Méditation du Jeudi Saint - "Tu entres dans le Mystère..."

Publié le par Patrice Sabater

Méditation du Jeudi Saint - "Tu entres dans le Mystère..."
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Tu entres dans le Mystère...

Jésus est entré à Jérusalem. On l’y attend. Les espoirs se mêlent aux exigences des Temps et à la dure réalité : la Palestine est sous occupation. Les regards se concentrent sur le Christ autant que sur le Temple où convergent les Juifs qui accourent de toutes parts. C’est la Pâque, et chacun doit s’acquitter d’une obligation légale (en tous cas, ceux qui peuvent y venir physiquement et qui ont assez d’argent pour le faire), un commandement ; une mitzva. Jésus n’est donc plus sur les chemins...

Cette semaine j’ai été interpelé par un texte du Père Edouard Boné, sj. Il écrit dans un petit livre ces quelques mots : « Il passe ». L’expression se retrouve cent fois sous la plume de ceux qui ont fixé la Bonne Nouvelle : il passe en faisant le bien ; on accourt, on l’écoute, on voudrait le retenir, mais il s’échappe. Il lui faut aller plus loin vers d’autres villes, d’autres villages. On le cherche, on recourt à lui, on lui demande de ne pas ébruiter sa présence, car il veut ne pas être retenu et pouvoir reprendre la route vers un ailleurs toujours imprévisible. Il paraît n’avoir pas d’itinéraire bien arrêté, de programme préconçu. Son seul objectif est de faire la volonté de son Père, de proclamer la Bonne Nouvelle, de semer la parole ou même, seulement, de l’abandonner au vent. Cette Parole, il ne l’a pas codifiée ; il n’a pas écrit une seule ligne. Il enseigne, mais cet enseignement ne nous parvient qu’à travers le témoignage de ceux qui l’ont reçu, les mots qu’ils ont retenus, les gestes qui les ont frappés. Tout cela semble être arrivé un peu par occasion, au gré de l’incessant itinéraire de ce perpétuel voyageur, « comme par hasard », dirait-on (...) Mais le temps de la mission est venu et, avec elle, celui de l’incessante itinérance ».[1] Le chemin s’arrête à la « Chambre haute », appelée aujourd’hui « Cénacle ». Jésus y convie ses disciples. Le cherche-t-on ? Bien sûr..., pour l’arrêter ! La discrétion est de mise, mais les gestes qu’il va accomplir ce soir auront une portée à la fois universelle et intemporelle. C’est la Pâque du Seigneur, qui n’est plus célébrée en raison de la Pâque juive et de la sortie « miraculeuse » d’Egypte ; mais dans la chair du Christ. Des gestes d’offrande et des gestes d’amour. Des gestes qui ont une portée folle, profonde et qui ouvrent des horizons nouveaux pour un Monde nouveau. Sur les routes d’Espagne, on pourrait au gré des chemins et des carrefours croiser des pèlerins qui pleurent le Christ à sa Mère remplie de douleurs. On se lamente depuis les balcons où on s’arrache quelques saetas... Cante Jondo de Federico Garcia Lorca et de l’Andalousie de toujours. Castille austère qui déroule ses champs comme des tapis de tristesse et d’attente. Elle geint parce que ce soir n’est pas n’importe quel soir. On entre dans la nuit d’encre... Dans le Champ du potier quelques deniers sont à terre. En se pendant, Judas les as laissé choir sur le sol... Misérables deniers d’infortune, et folle désespérance de ce fils des ténèbres qui n’a pas compris au fond de son cœur que Jésus ne condamne personne. Il y a toujours un autre matin possible, tout comme Pierre le renégat, le faux-frère... Judas n’a pas compris que l’encre se sèche et s’efface. Il n’a pas compris qu’il faut tenter d’aimer et de se laisser aimer. Il n’en n’était pas convaincu. Et, toi qui lis ces lignes qu’en penses-tu pour toi-même ? De quoi est faite ta vie ?

Ce matin lors de la Messe présidée par le Cardinal Antonio Cañizares Llovera, archevêque de Valencia (Espagne), je regardais les prêtres. Ils étaient très nombreux. On dit que c’est le diocèse le plus grand d’Espagne en taille et en nombre de prêtres : 800 prêtres dont 300 retraités. Espagnols, sud-américains, européens, jeunes ou vieux, beaux ou non, l’air ouverts ou fermés, plutôt « classiques » ou davantage « modernes »... En les regardant, je me redisais que pour chacun d’eux le Seigneur les a appelés en fondant un lien particulier, en établissant une Alliance sainte un contrat d’Amour. Prêtres généreux jusqu’à l’extrême, religieux, missionnaires, diocésains... tous ont fait don d’eux-mêmes pour le Christ, à cause du Christ et de l’Evangile, à cause de la Parole du Seigneur entendue sur les chemins de la Vie à cause de cette Nuit Sainte ! Ce soir, regarde le prêtre qui devant toi. Bénis-le, prie pour lui... Demande-lui pardon pour toutes les fois où tu l’as laissé sur le bord du chemin. Pardonne-lui ses fautes et son caractère parfois un peu tendu. Exprime-lui ta reconnaissance... Choisis un prêtre vieux ou jeune et prie pour lui. Un prêtre d’ici ou d’ailleurs, peu importe ; mais choisis-le ! Choisis aussi un jeune et prie pour sa conversion. Prie pour qu’il entende lui-aussi au fond de son cœur le Seigneur qui l’appelle. Il sera pour toi, pour nous et le monde un apôtre, un prophète des Temps nouveaux. Ce soir, grâce à ton curé, à cette communauté religieuse qui t’accueille tu entres dans le Mystère...

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Valencia, Jeudi Saint 2015


[1] Edouard BONE, La Bonne Nouvelle au hasard des routes de Palestine. Namur-Paris, 2008. Ed. Fidélité.