Elisabeth RAYNAL : "La cage au rossignol"... prenez le temps de le lire !!!

Publié le par Patrice Sabater

Elisabeth RAYNAL : "La cage au rossignol"... prenez le temps de le lire !!!
Elisabeth RAYNAL : "La cage au rossignol"... prenez le temps de le lire !!!

C'est le temps des cadeaux...

C'est le temps de regarder peut-être juste un peu plus loin que le coin de la rue...

C'est en définitive un moment propice pour entrer dans l'espérance !

Puisque nous partageons ce temps durant ces fêtes de Noël, je souhaiterais vous proposer un texte d'une jeune fille. On ne le connaît pas, pourtant son trait de plume promet. C'est celui d'Elisabeth RAYNAL, une jeune étudiante qui nous a écrit il y a quelques jours après les attentats : « J'ai 22 ans, je suis catholique, je suis parisienne, je suis en grande école, je sors de khâgne. Je voudrais être écrivain et j'écris donc, je fais mon bout de chemin tranquillement, comme tout le monde. L'an dernier, j'ai relu le Cantique des Cantiques, je m'en suis émerveillée, et j'ai voulu le "réécrire" à ma façon, à la façon de tous les chrétiens qui souffrent, en Orient d'abord, en France et à Paris, maintenant (...) c'était un texte malheureusement très actuel. Depuis vendredi, plus encore. J'aimerais le publier, parce qu'on a besoin de poésie ces temps-ci (...) ». Son texte, "La cage du rossignol" se trouve sur le Site internet de l'Association "Béthanie-Lumières d'Orient". Nous allons vous le proposer en plusieurs parties.

Amis éditeurs ne vous proposons ce texte. Amis lecteurs, nous vous en conseillons la lecture.

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La cage du rossignol

 

Etudiante en Ecole de commerce, de formation littéraire, je suis, comme tout un chacun, et plus particulièrement comme tout catholique pratiquant, interpelée quotidiennement par ces guerres qui déchirent les pays d’Orient où est née la religion que nous professons. Aujourd’hui, les persécutions que subissent les Chrétiens d’Orient sont plus fortes encore que celles que connaissaient les premiers chrétiens. Contre cela, il faut agir à sa mesure, certes. Mais les mots devraient également nous guider, puisque nous professons une parole vivante. Face à une situation qui nous laisse « sans mots », ouvrons à nouveau la Bible. Le Cantique des cantiques, ce chant d’amour à la poésie pure, m’a profondément marqué en certains de ses versets : on peut, selon moi, y puiser une beauté et une puissante espérance qui n’élude pas le mal et la souffrance, mais l’accompagne. De là est née l’idée d’accompagner le calvaire d’une petite fille d’aujourd’hui avec ces mots d’amour. Une sorte de Cantique des cantiques qui éclairerait l’actualité. Ce texte n’a pas de vocation précise, si ce n’est d’amener son lecteur à se replonger dans les textes qui doivent guider notre compréhension, nos paroles et nos actions : l’Ancien et le Nouveau Testament. Et de prendre conscience que l’appel à la sainteté n’est pas une vieille histoire oubliée dans un bouquin empoussiéré.

 

Chant 1

« Je suis noire et pourtant belle, filles de Jérusalem Comme les tentes de Qédar, Comme les pavillons de Salma. Ne prenez pas garde à mon teint basané ; C’est le soleil qui m’a brûlée. »

Elle était douce et belle, souriante à l’avenir serein, elle était vierge et pure, une enfant à la voix cristalline du rossignol qui lance sa trille au soleil levant de l’orient. C’était une enfant du bonheur, une enfant de l’amour fécond qui coule en miel sucré dans les oasis majestueux des vallées de l’Euphrate. C’était une enfant de Mossoul la majestueuse, Mossoul aux tours d’ivoire, aux coupoles dorées par la lumière drue. Une enfant du désert et des jardins opulents de Babylone, des terrasses ombragées de Qédar. Elle riait sous les palmes fraîches et les amandiers en fleurs, elle courrait, libre, dans les ruelles tortueuses de la grande cité. Elle s’appelait Myriam, elle faisait la joie de ses parents heureux, qui l’aimaient et la regardaient grandir avec fierté. Elle était la seule fille, la promesse attendue après quatre garçons grands et forts. Elle était belle, elle avait un timbre si clair… Elle était née dans une rue calme de Mossoul, un quartier sans histoire, un quartier aux milles histoires plutôt, qui font la richesse et la force d’un pays à l’héritage millénaire. Elle était née dans une famille sans histoire, une famille qui puise sa sagesse et sa stabilité dans une promesse lointaine mais bien vivante : la promesse d’un Dieu ressuscité qui l’aime et marche à ses côtés. Myriam était chrétienne. Fille de Sion au cœur du croissant fertile, elle gardait en son cœur des paroles apprises depuis ses premiers jours. Des paroles de poésie mystérieuse, des paroles de récits tumultueux, les paroles d’un Testament, ancien et nouveau. Avec ses frères elle jouait en se faufilant entre les tréteaux bancals du vieux marché. Elle était libre et belle, si belle avec sa souple chevelure de geai, volant au souffle chaud du désert. Elle avait une force que d’autres n’auront jamais, elle savait contempler, et elle souriait aux merveilles du monde qui s’ouvrait à elle. Son rire était clair comme les gouttes de lumière tremblantes dans la moiteur de midi, chargées des parfums lourds de rose et de jasmin. Qu’elle était belle, ma bien-aimée, elle rayonnait comme le soleil, emplie de confiance et de joie, elle donnait tant d’espoir à ceux qui croisaient son regard. Elle n’avait jamais fait grand mal. Tout au plus semblait-elle parfois vive comme un chat sauvage, pour se chamailler avec ses grands frères qui la taquinaient. Ses grands frères qui jouaient à la guerre, pour faire semblant, mais devenaient si doux avec leur petite Myriam. Juché sur les épaules de l’aîné, elle regardait en direction de la mer. On lui avait dit que des navires partaient là-bas vers d’autres cieux, vers des continents froids où les hommes, dans la pâleur des palais, avaient apporté la bonne nouvelle. On lui avait parlé de Rome où vit un Pape, on lui avait parlé de Pierre et de ses successeurs éparpillés sur toute la surface de la Terre. Mais sa fierté, c’était de venir du pays de Salomon, du pays de David, de ce croissant de terre féconde où toute histoire avait germé.

 

Chant 2

« Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens! Ma colombe, qui te tient dans les fentes du rocher,

Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix;

Car ta voix est douce, et ta figure est agréable. »

 

Mais un jour, une ombre s’est profilée sous le soleil paisible de mon rossignol. Un voile de poussière et d’angoisse est tombé sur Mossoul aux milles coupoles, et les chants se sont tus. Myriam a vu le front soucieux de ses parents barré d’un trait de fer, ce trait rude des jours mauvais. Des jours de guerre. Le fléau avait un nom qui peu à peu s’est répandu sur toute la surface de la Terre, un nom comme un aboiement de chien rauque. Dans des communiqués secrets, diffusés après les pires horreurs, au fil d’attentats qui se multipliaient depuis la région des sables du désert. Daesh. Un nom qui s’est mis à faire peur, parce qu’il portait avec lui le vent de la haine et de la destruction, caché derrière le saint nom d’Allah. Myriam et ses grands frères ne l’ont pas cru d’abord. La guerre n’était qu’un jeu pour les jours de soleil, entre les dédales plein de vie du marché de Mossoul. La guerre n’existait pas dans leur monde d’enfant, où le père protecteur veillait à leur moindre besoin. Il y avait tant d’amour, et le reste importait si peu. Mon rossignol, jamais tu n’aurais dû connaître ce nom sale qui a détruit en ton sein la confiance immense pour ce monde d’adultes. Jamais tu n’aurais dû prononcer ce simple mot de guerre, qui désormais retentit chaque jour à tes oreilles, et effleure sans cesse tes lèvres d’innocente. Il s’est multiplié, dans la rue, dans les journaux, à la télévision et dans chacun des quartiers de Mossoul. Mais dans le quartier de Myriam, plus qu’ailleurs, il a enflé comme le crapaud pustuleux. Les premiers mots d’adultes, Myriam ne les comprenaient pas. Des histoires sombres et compliquées de politiques et d’influences. Mais la phrase enfantine est née un jour dans la cour de l’école : Daesh tue les chrétiens. Ce sont des infidèles. Chaque jour que Dieu fait, chante, mon rossignol, ta fidélité au seigneur qui garde ta vie. Il est ton rempart, ton roc, ta citadelle dans les murs de Mossoul où tu peux vivre en paix. Il est ton espérance. Alors espère, fille de Sion, et refuse ces mots durs que l’on t’impose au coin des rues de ta cité, parce que l’on meurt de peur et de doute, parce que l’on crève de jalousie et de dédain pour ce monde lointain de palais et de Pape. Joue encore dans les rues de la vieille ville, cache-toi derrière les étalages de fruits et d’épices, rie au soleil de Mossoul, pour ne pas leur donner raison, pour leur montrer comme ils ont tort d’étouffer de rancœur quand ils pourraient simplement être libres et heureux. Joue, comme avant, comme demain, pour toujours, parce que ça n’a pas d’importance d’être montré du doigt pour sa foi, tant qu’au cœur toujours perdure cette petite flamme de la vie pétillante.

à suivre...