Irak, des mots pour le dire... Laurence Desjoyaux, « Ne nous oubliez pas ! : le SOS du Patriarche des chrétiens d'Irak ». Préface du cardinal Philippe Barbarin. (Entretien).

Publié le par Patrice Sabater

Irak, des mots pour le dire... Laurence Desjoyaux, « Ne nous oubliez pas ! : le SOS du Patriarche des chrétiens d'Irak ». Préface du cardinal Philippe Barbarin. (Entretien).
Irak, des mots pour le dire... Laurence Desjoyaux, « Ne nous oubliez pas ! : le SOS du Patriarche des chrétiens d'Irak ». Préface du cardinal Philippe Barbarin. (Entretien).

Irak, des mots pour le dire...

Comprendre. Essayer de comprendre ce qui nous semblait être d’un autre âge fut une tache lourde, pesante, et difficile durant les soixante-dix dernières années. L’humanité avec le deuxième conflit mondial et la bombe d’Hiroshima avait pensé toucher le fond. On ne pourrait plus aller plus loin et descendre plus bas ; or l’actualité de cette dernière décennie appelle à réfuter cette doctrine. Des mots viennent le dire et même le crier tout simplement. Ils sont ceux du Patriarche chaldéen de Bagdad, Sa Béatitude Louis Raphaël Sako 1er.

Ces pages font suite à d’autres paroles vives de Mgr Elias Chacour, de Mgr Casmoussa, du Père Manuel Mussallam ou de Joseph Fadelle. Ces paroles sont toutes des invitations à ne pas demeurer dans le silence mais dans l’action pour que soit honoré le Nom du Christ, le nom de « chrétien » qui nous vient, ne l’oublions pas d’Antioche !

Dans un livre d’entretien publié chez Bayard, il raconte son pays, la chute de Saddam Hussein, la vie quotidienne des gens vivant un quotidien si compliqué, les attentats, l’entrée de DAESH, la peur, le meurtre..., et l’exil. On ne trouvera pas dans ces pages une peur chevillée ni de radicalisation. Bien au contraire, comme le souligne le Cardinal Philippe Barbarin dans sa Préface, Mgr Sako est un homme de paix, de justice, de concorde. « Deux fois, j’ai été témoin de l’appel de députés musulmans – une femme chiite et un homme sunnite – exprimant tout ce qu’ils devaient aux chrétiens et les suppliant de rester : « Nous avons de vous. Notre pays ne pourra pas se reconstruire sans les chrétiens ». La trame de ce livre d’entretiens semble être triple. Tout d’abord, le Patriarche essaye de lire les événements tels qu’il les a vécus et tels que les ont vécus les irakiens. Il le fait sans humeur, sans trouble et sans excès. Il fait défiler les événements en leur donner la couleur de la vérité. La deuxième intention de ce livre pourrait se situer dans une volonté de montrer combien ce pays est à la racine de l’Humanité et aux fondements du christianisme. Ainsi attenter à l’Homme irakien, aux traces des nombreuses cultures qui se sont croisées dans le dialogue et les tensions durant des siècles, c’est selon lui attenter à l’âme même de l’Irak sise entre le Tigre et l’Euphrate. Même s’il y a sans doute « un prix à payer » pour rester sur ces terres, il ne condamne pas ceux qui partent mais essayent d’appeler ses frères et sœurs à l’espérance : « Regardez Jonas, puisque Mossoul est la Ninive de la Bible. Regardez Jonas, il a été englouti par le gros poisson, puis il a été délivré, il est sorti du ventre de la baleine. Demeurez dans l’espérance ». Le Patriarche de Bagdad est un homme honnête et juste, un sage, et un homme de conviction enraciné dans une foi inébranlable ; si bien que les musulmans qu’il fréquente eux-mêmes l’estiment. Pourquoi ? Parce qu’il dit toujours la vérité, sans heurter, en posant des actes concrets sur des paroles qui jaillissent de son cœur. Il est un père ! Enfin, ce livre est un appel à l’Occident. Il n’est pas homme à crier, mais sa parole résonne bien comme un cri ; celui de son livre : « Ne nous oubliez pas ! ». Les mots qui défilent à la lecture de ce livre d’entretiens sont une invitation à soutenir par le cœur, par la prière, par l’engagement personnel quel qu’il soit pour aider les chrétiens d’Irak à rester sur leurs terres ou à y revenir. Au-delà, bien évidemment, de l’Irak nos regards se tournent vers d’autres pays – tel la Syrie qui lutte comme elle peut contre des vents contraires, et surtout contre DAESH.

On ne perdra pas son temps en essayant de comprendre la nature et l’urgence d’un cri ; celui d’un frère d’Orient Père pour ses Fils. Il nous invite à entrer en mouvement et en paroles visibles de solidarité. Là sera notre soutien.

Père Patrice Sabater, cm

Le 16 avril 2015

Laurence Desjoyaux, « Ne nous oubliez pas ! : le SOS du Patriarche des chrétiens d'Irak ». Préface du cardinal Philippe Barbarin. (Entretien). BAYARD Editions, collection Etudes et essais (Montrouge, février 2015), 155 pages. 16,90 €