TERRE SAINTE/ROME : SB. Mgr Fouad TWAL, Patriarche Latin de Jérusalem: "Le message des deux premières saintes palestiniennes des temps modernes"

Publié le par Patrice Sabater

TERRE SAINTE/ROME : SB. Mgr Fouad TWAL, Patriarche Latin de Jérusalem: "Le message des deux premières saintes palestiniennes des temps modernes"
TERRE SAINTE/ROME : SB. Mgr Fouad TWAL, Patriarche Latin de Jérusalem: "Le message des deux premières saintes palestiniennes des temps modernes"
TERRE SAINTE/ROME : SB. Mgr Fouad TWAL, Patriarche Latin de Jérusalem: "Le message des deux premières saintes palestiniennes des temps modernes"

INTERVIEW – Dans un entretien accordé le 7 mai 2015 à François Vayne, Directeur de la Communication de l’Ordre du Saint-Sépulcre, dans le cadre du partenariat de l’Ordre avec le site Vatican Insider, Mgr Fouad Twal, Patriarche latin de Jérusalem revient sur le grand message des deux futures saintes palestiniennes, Mariam et Marie-Alphonsine, qui seront canonisées le 17 mai prochain.

Votre Béatitude, vous serez à Rome le 17 mai pour la canonisation de deux religieuses palestiniennes, et vous avez invité le président de l’Etat palestinien à venir avec vous : que représente cet évènement de l’Eglise universelle pour les habitants de la Terre Sainte en ce moment de l’histoire?

La canonisation de deux saintes palestiniennes est un moment fort spirituellement pour les habitants de Terre Sainte. Au milieu de toutes les difficultés qui sont les nôtres, Mariam et Marie-Alphonsine sont une lumière sur notre chemin, une invitation à ne pas se décourager et à garder les yeux fixés sur notre objectif et sur notre vocation à tous en tant que chrétiens : la sainteté. Si la Terre Sainte aujourd’hui, tellement déchirée par la violence et les divisions, nous semble parfois défigurée, nos deux saintes viennent lui rendre son caractère sacré. Comme si Mariam et Marie-Alphonsine, par leur exemple, nous disaient : oui, la Terre Sainte peut être féconde et peut donner des fruits de sainteté. La sainteté est encore possible, même dans un contexte des plus difficiles.

Mariam et Marie-Alphonsine n’ont pas connu le conflit israélo-palestinien de leur vivant sur la terre, mais elles ont vécu aussi en des temps difficiles et dans une extrême pauvreté. Mariam n’ayant pas reçu d’éducation était même illettrée. Mais toutes les deux par leur persévérance, leur patience, leur humilité, ont aimé Dieu et leurs frères avec amour et sacrifice au point de devenir saintes.

Quel est le grand message adressé au monde d’aujourd’hui par ces deux nouvelles saintes, Mariam Bawardi et Marie-Alphonsine, auxquelles vous venez de consacrer une lettre pastorale? 

C’est un message d’espérance et d’amour. Un message d’encouragement à la sainteté par la voie de l’humilité, de la simplicité. Mariam se disait être « le petit rien » de Jésus Crucifié, Marie-Alphonsine a vécu elle aussi dans la plus grande humilité, la persécution parfois, les sœurs qui vivaient avec elle ayant ignoré jusqu’à la fin qu’elle était la fondatrice de sa communauté, les Sœurs du Rosaire de Jérusalem.

Leur message à toutes les deux c’est de vivre en présence de Dieu en tout, de s’en remettre à Dieu pour tout, et de garder une confiance totale au milieu des difficultés les plus grandes. Marie-Alphonsine comme Mariam, a tout reçu de Dieu. La Vierge lui a même montré les plans de l’église dédiée à Notre Dame du Rosaire à Jérusalem. L’Esprit Saint a aussi montré à Mariam où fonder le Carmel de Bethléem. Toutes les deux, elles étaient à l’écoute de Dieu dans les moindres détails dans leur vie. Alors, leur grand message je dirais c’est celui de la sainteté accessible à tous, la sainteté comme une relation d’amour et de proximité avec Dieu.

Et le fait que Mariam et Marie-Alphonsine soient les premières saintes palestiniennes des temps modernes, toutes les deux de langue arabe, est un signe d’espérance pour la Palestine, pour toute la Terre Sainte et pour tout le Moyen Orient : la sainteté est toujours possible même dans une région si déchirée. Que se lèvent à leur suite toute une génération de saints et de saintes !

Qu’attendez-vous de la rencontre avec le Pape François, et plus largement quel est le programme du pèlerinage prévu par la délégation que vous conduirez cette occasion?

Cette rencontre avec le Saint Père dans le contexte extraordinaire des canonisations va être pour nous un grand moment de joie qui viendra, j’en suis sûr, raviver l’espérance de nos chrétiens du Moyen Orient et les encourager à rester fermes dans la Foi en gardant les yeux fixés vers le Ciel, surtout dans ces moments si difficiles pour les chrétiens du Moyen Orient. Mariam et Marie-Alphonsine sont une consolation du Ciel. Nous avons vu cette année comme le Pape François a eu sans arrêt les yeux posés sur notre région et n’a cessé de déplorer les atrocités inouïes perpétrées au Moyen-Orient contre les chrétiens et minorités, exprimant sa vive préoccupation et multipliant les initiatives : rencontre au Vatican avec les nonces apostoliques en Égypte, en Terre sainte, en Jordanie, en Irak, en Iran, au Liban, en Syrie et en Turquie du 2 au 4 octobre 2014 ; consistoire ordinaire pour le Moyen-Orient, le 20 octobre 2014 ; lettre aux Chrétiens du Moyen-Orient, à Noël, etc.

Marie-Alphonsine et Mariam sont toutes deux des filles de l’Orient chrétien, et le fait de les canoniser aujourd’hui dans ce contexte brûlant, est aussi je crois de la part du Pape une invitation à la prière, qui seule pourra aider miraculeusement notre région à se relever. Nous avons désormais deux nouvelles saintes pour intercéder pour la Paix. Elles sont par la recherche de leur sagesse et leur message divin, un modèle de perfection aussi bien pour les chrétiens, que pour les juifs et les musulmans. Leur prénom à toutes les deux, Marie, Mariam, commun à nos trois traditions, est aussi un signe pour notre temps, comme si elles pouvaient parler aux trois sans distinction.

SourceVatican Insider et LPJ.org (11 mai 2015)