LIBAN : Le miracle libanais - la stabilité dans un Moyen-Orient en ébullition

Publié le par Patrice Sabater

LIBAN : Le miracle libanais - la stabilité dans un Moyen-Orient en ébullition

En dépit des clivages qui divisent profondément la classe politique et des guerres sanglantes qui déchirent le Moyen-Orient, le Liban, sans Président depuis plus de dix mois, connait une stabilité que de nombreux voisins lui jalousent. Les Libanais louent ce « nouveau miracle » en espérant qu'il va durer.

La guerre du Yémen est venue s'ajouter à la longue liste des sujets qui divisent profondément les Libanais depuis le début du printemps arabe, en 2011. Le Secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a résolument pris fait et cause pour l'insurrection des Houthis, qui dirigent le mouvement Ansarullah, composé de zaydites, une des branches du chiisme. Lors d'une intervention télévisée vendredi 27 mars, le leader chiite a violemment critiqué l'Arabie saoudite, fustigeant la dynastie des Saoud, qu'il a accusée de faire le jeu des Etats-Unis et d'Israël.

Cela lui a valu une virulente riposte du principal dirigeant sunnite du pays, l'ancien Premier ministre Saad Hariri , qui a apporté un appui inconditionnel à l'opération militaire lancée par le royaume wahhabite contre le Yémen. « Nous avons eu droit à une tempête de haine contre l'Arabie saoudite », a répliqué Saad Hariri en réponse aux propos de Nasrallah. Les seconds couteaux des deux leaders ont pris le relais, alimentant la polémique avec de violentes déclarations.

Positions contradictoires sur la Syrie

La crise syrienne avait provoqué de graves divisions au sein de la classe politique libanaise, entre partisans du régime de Bachar el Assad  et sympathisants des rebelles. Le clivage s'était approfondi à partir du printemps 2013, lorsque le Hezbollah avait déployé des milliers de combattants en Syrie pour se battre aux côtés des troupes du régime. La participation du Hezbollah à la guerre avait permis à l'armée du président Bachar el-Assad de prendre le dessus dans les zones frontalières avec le Liban, qui étaient en grande partie contrôlées par les rebelles.

Les différences d'opinion se sont transformées, à plusieurs reprises, en affrontements armés entre les partisans des deux camps adverses, comme ce fut le cas à Tripoli (nord du Liban), théâtre de plusieurs « rounds » de combats meurtriers, qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés entre 2012 et l'automne 2014, avant que l'armée libanaise ne se déploie en force dans la deuxième ville du pays.

Concernant l'Irak, le Hezbollah et ses alliés libanais ont appuyé, dès le début, l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et son successeur Haïdar al-Abadi face au groupe Etat islamique. Saad Hariri s'est, quant à lui, aligné sur la position saoudienne, faisant assumer au pouvoir chiite en Irak la responsabilité de la crise, provoquée selon eux par la marginalisation des sunnites dans ce pays. Même schéma à Bahreïn, où Hassan Nasrallah soutient la révolte contre la monarchie sunnite, tandis que Hariri appuie l'intervention de troupes saoudiennes dans cette petite île, pour empêcher la victoire de l'opposition chiite.

Pas de Président depuis dix mois

Ce positionnement dans des camps régionaux adverses dans un contexte dangereusement explosif s'est traduit au Liban par une crispation sans précédent. Le Parlement ne parvient pas à élire un nouveau président de la République depuis la fin du mandat de Michel Sleiman, le 25 mai 2014. La vingtième séance électorale, le 2 avril dernier, a été reportée au 22 avril, faute de quorum. La prochaine réunion connaitra, sans doute, le même sort que les précédentes. Le Hezbollah soutient la candidature du leader chrétien Michel Aoun, alors que la coalition du « 14 mars », conduite par Saad Hariri, appuie celle du chef des forces libanaises, Samir Geagea. Les deux camps ne parviennent pas à s'entendre sur un candidat unique.

A l'issue de la séance du 2 avril, le patriarche de l'Eglise maronite, une communauté dont est issu le président de la République, a tiré la sonnette d'alarme. « Il n'existe aucune justification politique au boycott des séances électorales ni à l’atermoiement dans la prise d'une initiative visant à mettre fin à la vacance présidentielle. Il semble que tout le monde attend le mot d'ordre de l'extérieur », a affirmé le prélat.

La conjoncture régionale et les blocages internes auraient dû suffire pour que le divorce soit consommé entre les Libanais et que le pays plonge dans le chaos. Mais il n'en est rien. Le Liban reste relativement stable sur les plans politique, sécuritaire et économique. Un véritable miracle au vu de ce qui se passe dans la région.

La gestion des différends

Les Libanais ont en effet mis en place des mécanismes leur permettant de gérer leurs différends de manière à préserver la stabilité du pays. Anticipant la vacance présidentielle, ils ont formé, en février 2014, un gouvernement de partenariat national, au sein duquel siègent les principales forces politiques. Cette direction collégiale arrive tant bien que mal à gérer le pays dans cette période transitoire, surmontant les soubresauts en attendant que le paysage régional s'éclaircisse.

Mettant un bémol à leurs critiques contre l'institution militaire, tous les partis politiques ont resserré les rangs derrière l'armée libanaise et les services de sécurité, engagés dans une guerre contre le terrorisme. La troupe affronte un maquis jihadiste dans une région montagneuse entre le Liban et la Syrie, à l'est, où sont déployés quelque 3 500 combattants de Daech et du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda.

Enfin, les grands partis ont entamé des dialogues pour faire baisser la tension et calmer leurs partisans respectifs. Des représentants du Hezbollah et du Courant du futur de Saad Hariri se retrouvent régulièrement pour examiner les moyens de consolider la stabilité. Idem du Courant patriotique libre de Michel Aoun (allié du Hezbollah) et des Forces libanaise.

Les Libanais sont également parvenus à gérer l'épineux dossier des réfugiés syriens, qui a longtemps fait l'objet de surenchères politiques. Ils sont désormais tous d'accord sur la nécessité de juguler le flux de réfugiés, dont le nombre a atteint 1,2 million, soit le tiers de la population, faisant du Liban le pays qui accueille le plus de réfugiés au monde par rapport à sa superficie et au nombre de ses habitants.

Les Libanais sont pleinement satisfaits de ce climat de coopération et de détente, indispensable pour préserver la stabilité, et s'étonnent du sens aigu de la responsabilité dont font preuve les partis politiques adverses. Certes, les principaux dirigeants politiques actuels étaient d'anciens chefs de guerre et les expériences du passé leur ont fourni la sagesse nécessaire pour ne pas revivre les années noires (1975-1990).

Il y a un autre facteur qui joue en faveur de la stabilité: les conseils de la communauté internationale, qui appuie toutes les initiatives susceptibles d'apaiser le climat et apporte un soutien ferme à l'armée. Les Libanais sont parfaitement conscients que si l'un de ces deux facteurs venait à manquer, le Liban pourrait connaitre le même sort funeste que la Syrie, l'Irak ou autre Yémen. (Source: Olj.com - Par Paul Khalifeh)

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