Cent ans après sa mort, l’héritage caché de Charles de Foucauld

Publié le par Patrice Sabater

Cent ans après sa mort, l’héritage caché de Charles de Foucauld
Cent ans après sa mort, l’héritage caché de Charles de Foucauld

L’année jubilaire du centenaire de la mort de Charles de Foucauld, assassiné dans le Sahara algérien en 1916, s’ouvre aujourd’hui dans le diocèse de Viviers, où il fut ordonné prêtre.

Au-delà de l’image du militaire converti et devenu missionnaire, l’héritage du « frère universel » est d’une extraordinaire densité.

À sa mort, en 1916, il y a bientôt cent ans, Charles de Foucauld n’a pas laissé grand-chose, lui qui avait pourtant ardemment désiré être fondateur. Une « Union » lui survécut, confrérie d’à peine cinquante personnes, prêtres et laïcs qui, de façon très informelle, étaient reliés par l’appel à vivre comme des missionnaires isolés dans le monde.

Aujourd’hui, alors que s’ouvre l’année marquant le centenaire de sa mort, l’héritage de celui qui fut béatifié en 2005 par Benoît XVI inspire la vie de nombreux chrétiens. Donnant raison au théologien Yves Congar, qui voyait en lui, avec sainte Thérèse de Lisieux, un « phare mystique » pour le XXe  siècle.

« Une certaine présence au monde »

Pas moins d’une vingtaine d’instituts et de fraternités de religieux, prêtres mais aussi laïcs, créés, pour la plupart, peu de temps après sa mort et interprétant chacun selon sa sensibilité cet héritage, continuent un siècle plus tard de faire vivre sa spiritualité dans le monde entier.

En Amérique latine, aux côtés des Esquimaux ou des nomades, de l’Afghanistan à Gaza : se tenir aux côtés des plus petits, c’est ce que vivent les Petits Frères et Petites Sœurs de Jésus, fondés par le P. Voillaume et Madeleine Hutin, tous deux touchés par la figure du mystique de l’Assekrem. Avant même le concile Vatican II, leur spiritualité marqua un tournant dans l’évangélisation : vivre parmi les pauvres, dans les contrées les plus reculées. « Je crois que l’un des piliers de l’héritage de Frère Charles, c’est une certaine présence au monde », souligne le P. Christian Salenson, ancien directeur de l’Institut des sciences et théologie des religions (ISTR) à Marseille et spécialiste de Christian de Chergé, prieur de l’abbaye de Tibhirine assassiné en 1996 et lui-même lecteur du P. Charles.

Cette présence particulière au monde, c’est celle qu’a voulu vivre Sœur Jeanne, 72 ans, de Cuba à la Colombie, aux côtés de « ceux qui n’ont rien » : « Partager leur condition est le meilleur moyen de leur transmettre Jésus. Charles de Foucauld a voulu aller jusqu’au bout de ce qu’il a découvert, crier l’Évangile par sa vie, comme il le disait lui-même, dans des milieux non chrétiens et pauvres », évoque-t-elle avec émotion.

La fécondité de Charles de Foucauld reste « bien présente »

Sans aller à l’autre bout du monde, les 1 000 membres de l’Union-Sodalité, seul groupe directement fondé par Charles de Foucauld et animé, à sa mort, par le grand orientaliste Louis Massignon, puis aujourd’hui par le P. Jean-François Six, cherchent à incarner, pour leur part, cet esprit missionnaire dans leur quotidien. « Il nous invite sans cesse à aller aux périphéries, pas seulement géographiques, mais aussi existentielles », se réjouit Brigitte Cuisinier, proche collaboratrice du P. Six.

Cette postérité féconde n’en est plus toutefois à son âge d’or. « Après de très nombreuses vocations, il y a aujourd’hui une vraie perte de vitesse », constate Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran et membre de l’Union-Sodalité. La fécondité de Charles de Foucauld reste toutefois, assure-t-il, « bien présente, même si elle est invisible ». « Le frère universel, avec ses clichés aussi mais peu importe, a pénétré en profondeur la vie de tant et tant d’anonymes, comme une immense Union qui se joue des structures, et a pénétré la vie de l’Église tout entière. »

« Souvent, nous ne retenons de lui que l’ermite du désert, alors que son rayonnement est bien plus vaste », appuie Mgr Claude Rault, évêque de Laghouat-Ghardaïa (Algérie), diocèse où mourut cet ancien militaire devenu prêtre missionnaire dans le désert.

Un héritage toujours d’actualité

Son héritage va, de fait, bien au-delà de sa famille spirituelle au sens strict, au-delà même des interprétations plus ou moins heureuses qui en ont été faites. Lorsque le P. Pierre-Marie Delfieux fonde les Fraternités monastiques de Jérusalem en 1975, il a mûri son intuition d’une communauté monastique dans la ville durant deux années au désert : d’abord à Béni Abbès, dans la communauté des Petits Frères de Jésus, puis à l’ermitage de l’Assekrem, dans le massif du Hoggar.

C’est avant tout cette radicalité dans la pauvreté et dans la relation à l’autre qui séduit et attire chez ce « prophète des déserts spirituels d’aujourd’hui », comme le surnomme Jean-François Six. Ainsi pour Charlotte, petite-nièce de Charles de Foucauld, celui-ci était avant tout un « chercheur de Dieu, parfois extrême, toujours absolu, qui procédait par tentatives et échecs, dans un processus de conversion sans cesse renouvelé, et dans une confiance totale ».

Mais c’est peut-être encore davantage dans le rapport avec l’islam que son expérience trouve toute son actualité. « Vivant au milieu des musulmans, je suis frappé par son immense respect pour eux, même s’il s’est exprimé à leur égard avec le langage et la théologie de son temps, assure Mgr Rault. Il n’a jamais essayé d’attirer à lui pour “convertir” mais il a toujours essayé de mieux se convertir, exerçant ce qu’il a laissé paraître par toute sa vie : l’apostolat de la bonté. »

Source: La Croix.com - le 13 novembre 2015 - par Marie Malzac