. Ces gens-là étaient bien chrétiens avant « nous » et n’ont pas été convertis par les croisés...

Notre société est préservée depuis 70 ans des horreurs de la guerre. La sécurité dans laquelle nous vivons nous fait-elle oublier ce qui se passe ailleurs ?

Sébastien de Courtois : Nous ne devons plus accepter cette vision manichéenne que nous avons des chrétiens d’Orient. Ils ne méritent pas nos divisions politiques. C’est une honte ! C’est la plus grande lâcheté du monde intellectuel et politique actuellement. J’aime beaucoup Jean d’Ormesson, mais ce n’est pas suffisant. Il y aurait tant à dire tant à écrire sur ces questions. J’ai vu des articles mensongers publiés sur des sites internet réputés pour leurs scoops politiques, dire des bêtises sur l’État islamique, des approximations sur l’histoire des chrétiens d’Orient alors que tout est disponible sur Wikipédia... Je rêve d’une pleine page de Libé en une dénonçant ces mêmes crimes, je leur ai écrit à ce sujet, les réponses sont polies mais rien ne suit.

Les plus courageux sont les intellectuels musulmans, ils savent de ce dont ils parlent, ils connaissent l’importance de la présence des chrétiens en Orient, mais même eux on ne leur laisse pas la parole. Eux savent le besoin d’altérité indispensable à ces sociétés. Je crois que nous avons perdu l’esprit des causes, expliquer sans juger, mais combattre l’indifférence et le mensonge. Pour cela, il faut briser ce mur d’ignorance, et se renseigner sur l’histoire. Les chrétiens qui sont assassinés dans le Khabour actuellement avaient déjà fui les massacres de Sémel en 1933, en Irak, et avant cela ceux du Hakkâri en 1915 dans le sud-est de la Turquie... Hassaké et Qamishli sont des villes qui ont été construites par des ingénieurs français pendant la période du mandat en Syrie, comme les immenses travaux d’irrigation qui ont permis de les sédentariser pour faire vivre ces familles. Et nous ne sommes pas capables de leurs consacrer une heure d’émission à la télévision ?

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Publié le 27 Février 2015 - Mis à jour le 27 Février 2015

Interview avec Sébastien de Courtois

http://www.atlantico.fr/decryptage/centaines-chretiens-enleves-etat-islamiqueressorts-curieuse-indifference-sebastien-courtois-bertrand-vergely-2024232.html