Radio Vaticana - Chrétiens d’Orient : un groupe de liaison créé au Sénat français

Publié le par Patrice Sabater

Radio Vaticana - Chrétiens d’Orient : un groupe de liaison créé au Sénat français

Entretien - La France fait un pas de plus en faveur des Chrétiens d’Orient. La création d’un groupe de liaison au Sénat sur les Chrétiens d’Orient a en effet été annoncé ce mercredi. En juin 20014, l’Assemblée Nationale avait créé un groupe d’étude sur la question. C’est désormais la chambre haute qui se dote d’un outil afin de sensibiliser sur le sort des chrétiens orientaux. Rattachée au président du Sénat, ce groupe de liaison permettra en autres d’auditionner des acteurs de la région, religieux ou ONG, afin de permettre aux sénateurs de peser sur la politique du gouvernement français envers les communautés menacées au Moyen-Orient.

Ce nouvel outil voit le jour grâce au lobbying de plusieurs acteurs, en particulier la CHREDO, La Coordination des chrétiens d’Orient en danger. Nous avons recueilli la réaction de son Président, Patrick Karam :

Ça fait 18 mois que nous demandons la création d’une institution ad hoc qui parle des chrétiens d’Orient. Et nous obtenons effectivement après18 mois de lobbying intense la création de ce groupe de liaison sur les chrétiens d’Orient. Nous aurions préféré un groupe d’étude sur les chrétiens d’Orient, comme nous l’avons obtenu à l’Assemblée nationale, mais nous n’allons pas bouder notre plaisir. Aujourd’hui, ce groupe de liaison sur les chrétiens d’Orient est important. C’est important que des sénateurs se dotent d’un outil qui leur permette à la fois de faire des auditions mais aussi qui leur permette d’appréhender la situation critique des chrétiens dans cette région du monde. C’est une instance qui est permanente et même si elle a moins de moyens financiers qu’un groupe d’étude, cette instance permanente va pouvoir alimenter la réflexion des élus et du gouvernement, auditionner les experts, les religieux et les ONG et surtout, peser sur le débat national. Ça permettra aux sénateurs d’être plus réactifs et de pouvoir, comme l’Assemblée nationale le fait aujourd’hui, tout de suite être un lobby au service de cette cause essentielle.

C’est un pas de plus dans la prise de conscience, aujourd’hui, notamment par la France que les chrétiens d’Orient sont menacés ?

C’est un nouvel indicateur important que la classe politique, aujourd’hui, se mobilise sur cette question et que cette classe politique ne lâche rien, ne lâchera rien. Le gouvernement est aujourd’hui sous pression. Le gouvernement aura des réponses à donner et c’est vrai qu’on constate les faits de groupes d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, on constate les faits et l’impact de la CHREDO puisque Laurent Fabius a dû aller à l’ONU, saisir le Conseil de sécurité, demander toute une série de décisions et un plan pour les chrétiens d’Orient et notamment deux propositions que la CHREDO avait pu faire et qui avait été porté par les parlementaires. La première, c’est la saisine de la Cour pénale internationale et la deuxième, et qui est important, c’est la création de fonds spécifiques d’aide à la reconstruction qui va permettre aux chrétiens d’Orient à la fois de revenir sur leurs terres et donc, de mobiliser des moyens publics pour qu’ils reconstruisent leur maisons, leurs églises, leurs écoles, leurs hôpitaux et j’insiste aussi sur les églises parce que les chrétiens, là-bas, sont liés par un tissu social qui tourne autour de l’église. Vous enlevez l’église, vous n’avez plus d’identité, vous n’avez plus de raisons d’être et de rester. L’Église est à la fois un élément sécurisant mais l’église joue là-bas aussi le rôle important d’aide sociale. Et donc, on voit bien à quoi peut servir un lobby de députés aujourd’hui. Un lobby de députés, plus un lobby de sénateurs, ça va être extrêmement important et fera en sorte que le gouvernement ira encore plus loin.

Ce bureau de liaison va très vite être opérationnel. Quel va être votre travail ? Quelle est l’urgence ?

Ce bureau doit être opérationnel. Il est rattaché au président du Sénat. Il aura comme vice-président un responsable par groupe politique. Ça veut dire qu’il sera à la fois représentatif et divers. Il représentera toutes les sensibilités des courants politiques présents aujourd’hui au Sénat. Nous, ce que nous souhaitons, c’est que très vite, on se mette autour d’une table comme nous l’avons fait avec le groupe d’étude sur les chrétiens d’Orient et qu’on discute concrètement d’initiatives que le Sénat devra prendre, devra soutenir, devra appuyer et que le Sénat commence ensuite ses auditions. Nous avons régulièrement des prêtres, des religieux, des ONG qui circulent entre la France et ces régions du monde. C’est important de pouvoir les entendre. C’est important de pouvoir discuter avec eux, qu’ils puissent comprendre ce qui se passe et ça va participer à une prise de conscience générale et généralisée et peut-être aussi achever de convaincre certains partis qui sont un peu réfractaires à la question des chrétiens d’Orient, simplement parce qu’il y le mot « chrétien ».

Selon vous, un tabou est en train d’être levé dans la classe politique française sur la question des chrétiens d’Orient ?

C’est très clair. Lorsque nous avons commencé à parler des chrétiens d’Orient au quai d’Orsay, on nous expliquait qu’il ne fallait pas parler des chrétiens d’Orient, que toutes les minorités étaient menacées, que toutes les populations y compris les sunnites majoritaires étaient aussi menacées. Et d’ailleurs pourquoi seulement en Orient ? Pourquoi pas ailleurs ? Il n’y avait pas de conscience qu’il y avait une problématique spécifique liée à la présence chrétienne dans cette région du monde. Aujourd’hui, cette conscience existe. La preuve, c’est que l’Assemblée nationale a pu créer un groupe d’études sur les chrétiens d’Orient et je peux vous dire que jusqu’au dernier moment, il y a eu des discussions parlementaires entre députés qui hésitaient à afficher un groupe d’étude sur les chrétiens d’Orient et finalement, le mot a pu s’imposer. C’est le cas aujourd’hui au Sénat. Le tabou est tombé. Il faut continuer à travailler. C’est une question qui doit devenir une question centrale dans l’agenda de tous les ministres et de tous les gouvernements qui vont se succéder à la tête de la France.Source : Radio Vaticana, le 16 avril 2015