Homélie du Patriarche Latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, pour le 1er janvier 2016

Publié le par Patrice Sabater

Homélie du Patriarche Latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, pour le 1er janvier 2016

JERUSALEM – Vous trouverez ci-dessous l’homélie de sa Béatitude Fouad Twal pour la Journée Mondiale de la Paix et la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu, prononcée par le Patriarche à la Co-Cathédrale du Patriarcat latin le 1er janvier 2016.

 

Homélie pour le 1er janvier 2016

Journée Mondiale de la Paix – Sainte Marie Mère de Dieu

 

Excellences,

Chers Pères et Sœurs

Chers amis,

Nous célébrons le jour du nouvel an, en nous mettant sous la protection de la Vierge Marie, mère de Dieu.

C’est toujours le mystère de Noël, de Dieu avec nous, que nous contemplons et adorons, alors que nous terminons une année et commençons un nouveau temps dans notre vie, qui est une marche vers la rencontre finale, personnelle et communautaire avec le Seigneur.

1-Dieu est avec nous, et il tient à cette présence ; c’est pourquoi nous gardons notre espérance et notre joie au milieu des difficultés et des peines qui nous éprouvent. Nous communions aux souffrances de tous les habitants de cette terre, Palestiniens et Israéliens, mais aussi à celles des peuples victimes de la violence. Dans tout cela, nous nous tournons vers la Vierge Marie et avec elle, nous conservons tous ces événements en nos cœurs, ne pouvant percevoir toute la signification et les raisons de tous ces malheurs dans le mystère de la Providence de Dieu et de son amour pour sa création.

2-Aujourd’hui, premier de l’an, c’est aussi la fête de cette Eglise Co-cathédrale dédiée au Saint-Nom de Jésus, et la fête annuelle du Patriarcat et du diocèse. Je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux et je vous demande de nous accompagner par vos prières, afin que chacune des personnes de ce diocèse puisse continuer à être instrument de salut pour soi-même, pour les fidèles qui lui sont confiés, et pour tous les habitants des pays dans lequel se trouve notre diocèse : Israël, Palestine, Jordanie et Chypre.

3-Cette année, de Décembre 2015 au 20 Novembre 2016, nous célébrons l’année de la miséricorde. A cet égard, le Saint Père écrit dans le Motu Proprio que « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père et que le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, la miséricorde atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4) après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), quand tout fut disposé selon son dessein de salut, il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour (cf. Jn 14, 9). A travers Sa parole, Ses gestes, et toute Sa personne, Jésus de Nazareth nous révèle la miséricorde de Dieu.

Dans le Nouveau Testament nous trouvons plusieurs paraboles et, d’une manière très claire deux qui montrent clairement la relation entre la miséricorde de Dieu et la nôtre : celles de l’enfant prodigue (Lc 15 : 11-32) et du bon samaritain (Lc 10: 25-37). Dans la première, Jésus révèle la miséricorde illimitée de Dieu envers les pécheurs. Dans la seconde, il montre comment cette miséricorde devrait passer de Dieu à l’homme et de la compassion à l’action. « Soyez miséricordieux comme votre père céleste est miséricordieux » (Lc 6: 36).

Dans la parabole du bon samaritain, on remarque que Jésus choisit un personnage de la Samarie pour secourir le juif blessé, alors qu’entre samaritains et juifs existait une hostilité multiséculaire. Ce que Jésus voulait montrer, c’est que la miséricorde dépasse toutes les frontières et abat tous les murs. C’est une miséricorde envers l’homme en tant que tel, sans considération de race, de religion, de confession, de couleur, de langue ou d’ethnie. Comme la miséricorde de Dieu ne connaît pas de frontières, ainsi devrait être la nôtre envers le prochain et surtout envers les plus faibles, les opprimés, les marginalisés, les émigrés, les déplacés et ceux qui vivent aux périphéries de la société.

Dans un monde qui se déshumanise de plus en plus, et qui s’oriente vers la barbarie, la violence et l’oppression, la vocation du chrétien est de témoigner de la miséricorde divine, en collaboration avec les hommes et les femmes de bonne volonté.

« Gagne sur l’indifférence et remporte la paix ! » : c’est le thème de cette 49ejournée mondiale de la Paix, et repris par le Pape dans son message. L’indifférence est un mal de notre temps, elle ronge notre monde contemporain. L’indifférence envers Dieu, envers l’autre, sa dignité, ses droits les plus fondamentaux, est une menace sérieuse pour la paix.

Chers amis, voici l’invitation qui nous est faite en cette année jubilaire : passer de l’indifférence à la miséricorde, par la conversion, et surtout, faire de l’amour, de la solidarité et de la compassion notre programme de vie.

La semence de la miséricorde se trouve dans toutes les religions, et nous sommes tous responsables de la faire germer dans la vie publique et individuelle. Nous serons alors témoins d’un monde meilleur, gouverné par la justice, la paix, la tendresse, l’amour et le respect réciproque. Nous invitons tous nos fidèles, qui ont un quelconque poids dans la vie politique, économique, culturelle, sociale ou familiale, à vivre la miséricorde et à en faire une culture qui imprègne le monde qui nous appartient.

4-Dans l’année qui vient, nous continuerons aussi à prier pour la paix, en notre terre, afin que les Israéliens et les Palestiniens mettent de côté les voies de la violence et se mettent en route sur les voies de la paix. Le Seigneur, lorsque l’heure sera venue, nous accordera la paix et la réconciliation.

Aujourd’hui nous commençons une nouvelle année, la situation mondiale est désastreuse, alors je voudrais dire que malgré tout « Ne nous laissons pas vaincre par le mal, mais soyons vainqueurs du mal par le bien » (Rm 12,21), par la générosité et par le pardon

«  Le mal, n’est pas une force anonyme… Le mal passe par la liberté humaine. Le mal a toujours un visage et un nom : le visage et le nom des hommes et des femmes qui le choisissent librement et que nous connaissons. Et si l’on en cherche les composantes profondes, le mal est, en définitive, un renoncement tragique aux exigences de l’amour. À l’inverse, le bien moral naît de l’amour, il se manifeste comme amour et il est tourné vers l’amour. Ce propos est particulièrement clair pour le chrétien dont l’amour va jusqu’à l’amour de ses ennemis : « Si ton ennemi a faim, donne lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire » (Rm 12,20).

Le premier commandement de l’Evangile, en cette année de la miséricorde, nous impose de nous engager toujours et de manière responsable pour faire en sorte que la vie des personnes et des peuples soit respectée et promue. On ne peut que stigmatiser avec vigueur les maux de caractère social et politique qui affligent le monde. On ne peut que condamner la vente des armes.

Dans ce contexte, comment ne pas penser à l’Irak et à la Syrie, où perdurent des conflits qui ont fait et qui continuent de faire des victimes innocentes ? Comment ne pas évoquer la dangereuse situation de la Terre de Jésus, où l’on ne parvient pas à renouer, dans la vérité et la justice, les fils de la compréhension mutuelle, brisés par un conflit nourri chaque jour par des attentats et des vengeances ?

Et que dire du phénomène tragique de la violence terroriste, qui semble pousser le monde entier vers un avenir de peur et d’angoisse ? C’est vrai nous avons peur, le monde a peur et les bombes atomiques qu’on amasse ne servent à rien !!

Nous affirmons, avec une conscience lucide, que la violence est un mal inacceptable, et qu’elle ne résout jamais les problèmes. « La violence est un mensonge, car elle va à l’encontre de la vérité de notre foi, de la vérité de notre humanité. La violence détruit ce qu’elle prétend défendre : la dignité, la vie, la liberté des êtres humains » Il est donc indispensable de promouvoir une grande opération d’éducation des consciences, et surtout d’éduquer les consciences des politiques !!

Pour l’année nouvelle, nous continuons à prier pour les dirigeants politiques, et nous partageons avec tous les habitants de cette terre, leurs joies et leurs peines. Nous demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu, de soutenir notre espérance et notre patience. Qu’elle nous guide dans la méditation et l’accueil de Dieu parmi nous.

Pour l’année de la Miséricorde, nous avons élaboré un programme de prières, de célébrations liturgiques et des pèlerinages, j’espère que vous êtes au courant de ce programme et que vous y participerez fidèlement. Merci d’avance pour votre collaboration et votre amitié.

Merci aussi pour le beau témoignage que vous donnez par votre vie, votre solidarité et vos prières.

Bonne année pleine de joie et de bonne santé. Amen.

† Fouad Twal, Patriarche