Elisabeth RAYNAL : "La cage au rossignol" (suite et fin)... A lire !!!

Publié le par Patrice Sabater

Elisabeth RAYNAL : "La cage au rossignol" (suite et fin)... A lire !!!

C'est le temps des cadeaux... C'est le 1er de l'AN. Bienvenue 2016 !!!

C'est le temps de regarder peut-être juste un peu plus loin que le coin de la rue...

C'est en définitive un moment propice pour entrer dans l'espérance !

Puisque nous partageons ce temps durant ces fêtes de Noël, je souhaiterais vous proposer un texte d'une jeune fille. On ne le connaît pas, pourtant son trait de plume promet. C'est celui d'Elisabeth RAYNAL, une jeune étudiante qui nous a écrit il y a quelques jours après les attentats : « J'ai 22 ans, je suis catholique, je suis parisienne, je suis en grande école, je sors de khâgne. Je voudrais être écrivain et j'écris donc, je fais mon bout de chemin tranquillement, comme tout le monde. L'an dernier, j'ai relu le Cantique des Cantiques, je m'en suis émerveillée, et j'ai voulu le "réécrire" à ma façon, à la façon de tous les chrétiens qui souffrent, en Orient d'abord, en France et à Paris, maintenant (...) c'était un texte malheureusement très actuel. Depuis vendredi, plus encore. J'aimerais le publier, parce qu'on a besoin de poésie ces temps-ci (...) ». Son texte, "La cage du rossignol" se trouve sur le Site internet de l'Association "Béthanie-Lumières d'Orient". Nous allons vous le proposer en plusieurs parties.

Amis éditeurs ne vous proposons ce texte. Amis lecteurs, nous vous en conseillons la lecture.

 

***

TEXTE

 

La cage du rossignol

 

Etudiante en Ecole de commerce, de formation littéraire, je suis, comme tout un chacun, et plus particulièrement comme tout catholique pratiquant, interpelée quotidiennement par ces guerres qui déchirent les pays d’Orient où est née la religion que nous professons. Aujourd’hui, les persécutions que subissent les Chrétiens d’Orient sont plus fortes encore que celles que connaissaient les premiers chrétiens. Contre cela, il faut agir à sa mesure, certes. Mais les mots devraient également nous guider, puisque nous professons une parole vivante. Face à une situation qui nous laisse « sans mots », ouvrons à nouveau la Bible. Le Cantique des cantiques, ce chant d’amour à la poésie pure, m’a profondément marqué en certains de ses versets : on peut, selon moi, y puiser une beauté et une puissante espérance qui n’élude pas le mal et la souffrance, mais l’accompagne. De là est née l’idée d’accompagner le calvaire d’une petite fille d’aujourd’hui avec ces mots d’amour. Une sorte de Cantique des cantiques qui éclairerait l’actualité. Ce texte n’a pas de vocation précise, si ce n’est d’amener son lecteur à se replonger dans les textes qui doivent guider notre compréhension, nos paroles et nos actions : l’Ancien et le Nouveau Testament. Et de prendre conscience que l’appel à la sainteté n’est pas une vieille histoire oubliée dans un bouquin empoussiéré.

 

***

Chant 6

« Lève-toi, ma bien-aimée, Ma belle, viens-t’ en. Car voilà l’hiver passé, C’en est fini des pluies, elles ont disparu. Sur notre terre les fleurs se montrent. La saison vient des gais refrains, Le roucoulement de la tourterelle se fait entendre Sur notre Terre ».

Mon rossignol lisait, dans le jardin tranquille de la maison de Mossoul. Dans la belle Bible reliée de son père, Myriam apprenait la prière des psaumes, la profonde poésie de ces vers égrenés au son de la harpe sur les terrasses ombragées du roi Salomon, elle buvait ces mots, comme un baume dans le silence de l’après-midi. Elle regardait émerveillée les petites images d’or aux marges de l’écriture, les dessins fins devant lesquelles elle rêvait, aux jours où elle ne pouvait pas encore lire. Myriam était une élève brillante, lorsqu’elle pouvait aller à l’école sans craindre de se faire battre parce qu’elle est chrétienne. Qu’elle aime ces longs après-midis au bord des reflets clairs du bassin, auprès de sa mère qui lit aussi à l’ombre des feuillages. Mais dans Mossoul la tortueuse, le calme n’a pas duré. Quelqu’un a crié dans le soir baigné des saveurs d’oranger : « la bibliothèque ! ». « Ils ont attaqué la bibliothèque ! ». Une explosion vive a retenti au tournant de la rue, et Myriam s’est précipitée sur les pas de son père et de ses frères ainés. Le feu gronde, il implose à l’intérieur des murs retournés comme des écorces racornies, les explosions continuelles projettent l’éclat de verre des grands vitraux, dans une violence inouïe. Les bouffées acres serrent la gorge, piquent les yeux. Des larmes noires de cendres coulent sur le visage aveugle d’angoisse. Dans le tourbillon sombre, des feuillets entiers s’éparpillent en fines particules dans le ciel délavé de Mossoul. Les plus beaux manuscrits dans le ciel de leurs pères. Les plus précieux passages du Coran, les sagesses de Jéhovah et d’Allah, de Jésus et de Mahomet. De la fumée soufflée par le vent. Tout cela, parce qu’ils ne savent pas lire. Son père l’a saisi par le bras, il a protégé de sa manche le regard de mon rossignol. Il l’a caché en tremblant. Mon enfant, mon tout petit, dans quel monde t’ai-je fait naître ? Dans quel monde détruit-on les trésors de nos pères ? Ma fille unique, ma perle si précieuse, combien j’ai rêvé pour toi, depuis la nuit d’amour où tu as vu le jour, combien j’ai tremblé devant ta fragilité d’enfant, combien j’ai espéré, pour toi et pour tes frères, des jours où le miel coulerait en or fin, où tu serais la fleur de ce pays, le réconfort de mes vieilles années, la fierté de ton sang, le lys qui embaume, fier et sensible. Le jour où tu t’épanouirais sous le ciel sans nuage de Mossoul. Et maintenant la fumée des livres obscurcit l’horizon, et mon espoir part en lambeau avec les copeaux fumants de parchemins. Il pleurait de détresse, ce père chaviré de chagrin et de peur, il pleurait devant son enfant qui ne comprenait pas l’absurdité du monde. Blottie contre son père, le rossignol a chanté dans la guerre sale et triste, dans la fumée des livres et le sang des chrétiens : « si tu traverses les eaux de la mer, je suis avec toi, si tu traverses le feu, ne crains pas ».

Chant 7

« Dis-moi donc, toi que mon cœur aime, Où mèneras-tu paître le troupeau, Où le mettras-tu au repos, à l’heure de midi ? Pour que je n’erre plus en vagabonde, Près des troupeaux de tes compagnons. »

Le voisin l’a dit l’autre jour, il faut fuir. Fuir de Mossoul, fuir les murailles protectrices qui vont se refermer sur leurs proies. Là-bas, sur la côte, les plages de Syrie sont le refuge des innocents qui partent sur la moindre planche de bois pour échapper à leurs bourreaux. Myriam imagine la mer. La mer, cuirassée par l’éclat du jour, infinie, toujours, sous son regard éperdu de tristesse. Les navires qui s’en vont, qui s’en viennent, chargés de chevaliers noirs bardés d’explosifs et de couteaux tranchants, ombres furtives prêtes pour le combat, chargés d’enfants chrétiens, livrés pour le sacrifice de leur race. La mer charriant les âmes épouvantées qui fuient pour vivre, dans l’occident lointain où l’on recueille les migrants comme le père qui festoie pour son fils prodigue, dit-on dans les ruelles abandonnées de Mossoul. Myriam se souvient de ce grand arc-en-ciel, au-dessus de l’arche d’alliance, qui protégeait Noé et les siens du tumulte des flots. Quand les animaux sont descendus de l’arche, ils ont repeuplé la terre, ils ont été féconds et ils ont porté du fruit. A nouveau, Myriam le croit, les Hommes descendront de leur arche frêle de bois, et de nouveau il n’y aura plus qu’une terre d’amour, une terre du Dieu tout puissant et tout petit, du Dieu très humble et majestueux. Ce grand arc-en-ciel, il brillera de ses couleurs pâles au-dessus des remparts de Mossoul, et le rossignol glissera sur ses voies légères, dans la lumière aqueuse de ses rayons. Elle voit les mains tordus de son père qui ne sait que faire, elle sent la déchirure de sa mère qui ne veut pas quitter la maison de Mossoul. Elle lit la peur du peuple de Moïse qui fuit l’esclavage égyptien pour gagner la terre promise. Elle lit la peur de la Sainte Famille de Bethléem qui fuit le massacre des enfants innocents pour trouver refuge en Egypte. Et tous ces va et vient, de siècles en siècles, tous ces hommes chassés qui n’aspirent qu’au repos. Dans les rues désertées de Mossoul, le rossignol a chanté, et les flots se sont ouverts. Les enfants du Christ sont passés à pieds secs, sur le sable de leur terre. L’eau s’est dressée en remparts, l’eau de leur baptême les a protégés de l’ennemi pressant. Le rossignol a chanté, et la mer a englouti avec fracas les terroristes bardés d’armes, les ombres sombres des destructeurs. La mer a préservé les esclaves en fuite, la mer a repris Pharaon et ses cavaliers, et l’Histoire de la promesse sans cesse se répète. Oh rivière profonde ! Ma maison est au-delà de ses rives, entre des roseaux frêles pliés au vent. Ma maison où le blé mûr danse sous la brise, où le calme et la sérénité sourient aux hommes de bonne volonté. Ma maison est au-delà de ses rives, dans les bras de mon Père. Dans ma maison, chante le rossignol, je dirais les louanges de la vie, et rirai tout le jour pour le soleil. Rien ne saurait me séparer du Dieu qui m’aime. Chante rossignol. Aucune désespérance ne pourra venir à bout du projet de Dieu sur ta vie.

 

Chant 8

« J’ai ouvert à mon bien aimé, Mais tournant le dos, il avait disparu ! Sa fuite m’a fait rendre l’âme. Je l’ai cherché mais ne l’ai point trouvé Je l’ai apelé, mais il n’a pas répondu ! Sa fuite m’a fait rendre l’âme ! »

Les cloches de Mossoul se sont tues. Les cloches ont cessé de sonner dans la nuit du Salut. Le Christ est ressuscité, mais les chrétiens sont morts, ont crié les terroristes. Dans la nuit de Pâques, terrés dans les sous-sols de leurs maisons, ils ont prié en silence, enfermés chacun dans leur peur. La ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main, ils mangent en toute hâte l’agneau pascal. Prêts à partir pour vivre encore, pour vivre heureux et témoigner du ressuscité sans risquer toujours de mourir. Cette nuit-là, a lu Myriam, le Seigneur a parcouru l’Egypte, il a frappé tous les premiers nés, hommes et bêtes, dans le pays d’Egypte. Le sang était pour eux un signe, le sang de l’agneau immolé sur le montant et les linteaux des portes. En voyant le signe, le seigneur est passé outre, et les esclaves d’Israël ont été épargnés. Ce jour-là, Yahvé sera fêté, c’est un décret perpétuel. Alors, comme en ce jour de la libération, les chrétiens reclus dans l’obscurité célèbrent la Pâques du Seigneur, sans cloche, sans ostensoir, avec la simple force de leur prière désespérée. Le Seigneur a fait sortir son peuple opprimé d’Egypte, et malgré tout, Myriam s’endort en paix entre les membres de sa famille. Au matin sur leur porte, un signe sanglant est apparu : le signe du Nazaréen. Le sceau du serviteur ironiquement tracé sur les maisons de ceux qui allaient mourir pour son nom. Au bout de la rue, des cris ont retentis. Les hommes voilés de noir ont chassé les chrétiens de leur maison, ils ont massacré les chefs de famille, froidement, d’une balle, et ont laissé fuir les femmes épouvantées. Les frères de Myriam ont accourus, au-devant de la foule, pour protéger leurs amis. Myriam ne l’a pas vu, elle était cachée par les silhouettes hautes des voisins, mais elle a entendu le bruit sec des balles. Et son cœur s’est fendu comme une pierre sèche du désert. Elle s’est laissé porter par la vague mouvante des hommes pris de folie. Elle avait perdu ses grands frères pour toujours. Pour le seul nom de Dieu. Des corps déchiquetés devant ses yeux d’enfant. Du sang, partout, le sang de ses frères qui coule sur la terre morte de sable. Des corps aimés devant les yeux de mon rossignol. Où prendra fin l’horreur ? Il n’y a pas d’autre Enfer que cette Terre, que cette ville où l’on meurt assassiné. Sans un regard, sans une pensée. Sans protéger les enfants chavirés qui se noient dans la mare du sang de leurs parents. Mon rossignol a couru, à perdre haleine, dans les ruelles sales de Mossoul, couru pour se perdre et oublier, couru pour ne plus être elle-même. Couru pour ne plus souffrir, pour ne plus vivre et pour pleurer, de toute son âme, de tout son corps sur le désastre de sa vie.

 

Chant 9

« Je dors, mais mon cœur veille, J’entends mon bien aimé qui frappe. Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, Ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est couverte de rosée, Mes boucles, des gouttes de la nuit ».

Myriam a entendu à la radio que tous les Chrétiens étaient morts, et que l’Occident s’en fichait bien, d’une poignée d’hommes abandonnés à leurs croyances absurdes. L’Etat a répété qu’il n’y avait de salut que l’Islam qui tue pour conquérir. Les horizons de la terre se sont rétrécis en peau de chagrin et Mossoul s’est renfermée sur sa tristesse et sa peur, dans la solitude morte d’une enfant perdue. Myriam a entendu les hommes de foi mentir à la radio, détruire son espérance, et supprimer sa paix. Mais elle rêve, mon rossignol, elle rêve de ses grandes ailes déployées dans l’air froid, au-dessus des mers, audelà du continent assoiffé de soleil, déployées vers ces terres du nord où l’on se fiche de Dieu et des hommes qui meurent. Elle rêve de savoir s’il n’en reste pas un, qui, avec elle, pourrait chanter sa peine. Elle pense à l’homme effondré au mont des Oliviers. Tous ses amis dormaient, sauf celui qui allait le trahir. Les mains cachaient son visage et il criait vers son Père muet : « Pourquoi m’as-tu abandonné ?! ». Et Myriam crie, à son tour. Oh le cri étranglé de mon rossignol, elle s’étouffe de ne pouvoir pleurer comme l’enfant qu’elle devrait être ! Peuples, laisserez-vous mon rossignol seule avec sa souffrance ? Que faut-il pour briser enfin vos cœurs barricadés ? Proclamez, enfants de David, proclamez, terre entière ! Allez par les sentiers perdus, entrez dans toutes les villes, secouez la poussière de vos pieds et dites-le haut et fort, dites le bien clairement pour que le monde entier entende : ils capturent et tuent mes enfants, ils réduisent à néant des familles, des vies innocentes. N’ayez pas peur, ne craignez rien, mais osez parler : oui, le néant les habitent, et la haine est leur seul soutien. Devenez ce que vous devez être, hommes de bonne volonté, mettez le feu au monde ! Embrasez-le d’amour ! Ici, dans ce pays aride, le soleil noir marque au fer blanc son serviteur soumis. Le soleil, aveugle de gloire, ivre de puissance, terrasse de ses rayons drus la nuque des oppresseurs, il fait naître et rugir la violence barbare et la folie douce. Sous le soleil de leurs pères, les extrémistes tuent pour la gloire d’Allah. Elle se souvient de ce pays, mon rossignol, du pays de ses pères, depuis toujours. La bouche amère, le sel sur la langue, la mer et le soleil, les pierres sèches et creuses, le désert, à l’horizon. Rien, rien, à perte de vue, le vide et le néant, et au milieu de cette terre racornie, le Dieu créateur, qui élève et rassure, qui console et promet : « ne crains pas, car je suis avec toi ». Elle se souvient du ciel étoilé audessus de Mossoul et la promesse faite à Abraham : « aussi nombreuses que les étoiles dans le ciel sera ta descendance ». Les étoiles brillent toujours dans le ciel froid de Mossoul, et une à une, les têtes tombent, fils de David, fils de Salomon, fils de Paul et fils de Pierre, gardiens de la promesse. Le sang ruisselle en sillons noirs, mais les étoiles toujours brillent de leur éclat immortel ; chaque nuit sombre de la foi, elles rappellent l’alliance de fécondité et d’amour divin. De quelle gloire vous enorgueillissez vous? Quel pouvoir avez-vous sur ma bien-aimée ? Votre gloire est un filet de brume qui s’évapore dans la fumée de vos massacres. Ma bien-aimée, mon rossignol si fragile et si doux, je lui ai donné sans partage la vraie gloire éternelle : le droit d’aimer sans mesure.

Chant 10

« Tes joues restent belles, entre les pendeloques, Et ton cou dans les colliers. Nous te ferons des pendants d’or et des globules d’argent ».

« Que tu es belle, ma bien-aimée, Que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes. » Tu restes belle, ma bien-aimée, malgré la guerre qui gronde, malgré tes parents déportés et tes frères tués par les balles aveugles des islamistes. Tu restes belle, ma bien-aimée, avec tes pendants d’or qui s’étranglent dans les chaînes d’aciers enserrant ton corps. Tu restes belle parce que je t’aime, parce que tu m’aimes, depuis toujours et à jamais. Tes chaînes, tu ne peux pas les briser de tes mains, mais mon alliance, ils ne la briseront pas de leurs bombes. Ils tuent, mais ils mourront, et toi, tu ne mourras pas. Ils t’ont surprise, ceux qui gardent les portes de la ville, elles t’ont frappée, elles t’ont blessée, les sentinelles de Mossoul, ils t’ont enlevé ton manteau, ceux qui gardent les remparts. Tu courrais entre les tréteaux vides du marché de la ville, comme autrefois dans ton enfance, comme la petite fille que tu étais, jouant, insouciante, avec tes frères. Qu’ont-ils fait de ma bien-aimée ?! Ils l’ont traînée, les chaînes chatoyantes mordaient son jeune cou, ils l’ont traînée, sur la place du grand marché de Mossoul. Dans sa cage aux barreaux de fer, mon rossignol chantait. Ils ont mis sa tête à prix et partagé ses vêtements. Ils ont tondu sa chevelure de geai, comme une bête que l’on va abattre. Que tu étais charmante, ma bien aimée… Ils ont donné un prix à sa vie, pendu sur une pancarte sale, autour de ses épaules. Ils l’ont acheté comme une agnelle qui donne du bon lait. Ils ont crucifié les ailes légères de sa jeunesse au bois épineux de la poterne du marché. Ils ont donné un prix à sa vie et l’ont vendu en esclave comme une souillon de Gomorrhe. Alors la terre a tremblé et dans la rougeur du crépuscule, le ciel ensanglanté s’est ouvert à l’occident. Les hommes ont rugis de haine, et la poigne dure du marchand a brisé l’échine frêle. Il a craché à la foule assoiffée de folie et de meurtre : « Quel prix ? », et les hommes ont hurlé, leur houle écumante de rancœur, leur rire ivre de cruauté. Le rossignol a levé ses yeux perdus vers le ciel muet. Au dernier rayon aride, une voix douce et ferme a soufflé, dans le frémissement d’une brise légère : « Tu as du prix à mes yeux, et je t’aime. Ne crains rien, car je t’ai racheté ».

(Fin)