EGYPTE : Grâce au président Sissi, la situation des coptes d’Égypte s’est nettement améliorée

Publié le par Patrice Sabater

EGYPTE : Grâce au président Sissi, la situation des coptes d’Égypte s’est nettement améliorée

LIBAN : Une messe a été célébrée hier en l'église copte Saint-Marc, à Sin el-Fil, pour le repos de l'âme des 21 Égyptiens coptes décapités il y a une semaine par les miliciens de l'État islamique en Libye.

Ils ont préservé les anciennes habitudes chrétiennes intactes. Dans leurs églises, ils utilisent toujours les cymbales et l'encens, ils se déchaussent pour s'approcher de l'autel et leurs femmes se couvrent toujours la tête quand elles veulent communier. Ils récitent la messe, qui dure trois heures, en arabe et en copte, une langue qui n'est plus utilisée que dans la liturgie.
Le Liban compte 5 000 coptes, tous, bien sûr, originaires d'Égypte. La communauté a été reconnue par l'État libanais en 1994 comme étant la dix-huitième communauté religieuse du pays.
Hier, nombre de personnes ont eu les larmes aux yeux quand le prêtre Roueiss al-Ourachalimi a évoqué « 
les 21 martyrs tués par l'État islamique ».
Interrogé sur la
situation actuelle des coptes en Égypte, le dignitaire religieux a indiqué à L'Orient-Le Jour qu'elle « est excellente ». « Sur le plan de la foi, elle a toujours été excellente. Actuellement, sur le plan de leur place dans le pays, elle est aussi excellente », a-t-il souligné.
Tout comme ses paroissiens, il évoque les mesures prises par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi après l'assassinat des 21 coptes, notamment la visite qu'il a effectuée à Alexandrie pour présenter ses condoléances au pape Tawadros II, le fait qu'il ait décrété un deuil national de sept jours en Égypte ainsi que les frappes aériennes que Le Caire a lancées contre des cibles de l'État islamique en Libye.
« Le président égyptien est modéré, il aime les chrétiens de son pays. Notre situation est actuellement excellente et j'espère qu'elle s'améliorera », ajoute le père Ourachalimi.
C'est le même son de cloche que l'on entend chez les paroissiens, des coptes libanais et des coptes d'Égypte travaillant au Liban. 
Samia, libanaise, indique : « Nous portons notre foi dans le cœur malgré toutes les persécutions. Ce n'est pas la première fois que l'on tue des coptes et ce ne sera pas la dernière. Nous mourrons toujours parce que nous sommes les témoins du Christ. »

Des citoyens de deuxième catégorie

Achraf, qui habite depuis 19 ans au Liban et qui est originaire de Mansoura en Égypte, sait qu'il n'obtiendra jamais la nationalité libanaise. « J'ai une femme et trois enfants. Je me rends une fois par an en Égypte pour leur rendre visite, raconte-t-il. La situation des chrétiens du Liban est différente de celle de tous les chrétiens d'Orient. Au Caire, elle s'améliore petit à petit. Nous en avons fini avec les Frères musulmans. Et nous sommes désormais plus libres de pratiquer notre culte, dit-il. Le président nous soutient. Il a décidé de faire construire une église, avec les deniers de l'État, à la mémoire des 21 martyrs de Libye », ajoute-t-il.
Et de poursuivre : « Même les cheikhs d'al-Azhar sont devenus plus modérés. Auparavant, ils encourageaient les fondamentalistes et tenaient des discours antichrétiens. Ce n'est plus vraiment le cas actuellement. Ils ne veulent pas seulement protéger les chrétiens, mais ils veulent surtout se protéger car l'intégrisme se retourne contre eux. »
Un peu plus loin, Izzat, d'Assiout, et Rida, de Tanta, des coptes d'Égypte qui travaillent depuis plusieurs années au Liban, parlent de la situation de leurs coreligionnaires. « Nous nous sentons plus en sécurité. Il y a tout le temps des militaires devant les églises pour les protéger. Nous sommes plus tranquilles quand nous célébrons nos fêtes. Ce n'était pas le cas auparavant, que ce soit sous Moubarak ou Morsi », indique Izzat.
« Nous sommes bien loin de l'ambiance qui régnait jusqu'à l'année dernière dans le pays et qui avait atteint son pic avec l'attentat contre l'église de Tous les Saints à Alexandrie le 1er janvier 2011. Avec le nouveau président, nous sentons que nous ne sommes plus des citoyens de deuxième catégorie », renchérit Rida.
« Sur le plan social, la situation s'améliore pour nous. Nous souhaitons que le changement politique suive », note Izzat.

Et l'Orient se vide encore...

Dans le parking de l'église, un couple de Libanais attend une personne qui travaille pour eux et qui assiste à la messe.
« Il faudra que les Libanais chrétiens aident les chrétiens d'Orient. Par tous les moyens. Les aider à trouver du travail, à porter des armes ou à faire la guerre s'il le faut », indique la femme. « Si les chrétiens du Liban sont restés dans le pays, c'est parce qu'ils se sont défendus. Parce qu'ils ont payé de leur sang le prix leur permettant de préserver leur terre. Si les autres chrétiens de la région ne se battent pas, ce n'est pas parce qu'ils n'aiment pas leur pays, mais parce que les régimes totalitaires les ont tellement marginalisés qu'ils sont devenus incapables de dire non et ont perdu courage. Ils vivent dans la peur, que ce soit en Irak, en Syrie ou en Égypte », note, de son côté, son mari, qui a voulu préserver l'anonymat.
Comme de nombreux experts en politique régionale, il évoque les services de renseignements qui ont noyauté les communautés chrétiennes dans les pays totalitaires du Moyen-Orient pour les paralyser, prenant en exemple le peu de chrétiens, comme Boutros Boutros-Ghali, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, qui ont réussi à occuper des postes haut placés en Égypte ou en Irak.

Sur le parvis de l'église, un homme est assis au soleil avec ses deux enfants. Fateh n'est pas égyptien mais irakien. Il n'est pas copte, mais syriaque-orthodoxe. « Ma sœur est mariée à un copte. Elle vit avec lui en Égypte. Je suis arrivé avec ma famille, ma femme, mes deux enfants et mes vieux parents en novembre dernier au Liban. Nous avons fui Tell Kaif, dans la province de Ninive », raconte-t-il. Tell Kaif, ou Telkeppe en langue araméenne, est une localité qui a abrité un grand nombre de chrétiens d'Orient jusqu'à ce qu'elle soit tombée dans les mains de l'État islamique il y a quelques mois.
Probablement toujours en état de choc, Fateh ne donne pas de détails sur ce qu'il a vu avant d'arriver à Beyrouth. « Je suis originaire de Bagdad. Quand la situation a empiré dans la capitale, j'ai décidé d'aller à Telkeppe, localité dont est originaire ma femme. C'était en 2009. J'avais trouvé un travail à Erbil et je rentrais à la maison tous les soirs, même si le trajet était long », dit-il.
« Je suis arrivé au Liban en novembre dernier. Ici, les chrétiens se sentent en sécurité. Le pays leur appartient, mais je ne peux pas rester. Le HCR me relogera dans un autre pays. J'ai déjà ma carte de refugié et j'attends le départ. Il ne reste plus personne en Irak. Toute ma famille est partie. Nous sommes éparpillés entre l'Europe et l'Amérique du Nord, et d'autres attendent le départ en Jordanie et en Turquie... Je veux partir, même si rien ne peut remplacer l'Irak dans mon cœur. Je veux un meilleur avenir pour mes enfants », poursuit-il.
Qu'en est-il de son propre avenir ? Fateh, qui a 38 ans, s'exclame : « Moi ? Je suis vieux. Quand on est témoin des guerres depuis sa plus tendre enfance, à commencer par la guerre d'Iran-Irak en 1980, on vieillit rapidement. J'ai vu des enlèvements, des gens que l'on tue et que l'on égorge, j'ai entendu des histoires atroces. Comment voulez-vous que je pense encore à mon avenir ? »
Fateh fait partie de ces milliers de chrétiens d'Irak et de Syrie qui appartiennent comme les coptes aux plus vieilles communautés chrétiennes d'Orient. Ils sont en train de quitter la région pour ne plus jamais y revenir.

Source : Patricia KHODER | L'Orient le Jour, le 23 février 2015