Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro

Publié le par Patrice Sabater

Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro
Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro
Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro
Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro
Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro
Mercredi des Cendres : Méditation - Cette nuit sous le réverbère... Le dialogue entre Mado et Pedro

Méditation de Carême

Cette nuit sous le réverbère...

Je n’écrirai plus. Je ne parlerai plus. Je ne dirai plus rien... Non, je ne partagerai plus rien puisque ma vie est vide et que, de toute façon, personne n’a d’yeux pour moi. Ce que la vie m’a donné, c’est une solitude qui se prolonge parce personne ne m’a vu comme un homme, comme une femme, comme un homme à aimer. Il est rare celui qui pose un regard sur moi, un vrai regard... Je les vois qui passent rapidement dans la rue, distraits, occupés à autre chose, pensant à leurs soucis. Ils vont et ils viennent, occupés par « trop de vie » quand, dans la vie des autres, il n’y a plus de lumière mais seulement des ombres. On se raccroche à ce qu’on appelle la vie et, tout compte fait, elle n’est franchement que survie... la Vie. Pourtant, moi aussi j’étais comme eux. J’avais une famille, une femme ou un mari, un travail, des amis, des occupations. J’invitais plus qu’on ne le faisait pour moi et les miens. J’étais heureux !!! Et voilà que mon chemin a pris une autre pente, d’autres courbes. J’ai essayé, au début, de me relever, de parler, de partager. On m’a indiqué des endroits et des personnes, mais voilà qu’au bout du compte, j’ai intéressé de moins en moins d’amis et les soutiens sont devenus rares. J’ai compris, à ce moment-là, que je ne me relèverais plus et que, si je ne trouvais pas rapidement de quoi « rebondir », je serais à terre. Je suis à terre aujourd’hui et je n’existe plus pour quiconque. Je n’existe plus même pour moi... Mon corps s’est avachi, affaissé tout comme ma vie qui n’a pas survécu à la vie de tous ceux qui vont le pas pressé et qui ne voient plus ce qui les entoure.

Oh ! L’autre jour, il y avait du monde dans la rue. Ils étaient tous « Charlie ». On a dû faire de la place pour que la France défile dans les rues du désespoir, de la concorde, de la communion nationale. C’était si beau cette France ! Et puis, on s’est réveillé le lendemain. Ceux qui avaient une maison  et une famille reprenaient le chemin du travail et des kiosques à journaux. On se pressait toujours dans la rue en dévorant les manchettes narrant la manifestation de la veille. D’accord ou pas d’accord. On a fait de la place pour que les pas de ces gens de tous bords puissent marcher. Quant à nous, nous étions dans les mêmes lieux et les mêmes endroits où l’on ne nous voit ordinairement pas. « Salut, Charlie ! Eh ! Salut l’ami !!! ». Peut-être y-a-t-il eu un peu plus d’amitié ou de fraternité. Ils y ont cru, mais nous savions que ces gens, aussi généreux qu’ils puissent l’être, ne seraient pas aux rendez-vous des prochaines échéances, prêts à faire un bond. La France d’un jour est retournée à ses occupations immédiates ou plus lointaines. Nous nous acheminons vers la fin de l’hiver et, alors, on pourra faire sortir dans la rue ceux qui espéraient qu’une étoile de Bethléem se lèverait pour eux. Il y aura d’autres gueux demain dans la rue, plus pauvres, plus sales, plus désespérés et plus esseulés. Ce sera peut-être « la lutte finale » !!! Des amis pourtant essaient de nous tendre la main dans des quartiers, dans des associations caritatives, religieuses... Cela nous fait chaud au cœur, tout de même, qu’ils essaient de s’approcher de nos pauvres vies. Ils nous proposent vêtements et couvertures, nourriture, douche et abri pour refaire un bout de vie. Ils sont beaux ces frères « d’un rien », ces frères qui donnent un peu de tout ce qu’ils peuvent avoir, à nous qui n’avons plus rien.

J’ai vu, l’autre jour, une amie qui avait sur son cœur un livre accroché à sa poitrine. Elle le serrait si fort qu’on pouvait se demander si ce n’était pas un trésor, un enfant. Ah ! Mado !!! Tu t’es endormie tranquillement dans la rue. Ta tête est tombée sur le côté et tout le poids de ton corps se reposait d’une de ces journées si rudes et si froides. Ce livre n’était pas un roman. Il racontait une belle histoire, la vie d’un homme qui ne portait qu’un prénom qui était en fait son nom. Cet homme qui n’avait rien, excepté sa seule tunique, s’était, en peu de temps, fait beaucoup d’amis. Les uns sans doute intéressés et/ou curieux, gens de bonne famille et d’autres à peine fréquentables. Ce n’était pas un grand « parleur ». Il disait ce qu’il fallait et se taisait ensuite. Parfois, un peu sourds d’oreille et surtout sourds du cœur, ses auditeurs n’entendaient rien ou ne voulaient rien comprendre. Il fallait recommencer en s’employant à raconter une belle histoire, en mettant en scène des gens, des faits... C’est alors qu’ils comprenaient et que, tout compte fait, ils auraient préféré rester sourds plutôt que de donner raison à ce blanc-bec. Souvent Mado racontait des histoires en mettant en scène ce « Jézou ». Elle inventait un peu. Elle savait arranger les petites affaires en en faisant de grandes histoires... Allez, Mado ! Raconte.  Elle souriait, ne se faisait pas prier... Bon, un peu peut-être. Elle caressait ce vieux livre usé et tellement aimé. C’était la cour des miracles. Les amis de la nuit étaient venus au chevet de sa vie et à la lumière du seul lampadaire de la rue. Mado ouvrait sa bouche où il n’y avait plus que quelques dents mal plantées, et le joli sifflement des mots commençait. « Cé soir, jé vais vous y raconter l’histouar de smaritin ». C’était la vraie histoire, mais un peu retouchée au gré du temps passé dans ces faubourgs. Elle avait été aidée, elle aussi, par un homme inconnu. Sa vie avait changé. On lui avait donné de l’espoir, de l’espérance, un sourire..., et un sens à sa vie. Elle n’a jamais revu cet homme. Peut-être que s’il était repassé par-là, la vie de Mado aurait vraiment changé. Mais cette nuit-là, où Mado s’était endormie, il n’y avait pas eu de maraude dans le quartier. S’était-elle trop bien cachée ? A l’écart, la liseuse de la vie « dé Jézou » s’était endormie portant sur son cœur ce qui avait été le seul véritable trésor et ami de sa dernière partie de vie. Mado était comme un de ces bergers des alentours de Beit Jala ou de Bethléem, un peu à l’écart, première contemplatrice des beautés essentielles à la Vie. Mado, la pauvre de la rue. Pauvre que personne n’avait su voir excepté cet homme qui avait fait du mieux qu’il pouvait, et qui était parti... Sans doute n’était-il que de passage dans cette grande ville !

La rue attend ses prochains attentats, oubliant des Frères d’Orient qui meurent dans l’indifférence, ne cherchant pas à comprendre pourquoi ces désespérés des temps modernes fuient leurs pays et la barbarie au risque de perdre leur vie, ne regardant pas ceux qui gisent dans la rue. Indifférents à tout. La France continue injuste, férocement tournée vers-elle-même, égoïste de concert avec d’autres nations. Il y aura encore de la xénophobie, des pauvretés, de la précarité, des innocents à la dérive... Mais il y aura toujours de ces petites gens, comme Mado, qui prophétiseront dans le secret de leurs petites vies ce qui est nécessaire à la Vie. Il y aura ceux pour qui on dira une messe, une fois l’an, à Notre Dame de Paris, et qui seront morts dans le dénuement extrême. Il m’a été donné de célébrer des obsèques dans des conditions de solitude totale... Ô combien, j’aurais aimé rencontrer Mado, toutes ces personnes délaissées dans les hôpitaux et maisons de retraite ! Ô combien j’aurais aimé pouvoir être évangélisé par une copine de Mado l’évangéliste !

A travers d’autres rues de Paris, un « Bon Samaritain » est passé, s’est arrêté au point de demeurer parmi ces petits de la nuit. Pedro... Frère Pedro Meca, dominicain d’outre Pyrénées, qui n’a cessé d’être simplement là, de tendre les mains et d’ouvrir son grand cœur. Pedro a manifesté, s’est bagarré verbalement, a protesté, a accueilli, a soigné, s’est motivé pour l’Autre jusqu’à l’extrême... Il a réuni « son petit peuple » à lourdes à la Cité Saint pierre chaque année durant le Pèlerinage du Rosaire... Pedro, ce Frère – mon ami ! Pedro ta barbe fleurie, ton air d’ours cachait une aimable et aimante présence, un vrais sens de l’Autre et de la fraternité, de l’engagement vrai, de l’amitié sincère, du désir d’aimer les Pauvres en leur portant secours mais en disant toujours ce qu’il pensait. Oui, il avait cette présence rassurante et cet œil vif et malin. Pendant des années il a dormi le jour, et est sorti la nuit pour vivre la vie de ceux qui ne vivaient que pour quelques morceaux de vie. « Compagnons de la nuit », amis de « La Moquette », amis du Cirque et de la Péniche, amis des luttes fraternelles, ce « Bon Samaritain » manquera aux plus petits. Il manquera à ses amis, mais ce qu’il a semé demeurera une trace indélébile faite d’une quantité d’autres belles personnes telles que : Madeleine Delbrêl, le Père Jacques Perotti, le Père Philippe Maillard, op., le Père Ceyrac, sj., l’Abbé Pierre, Joseph Wresinsky, Sœur Emmanuelle, Geneviève-Anthonioz De Gaulle, etc. Aujourd’hui, Sœur Sophie, Père Pedro Opeka... Il est parti tout doucement en cette veille de Carême, veille du Mercredi des Cendres ; et c’est déjà un message...

Nous recevons un peu de Cendres, et dans ce peu il y a déjà le Tout de la Vie..., et le Tout de Dieu !

Que ce Carême 2015 nous apprenne à vivre sous la lampe de l’Evangile et essayant d’apporter juste le nécessaire pour que nos frères « pauvres et malheureux » puissent vivre dans la dignité et le respect ; ici en Occident et là-bas en Orient... et plus loin encore !!! Où que ce soit, sachons partager simplement et par le coeur...

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Mercredi des Cendres – 18 Février 2015

 

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Pedro, un « Bon Samaritain »...

http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/Focus/L-Evangile-en-action/Pedro-Meca-pretre-compagnon-de-la-nuit

Belles figures de France ; le Frère Pedro Meca à Noël - https://www.youtube.com/watch?v=J9z-Bd1cZmY

http://www.youtube.com/watch?v=siuQiVyUWb8

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