En attendant dimanche : Homélie du 1er Dimanche de Carême

Publié le par Patrice Sabater

En attendant dimanche : Homélie du 1er Dimanche de Carême

Il n’y a pas de jour qui ne voit l’aurore

                           s’il n’y a pas eu la beauté de l’aube...

Quarante jours et quarante nuits de préparation à la célébration de la Pâque du Christ. « C’est long comme le Carême ! » dit le refrain populaire. C’est long si on ne sait pas que faire et pourquoi on doit le faire. Rien, d’ailleurs, ne nous oblige à le faire si ce n’est une décision qui m’est personnelle, et que je décide de mettre en harmonie avec la proposition de l’Eglise. J’entre dans le mouvement intérieur, en moi-même pour me libérer de fardeaux, de lourdeurs, de fausses modesties, de jalousies...

Un temps pour me libérer, pour faire sauter les verrous, les attaches qui me paralysent et qui nuisent à ma relation à Dieu et à ceux qui m’entourent. Un temps pour revenir à l’essentiel, pour que l’accessoire ne soit pas l’essentiel. C’est aussi un temps pour me retrouver, pour respirer, pour entrer dans le mouvement de Dieu par la méditation, la réflexion, la prière, la lecture assidue de la Parole de Dieu...

Je peux considérer le Carême comme un moment essentiel dans ma vie humaine et ma vie de foi pour reprendre conscience des véritables enjeux et du sens de nos existences. Dieu me fait la grâce d’entrer en amitié avec moi, d’être un compagnon fidèle qui ne regarde pas la poussière de mes souliers, mais l’usure de mes semelles. As-tu marché ? Combien de temps ? As-tu pris le temps de retirer ces petites pierres qui t’empêchent de continuer à avancer ?

Le Seigneur me demande de prendre un peu de hauteur, de sourire de mes péchés et d’en être même détaché. Lucides sur ce que je vis et comment je pourrais vivre autrement, mais sans la gourmandise de ce péché que j’aime tant au point de plus pouvoir m’en défaire. Je mets de la distance entre lui et moi en le présentant au Seigneur sur la patène que tient le prêtre lors de la liturgie des offrandes durant l’Eucharistie.

«Tu es mon Fils bien aimé, tu as tout mon amour.» Que signifie pour moi ce verset qui se situe au tout début de l’Evangile ? Que signifie le fait « d’être Fils bien-aimé de Dieu » ? Je peux partir de là. Oui, je suis un fils. Je suis né d’une mère et d’un père. Je suis né aussi dans cet amour de Dieu pour moi. J’ai été plongé comme le Christ dans les eaux vives du baptême pour entrer dans une nouvelle vie, une nouvelle Alliance... Le texte de l’Arche de Noé consonne avec ce sentiment de filiation et l’Evangile de Nicodème... Il nous faut renaître. Tous les jours, il me faut naître à cette vie ; et le prêtre lui-même naît chaque jour à cette vie sacerdotale, d’alliance, de vie choisie et donnée. « Tu nous a choisis pour servir en ta présence ». Il est debout celui qui cherche Dieu, et qui essaie de se mettre dans la nouveauté de sa tendresse, de ce don sans mesure, de cette parfaite gratuité puissante en amour et en humilité. La création aspire à un jour nouveau, et voilà Noé qui prépare cette Arche d’Alliance qui va signer du doigt de Dieu, avant même les Dix Paroles de Vie, l’Amour si grand de Dieu pour le Peuple qu’il s’est choisi !

Le déluge dure quarante jours. Moïse s'isole quarante jours sur le Sinaï. Le Peuple erre quarante ans dans le désert avant d’entrer en Terre Promise. Le chiffre 40 représente la durée d'une génération humaine, « le temps d'être relayé par un fils parvenant à l'âge adulte. Temps de maturation pour l'accès à une plénitude. Parvenus à ce terme, «les temps sont accomplis», comme le dit Jésus dans notre évangile. » (Marcel Domergue, sj). 40 jours que l’on écrit en chiffres semblent plus courts que « quarante jours » que l’on écrit avec des lettres, et c’est sans doute la même chose que nous vivons intérieurement. On peut décider de le vivre de façon plus ou moins intense ou relâchée. Tout est une affaire de goût et d’intensité. Dieu sera à l’endroit où tu seras Toi, endroit où tu le laisseras entrer. Il te prendra comme tu es à condition que tu fasses un bout de chemin. Il n’est pas là pour t’assister, te conforter dans des chemins mais pour t’accompagner, te guider, te porter, être compatissant dans la mesure où tu fais ton propre chemin. Tu as devant toi deux chemins : celui de la vie et celui de la mort. Tu entres dans la dynamique d’une nouvelle vie, dans ce désir de vivre des choses nouvelles sous le regard du Christ, ou tu t’enfermes dans tes certitudes et tes enfers. Dieu te tend la main, mais ne fera rien pour toi. Il le fera avec toi, car c’est ta décision qui fera le chemin. La Parole de Dieu prend vie de cette façon singulière. C’est l’apprentissage à la liberté, aux choix posés et l’acceptation de te recevoir d’un Père qui te dit que « Tu es un fils ».

Cher Frère et chère Sœur, nous sommes mis devant des choix personnels qui engagent nos vies, et peu importe si on se trompe ! La vie est faite de ces erreurs. Il nous faut commencer ce chemin en se lançant, en ayant le courage de ce bain que nous devons prendre avec confiance. N'ayons pas peur de ce qui se passe en nous, et « tournons-nous vers Celui qui nous a appris à le surmonter ». Dieu apaisera notre soif et notre faim. Tu verras, nous serons de plus en plus heureux en étant confortés en Lui, en ayant mis notre espérance en Lui-même si les jours sont durs à vivre. Il est notre bâton, notre soutien, notre « Bon Pasteur ». Il est le Christ, le Messie de Dieu.

Les Temps ne sont pas contre nous mais avec nous, avec chacun d’entre nous. Il n’y a pas de jour qui ne voit l’aurore s’il n’y a pas eu la beauté de l’aube... Allez, confiance et bon Carême !!!

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Valencia (Espagne),

le 22 février 2015