Persécution des chrétiens en Syrie : « C’est un mal qui va toucher le monde entier »

Publié le par Patrice Sabater

Persécution des chrétiens en Syrie : « C’est un mal qui va toucher le monde entier »

L’inquiétude est grande pour les chrétiens enlevés en début de semaine dans le Nord-Est de la Syrie, dans la région de Hassaké.

Les chiffres sont toujours difficiles à vérifier mais plus de 200 hommes, femmes et enfants sont retenus en otages par les djihadistes du pseudo État islamique. Au moins 1 000 familles d'Assyriens, soit près de 5 000 personnes, ont fui ces derniers jours leur domicile pour trouver refuge dans des villes tenues par les forces kurdes et gouvernementales.
La montée en force de l'EI en Syrie a éclipsé la confrontation entre le régime de Bachar al-Assad, et la rébellion, qui entrera le mois prochain dans sa cinquième année et a fait plus de 210 000 morts et 3,8 millions de Syriens réfugiés dans les pays voisins, sans compter les 7 millions de réfugiés internes. Selon le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, la crise des réfugiés syriens a attient « un tournant dangereux ».


Le Père Mourad Abou-Seif, Syrien du Service jésuite des réfugiés (JRS) était directeur du bureau à Alep de 2009 à 2014. Actuellement à Bruxelles, en Belgique il nous livre son sentiment face au drame vécu par les Syriens et en particulier par les chrétiens. Des propos recueillis par Hélène Destombes, de Radio Vatican.
Quelle est la situation sur place ?
Père Mourad Abou-Seif : 
Le mal est en train de toucher tout le monde. On ne peut pas dire qu’il y ait une communauté plus souffrante qu’une autre. Les chrétiens vivent avec les musulmans, côte à côte, et ils subissent le mal que toute la Syrie subit. Maintenant, peut-être sont-ils plus inquiets pour l’avenir. Ils cherchent à comprendre ce qui se passe. Quand il y a peu d’espoir, comme on le voit maintenant, cela rend l’avenir très inquiétant, beaucoup plus inquiétant pour eux. Mais le présent, ils le vivent comme tout le monde.
En même temps, les chrétiens sont victimes d’exactions de plus en plus nombreuses.
Père M.A.-S. C’est vrai, et je peux dire qu’il y a ici un changement, parce qu’avant on savait que les extrémistes contrôlaient les endroits où les chrétiens vivent avec les musulmans. Et s'ils étaient traités comme une minorité d’une manière qui n’était pas juste, ils n’étaient pas exécutés ou jugés pour être exterminés, comme on le voit maintenant. Il paraît que ce changement est un message de ces groupes extrémistes pour l’Occident via les chrétiens du Proche-Orient, comme on l’a vu dans le message du groupe qui a exécuté les 21 Égyptiens coptes.
Face à cette menace, quelle doit-être la réaction de la communauté internationale ? Vous avez le sentiment qu’elle n’a pas pris suffisamment la mesure de ce qui est en train de se jouer actuellement en Syrie et dans la région ?
Père M.A.-S. : 
J’ai l’impression que la communauté internationale était presque indifférente vis-à-vis de ce qui se passe. Ils essayaient d’aider comme si le mal qui est subi en Syrie ou au Proche-Orient ne les touchait pas encore. Mais il paraît qu’ils réalisent de plus en plus que c’est un mal qui va toucher le monde entier. Il y a une nouvelle prise de conscience de la gravité de tout cela. Maintenant, on le considère comme un cancer qui est en train de se répandre partout dans le monde. C'est pourquoi, à mon avis, il faut maintenant prendre des mesures différentes.

Source: Radio Vatican (2 mars 2015)

 

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