En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)

Publié le par Patrice Sabater

En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)
En attendant Dimanche... Si le blé tombé en herbe... (5ème Dimanche de Carême)

Si le blé tombé en herbe...

 

Dans quelques jours ce sera Pâques !

Nous venons de cheminer en essayant d’entendre, voire de comprendre l’enseignement du Christ..., sa Parole. Cette parole ne résonne pas toujours comme elle devrait dans notre vie au point qu’il nous arrive plus que de raison d’être en rupture. Le Livre de Jérémie (Jr 31, 31-34) nous ramène à la parole du Seigneur, à son engagement, à sa promesse, mais aussi à notre capacité d’entrer dans ce mouvement de rupture d’alliance avec le Seigneur : « Voici venir des jours (...), où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître (...). » Pour autant, le Seigneur ne désespère pas de nous au point d’être toujours disponible de retisser du lien, de refaire alliance si l’Homme le veut vraiment. « Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple (...)». Que me reste-t-il à vivre durant cette semaine  pour entrer davantage en amitié avec le Seigneur ? Avec quelle encre vais-je écrire le nom du Seigneur ? Sera-t-il dans mon cœur pour ces Fêtes, et le restera-t-il ensuite ?

Je viens d’avoir la grâce de pouvoir prêcher à Valencia (Espagne) la Retraite de l’Incarnation, à l’occasion du renouvellement des Vœux des Filles de la Charité. Je rends grâce au Seigneur pour ces figures admirables, simples, humbles qui viennent écouter un plus jeune simplement. Elles avouent leurs faiblesses, leurs craintes, et en même temps elles disent la joie de servir depuis des années les pauvres. Elles ne sont pas toutes âgées ! I y a aussi quelques jeunes... J’ai partagé avec elle ma joie, ma reconnaissance indéfectible, et puis des visages de France et du Proche-Orient, d’Espagne et de Turquie. Je me suis arrêté sur les Filles de la Charité de l’Hôpital de la Paix, qui malgré un « âge qui s’arrondit » avec le temps viennent d’épauler Nathalie R., à Istanbul. Il s’agissait d’accueillir des paquets, des caisses, des matelas, des gros d’œuvre, des sacs... dans la maison. Pourquoi ? Pour qui ? Des pauvres, des malades... Tous réfugiés à Adana (Turquie) dans un Camp non pris en charge par la communauté international et par les ONG. Elles ne se sont pas préparées aux Vœux ces derniers jours, mais toute leur vie, leur foi, leur capacité d’aimer, de faire alliance avec les pauvres étaient présents dans le cœur de chacune. Filles de la Charité d’aujourd’hui de la Province de Suisse à Istanbul, comme hier dans les mêmes lieux (ou presque) quand il eut la guerre de Crimée. Filles de la Charité du Liban et d’Egypte, de Terre Sainte et de Syrie, d’Irak et de Tunisie, de Lybie et de Mauritanie... Filles de la Charité de France, de Belgique, d’Autriche..., et d’Espagne. Elles bercent depuis si longtemps ma vie ! Malgré les différences de culture et de langues, d’âges et de formation on perçoit toujours la même chose chez elles. Quelque chose d’indéfinissable... la Charité ? Je veux dire l’Amour !!! « Jeanne, tu verras bientôt que la charité est lourde à porter, plus que le broc de soupe ou le panier plein. Mais tu garderas ta douceur et ton sourire. Ce n’est pas le tout de donner le bouillon et le pain, cela les riches peuvent le faire. Tu es la petite servante des pauvres… Ils sont tes maîtres, des maîtres terriblement exigeants, tu verras… Alors, plus ils seront laids et sales, plus ils seront injustes et grossiers, plus tu devras leur donner de ton amour. Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes. » Maurice Cloche avait mis dans la bouche de monsieur Vincent ces paroles de Jean Anouilh qui paraissent si vincentiennes, au point que nous les prenons pour des vraies paroles de Monsieur Vincent ! Oui, quand il faut rire, les Sœurs rient. Et quand il faut pleurer et être là... ; elles le sont dans la simplicité et le dévouement. Elles apprennent, comme dans la deuxième lecture, à entendre le cri des plus pauvres, des sans voix, des exclus, des réfugiés. Une Fille de la Charité ne cherche, en principe, jamais la (vaine) gloire, la lumière, la publicité. Ce qu’elle fait, elle le fait avec et par le cœur, discrètement, à mi- mot ou à mi-voix... C’est la signature voulue par Monsieur Vincent et sainte Louise de Marillac. Signature du cœur de l’action dévouée de Marguerite Naseau, de Rosalie Rendu et de Catherine Labouré...

Et Jésus déclare à ses disciples : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». Je ne peux m’empêcher de penser à nos frères chrétiens d’Afrique et du Proche-Orient qui témoignent de l’Evangile en tombant sur la terre de leurs ancêtres en souffrant pour l’Evangile et en offrant leur sang malgré eux, malgré leur volonté propre. Ils le font dans un acte de foi et d’abandon, dans la peur et la terreur. Oui, ce grain ne peut mourir. Ce grain tombé en terre ne peut porter que du fruit, et nous ne pouvons pas être extérieurs à tout ce qu’ils vivent. Nous ne le pouvons pas ! Comment accepter que les chrétiens soient chassés de leurs terres, de la terre des premiers chrétiens, de Jésus sans que l’on réagisse ?!? Comment peut-on rester muets devant les exactions de groupes barbares et incultes quand ils s’attaquent à la mémoire de l’humanité et à la culture ? Oui, « si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur ». Qu’il le fasse vraiment et résolument. Nous nous réveillerons un jour, et quand nous regarderons derrière la terre brûlée, le vide qui s’est fait, les morts et les attentats partout sans que l’on puisse vivre dans la paix et nulle peur... Alors, ce jour-là, il sera trop tard !!! « Il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt 22,13). Il est toujours temps de faire alliance avec le Seigneur pour le Bien, pour mon bien et pour le Bien de l’humanité. Il n’est jamais trop tard pour faire le bien !

Dans quelques jours ce sera Pâques ! Après avoir fêté saint Joseph, nous célèbrerons l’Incarnation le 25 mars prochain, et nous plongerons dans le Mystère de Pâques, dans la Grande Semaine. Nous demanderons au Seigneur de nous donner un cœur de chair. Nous prierons pour les plus pauvres, tous ceux qui – petits ou grands, ici ou là, - attendent notre Charité. Nous prierons pour tous ceux qui en France, et ailleurs en Europe et dans le monde, essayent de fomenter la haine et la division. Tous ceux qui font un travail de sape jour après jour pour disposer nos cœurs dans la peine et l’adversité. Nous prierons pour tous ceux qui ne voient dans la foi des chrétiens que des paresseux de la pensée, des conservateurs, des attardés, des rêveurs... Nous entrerons avec le Christ à Jérusalem, et nous essayeront de ne pas nous joindre à la foule d’un jour. Nous chanterons et nous veillerons. Nous présenterons nos vies et la vie des autres. Nous porterons notre espérance comme un devoir, comme un simple et humble témoignage. Nous nous retrouverons sur les routes de la vie,  dans le mouvement de la résurrection, pour traduire en paroles et en gestes fondateurs les pages de ce Royaume des Cieux qui est là et pas encore... « J’attirerai à moi tous les hommes », dit Jésus dans l’Evangile de ce Dimanche.

Apprends-moi à ne rien te préférer, de manière à chercher à te servir en toutes choses et à demeurer avec toi en toutes circonstances. Si j’accepte ainsi de mourir à moi-même, je suis sûr de “donner beaucoup de fruits” dans l’amour que toi et ton Père me portent. S’il te plaît, Seigneur, “crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle-moi dans ton Esprit Saint. Qu’il me soutienne chaque jour de ma vie, afin que je puisse enseigner aux pécheurs tes chemins et que reviennent vers toi les égarés”, selon ton dessein d’amour sur tout homme. »

Bonne fête aux Filles de la Charité !

Bonne montée vers Jérusalem à tous... Le Seigneur nous y attend !!! Bénissons-le.

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Valencia, le 22 mars 2015

 

Crédit Photos: Copyright -  Nathalie Ritzmann (Istanbul - Turquie)