Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."

Publié le par Patrice Sabater

Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."
Semaine Sainte : Méditation du Vendredi Saint - "De l’autre côté..."

De l’autre côté...

Mes yeux se perdent, Seigneur, lorsque je te vois là où l’on t’a mis... Tes bras se sont ouverts pour accueillir du haut de la Croix le Monde qui t’a condamné. Tu as accepté de descendre encore plus bas en te vidant de toi-même. Tu n’as fait aucun cas de ton rang, et te voilà pour nous sur ce bois de la Croix.

Notre Monde est aussi en Croix et, en ce Vendredi Saint, nous ne te le remettons tel qu’il est. Hommes et femmes du Proche-Orient et d’Afrique, enfants du monde entier, pauvres indigents d’Amérique latine et de l’Extrême-Orient, désespoirs qui augmentent en Europe. Notre monde est en Croix : en ce Vendredi Saint, l’Eglise prie tout particulièrement pour la Terre Sainte et pour le Proche-Orient qui ne voit pas de sortie à la barbarie et à la pandémie. Les chrétiens quittent leurs terres sans espoir de retour. Ce n’est pas seulement leurs terres, mais leur histoire, leurs cultures..., notre Culture qui s’évanouit !

Aujourd’hui, tout prend son sens, le sens ultime que tu lui as donné en offrant ta vie en sacrifice pour nous donner la Vie et nous entraîner dans ce mouvement de la Résurrection. Pour y être entraînés, il nous faut accepter le bois de la Croix, de nos croix. Il est vrai qu’il n’y a pas de Résurrection possible sans passer par cette porte, par ce couloir étroit de la mort, de la Croix. Le Seigneur nous veut-il du mal ? Pourquoi nous oblige-t-il à passer par ce chas de l’aiguille ? Certainement que Lui aussi aurait voulu ne pas boire au Calice de cette nuit passée à Gethsémani !!! Nous sentons bien là les limites de notre humanité et de notre foi... Lors de son homélie, le Dimanche des Rameaux inaugurant la Semaine Sainte, le Pape François a encouragé le baptisé à suivre Jésus sur son chemin d'abaissement. Il s'agit de se mettre « résolument sur cette route de l’humilité, avec beaucoup d’amour pour Lui, notre Seigneur et Sauveur. Ce sera l’amour qui nous guidera et nous donnera la force ». Il a donné pour modèle « l’abaissement de tous ceux qui, en raison de leur comportement fidèle à l’Évangile, sont discriminés et paient de leur personne », ainsi que « nos frères et sœurs persécutés parce que chrétiens, les martyrs d’aujourd’hui : ils ne renient pas Jésus et supportent avec dignité des insultes et des outrages. Ils le suivent sur son chemin ». Il renchérit en disant : « La Semaine Sainte est le temps qui nous invite le plus à rester près de Jésus : l’amitié se voit dans l’épreuve ».

La foi nous aide dans les moments de doute, moments difficiles de peine, de deuil et de souffrance absolue. Combien ce Pape a le cœur meurtri pour ces petits, ces presque-rien qui souffrent, comme cette petite enfant qui est venue pleurer dans ses bras aux Philippines ! Le Pape a envoyé le Cardinal Filoni cette semaine en Irak pour manifster sa proximité. Il nous le dit encore avec d’autres mots : « Avoir la foi ce n’est pas ne pas avoir des moments difficiles mais avoir la force de les affronter en sachant que nous ne sommes pas seuls ». Déjà, dans son Encyclique sur la foi "Lumen Fidei" (2013), il parlait de la foi comme « une force de consolation dans la souffrance » : « À l’heure de l’épreuve, la foi nous éclaire... Le chrétien sait que la souffrance ne peut être éliminée, mais qu’elle peut recevoir un sens, devenir acte d’amour, confiance entre les mains de Dieu qui ne nous abandonne pas et, de cette manière, être une étape de croissance de la foi et de l’amour » (Lumen Fidei, 56).

« La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin. À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière », ajoutait le Pape (Lumen Fidei, 57).

Il concluait l'Encyclique par une prière à « Marie, Mère de l’Église et Mère de notre foi » : « Ô Mère, aide notre foi ! ... Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir... Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul. » Le Samedi Saint, la Mère du Christ en pleurs se tient debout à la Croix comme toutes les mères du monde. Elles « sont faites pour ça » les mères !!! Elles nous accompagnent de près, et de loin en loin. Elles donnent la vie dans la souffrance et, quelquefois avant leur propre mort, elles voient leur enfant partir dans l’abîme, de l’autre côté... Les mères ne retiennent rien puisqu’elles donnent. La mère du Christ est comme toutes ces mères et, en cela, nous pouvons lui confier, à la Croix, nos peines et nos désespoirs. Parfois, encore, ce sont les enfants qui laissent au loin leur mère et leur père et, malgré eux, les yeux brûlés par les larmes et rougis par la peine profonde, ils s’endorment un jour tranquillement ou dans la crainte de la solitude du dernier instant... Et Marie encore sera avec eux « jusqu’à l’heure de (leur mort) »... Le Père n’a pas retenu son Fils. Il l’a envoyé non pas à la mort stérile mais pour accomplir un « passage », une pâque. L’Eglise est dans la tristesse de Celui qui a souffert pour nous. Elle entre dans le Mystère de l’attente. Elle entre en elle-même espérant contre toute espérance que cette nuit ne se prolonge pas... Serait-ce alors la foi qui guette ? Le Père qui en Jésus nous attend... de l’autre côté ?!?

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Valencia, le Vendredi Saint - 3 avril 2015