TERRE SAINTE : Pour Mgr Shomali, “la sainteté peut aussi se conjuguer avec la langue arabe”

Publié le par Patrice Sabater

TERRE SAINTE : Pour Mgr Shomali, “la sainteté peut aussi se conjuguer avec la langue arabe”
TERRE SAINTE : Pour Mgr Shomali, “la sainteté peut aussi se conjuguer avec la langue arabe”

JERUSALEM A l’ occasion de la conférence de presse au Christian Media Center ce mercredi 6 mai 2015 tenue à l’approche de la canonisation des deux bienheureuses palestiniennes Mariam et Marie-Alphonsine, Mgr William Shomali, Vicaire patriarcal à Jérusalem et en Palestine, est revenu sur le sens de la sainteté aujourd’hui, et sur l’importance de cet événement pour la Terre Sainte.

Je remercie le CMC d’avoir organisé cette conférence de presse pour présenter notre pèlerinage à Rome durant lequel le 17 mai prochain le Pape François déclarera saintes deux palestiniennes. Un tel événement est appelé par l’Eglise « canonisation ».

La Terre Sainte se prépare ici aussi à célébrer cet évènement. De nombreux poètes ont écrit à l’occasion des chansons et des hymnes, des réalisateurs préparent des films. Plus de 15 livres en différentes langues ont été publiés pour répandre leurs pensées et leur parcours de sainteté.

Quelle est la signification d’un tel évènement et qu’est-ce qu’il signifie pour nous, peuple de Terre Sainte : Arabes ou Juifs, Palestiniens, Israéliens ou Jordaniens, Chrétiens ou Musulmans ?

Je me permets une analogie. Chaque année, le Prix Nobel est décerné aux personnes ayant rendu de grands services à l’humanité dans les domaines de la science, de la littérature, de la médecine, de l’économie ou de la paix. Un Prix Nobel de la paix est attribué à celui ou celle qui s’est sacrifié lui-même en mettant toute son énergie dans la résolution d’un conflit, en permettant une réconciliation, en évitant un conflit ou bien encore en dénonçant l’oppression et l’injustice. L’Eglise catholique a ses propres critères pour honorer les fidèles qui ont rempli ces exigences. Un saint, pour jouir de la béatitude éternelle avec le Seigneur et ses saints, doit :

1- Avoir une grande expérience de communion avec le Seigneur.

2- Vivre une vie simple, éthique et héroïque par ses valeurs d’honnêteté, d’humilité, d’abnégation, de sagesse, de charité, d’amour et de pardon.

3- Cette sainteté doit être attestée par des témoins. Pour cette raison, l’Eglise a ses propres procédures juridiques pour mener l’enquête au travers des écrits, des paroles, des actes du candidat à la sainteté avant de le déclarer d’abord Vénérable, ensuite Bienheureux et enfin Saint.

4- Pour obtenir les statuts de bienheureux puis de saint, il faut que deux miracles soient reconnus. Ceux-ci doivent être étudiés par des comités locaux puis internationaux, composés de médecins. Un miracle est une guérison instantanée qui ne résulte ni de la médecine ni de la chirurgie mais de l’intercession du saint. Ces conditions rendent le processus de canonisation difficile. C’est pourquoi, Myriam Bawardi et Marie Alphonsine Ghattas, respectivement retournées au Père en 1878 et en 1927, sont canonisées seulement cette année.

Nos deux saintes ont rempli toutes les conditions. Nous n’évoquerons pas les miracles qu’elles ont accomplis, le temps est court. Vous pouvez lire à ce sujet la lettre pastorale du Patriarche.

Enfin, un saint, outre la joie de la béatitude éternelle au Ciel dont il jouit, est objet de vénération par la communauté locale et par l’Eglise entière. Il est aussi un exemple à imiter et offre une intercession forte.

Notre Terre Sainte a donné des centaines de saints depuis le premier siècle jusqu’à ce jour. La première et la plus grande parmi les saints est Marie, mère de Jésus ; il y a aussi son époux Joseph, les premiers apôtres, beaucoup d’évêques, de moines et de martyrs de la foi. Quelques noms sont plus connus que d’autres : Jérôme, Justin, Hélène, Sophronius, Saba, Euthyme, Albert de Jérusalem. Mais il n’y a que trois saints qui sont nés à notre époque et qui ne parlaient ni le grec, ni le latin ni l’araméen. La sainteté peut aussi se conjuguer avec la langue arabe.

Avec Mariam et Marie-Alphonsine, le troisième est Simon Srouji, salésien, dont la cause est étudiée à Rome.

Les deux sœurs se sont rencontrées à Bethléem aux alentours de 1875. L’une était contemplative, carmélite vivant sa dernière année à Bethléem. L’autre était plus active et fondatrice de la Congrégation des sœurs du Saint Rosaire. Elle était enseignante, infirmière et conseillère spirituelle à Beit Sahour, Jaffa de Nazareth, Zababdeh, Salt, Bethléem et Ein Karem.

Qu’est-ce que leur sainteté signifie pour nous?

1- Cela signifie d’abord que notre Terre Sainte offre encore des saints et continue d’être une terre Sainte non seulement par ses lieux saints mais aussi par les bonnes personnes qui vivent ici.

2- Ces deux saintes ont vécu ici en des temps difficiles d’extrême pauvreté, souffrant d’un manque de liberté, sous l’Empire Ottoman, sans écoles ni universités. Beaucoup des habitants de cette terre, et surtout les femmes, étaient illettrés. Ils souffraient de maladies, de la faim et de la soif et d’un manque de confort. Mais elles ont persévérées, elles étaient patientes, humbles, et par-dessus tout elles aimaient Dieu et leur prochain d’une façon extraordinaire. Le Saint Esprit les enseignait.

Maryam Bawardi était une carmélite contemplative. Elle était une mystique. Nous apprenons par elle comment prier et entrer en communion avec Dieu. Elle utilisait des mots poignants pour parler de la miséricorde de Dieu, de sa proximité et de sa facilité à pardonner aux plus grands pêcheurs. Notre admiration est plus grande encore quand nous savons qu’elle était presque illettrée.

3- L’autre sainte, Marie Ghattas a ouvert les premières écoles pour filles dans les villages qu’elle visitât : Salt, Zababdeh, Beit Sahour et Jaffa de Nazareth. Elle défendait les femmes et les aidait à avoir accès à la culture et à l’éducation pour ainsi accéder à leur liberté et à la dignité. Elle était très active sans jamais cesser d’être contemplative comme l’autre n’a jamais cessé d’être contemplative tout en étant active. Quand Mariam retourna au Père un témoin a dit : « si elle n’entre pas au Ciel, je doute que personne n’y entre ».

4- Intercession pour la paix : les deux saintes vivaient en Palestine avant sa division. Elles n’ont pas connu le conflit israélo-arabe. Je suis sûr qu’elles connaissent la situation depuis le Ciel et qu’elles intercèdent pour la paix et la réconciliation en Terre Sainte. Cette intercession est forte et efficace.

Conclusion : les Palestiniens peuvent être fiers de ces deux saintes. Le Président Mahmoud Abbas participera à la célébration à Rome avec une délégation de hauts dignitaires. Je crois que non seulement les Chrétiens, mais aussi les Musulmans et les Juifs peuvent se réjouir que deux personnes de notre pays accèdent au plus haut degré de la justice humaine, de la sagesse spirituelle et de l’expérience mystique de Dieu. Elles sont des modèles pour tous et intercèdent pour chacun. Intercédant pour la Terre Sainte, elles ne font aucune ségrégation entre Chrétiens et non-Chrétiens. Elles s’appellent toutes deux Marie, Mariam, comme une heureuse coïncidence. C’est extraordinaire ce nom que tous, juifs, chrétiens et musulmans peuvent porter. Qu’elles deviennent un pont entre nous tous.

Mgr William SHOMALI

Source: LPJ.org - le 6 mai 2015