LIBAN : Mgr Grégoire Haddad est décédé, ce jour, des suites d'une longue maladie, "l'évêque des pauvres" était âgé de 91 ans.

Publié le par Patrice Sabater

LIBAN : Mgr Grégoire Haddad est décédé, ce jour, des suites d'une longue maladie, "l'évêque des pauvres" était âgé de 91 ans.

L'archevêque grec catholique Grégoire Haddad est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 91 ans, des suites d'une longue maladie.

Né en 1924 à Souk el-Gharb, Grégoire Haddad a été archevêque grec-catholique de Beyrouth et de Jbeil de 1968 à 1975, l'une des fonctions les plus importantes au sein de la communauté melkite, après celle du patriarche, en raison du poids politique, social, économique et religieux que représente ce diocèse. De son vrai prénom Nakhlé, il se fait appeler Grégoire après avoir été ordonné prêtre en 1949. Il fait ses études théologiques à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Surnommé "l'évêque des pauvres" ou "l'évêque rouge", qualifié par Le Monde, dans un article paru le 2 juin 1974, d'"évêque pour après-demain", Mgr Grégoire Haddad était l'une des personnalités religieuses les plus controversées de l'histoire contemporaine du Liban...

Réputé pour son style de vie simple et modeste, il a consacré toute sa vie au travail social qu'il perçoit sous l'angle du développement. En 1974, il publie une série d'articles révolutionnaires dans lesquels il soulève des interrogations sur la conformité des structures de l'Église et des pratiques chrétiennes traditionnelles et routinières avec le véritable enseignement du Christ. Ses écrits mobilisent les jeunes et la société civile, mais débouchent sur sa destitution du diocèse de Beyrouth en août 1975, tout en restant évêque. 

A la veille de la guerre libanaise, Grégoire Haddad s’était notamment solidarisé avec les organisations palestiniennes, après le bombardement par l’aviation libanaise des camps de Beyrouth, en 1973, dans un effort désespéré et perdu du président Sleiman Frangié pour mettre au pas les Palestiniens. Il s’était aussi, à l’occasion, aliéné une partie du clergé de son diocèse en créant une "caisse commune" aux paroisses de l'évêché de Beyrouth dont les recettes étaient redistribuées aux curés, instaurant ainsi une égalité entre paroisses riches et paroisses pauvres.

Mgr Haddad a contribué en 1974 au lancement d'une revue culturelle, Afaq ("Horizons"). Il y a publié une série d'articles dans lesquels il prône une réflexion profonde et radicale portant sur la pratique de la foi chrétienne, la place de l'institution de l’Église, et le rôle du clergé, en s'interrogeant sur leur réelle conformité à l'enseignement du Christ, qu'il place comme "valeur absolue". Le Patriarche melkite et le clergé ont alors mené campagne contre lui, l'accusant de remettre en cause sa foi chrétienne. Ils ont saisi le Vatican de l'affaire et l'ont placé en congé forcé dans l'attente du verdict pontifical. Malgré le verdict du Vatican, qui a affirmé que les articles incriminés ne portaient nullement atteinte à la foi catholique, Mgr Haddad a été évincé du diocèse de Beyrouth par le Synode melkite.

Paru en 2012 aux éditions L’Orient-Le Jour, le livre de Michel Touma, Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle (*), rétablit les faits et permet aux lecteurs d’aujourd’hui de juger sur pièce.

Source: OLJ.com - 24/12/2015

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Grégoire Haddad a été archevêque grec-catholique de Beyrouth et de Jbeil de 1968 à 1975. Réputé pour son style de vie simple et modeste, il a consacré toute sa vie au travail social qu’il perçoit sous l’angle du développement. En 1974, il publie une série d’articles révolutionnaires dans lesquels il soulève des interrogations sur la conformité des structures de l’Église et des pratiques chrétiennes avec le véritable enseignement du Christ. Ses écrits mobilisent les jeunes et la société civile, mais débouchent sur sa destitution en août 1975. Alors que les chrétiens du Liban et d’Orient se trouvent à un tournant de leur histoire, l’auteur présente un essai biographique de Grégoire Haddad, riche en leçons pour la jeunesse actuelle et pour les élites de la région. Il met en relief la démarche intellectuelle du « Père Grégoire », son attachement à des valeurs universelles qui constituent autant de pistes de réflexion et qui ouvrent des voies à suivre, particulièrement instructives dans le contexte du printemps arabe, à un moment fondateur de l’histoire de la région où des choix de société doivent être faits par les générations montantes. Michel TOUMA avait publié une biographie sur Mgr Grégoire Haddad en novembre 2012 - "Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle", aux éditions L'Orient-Le Jour. (photo de couverture)

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