Patrice Sabater, cm - Migrants et réfugiés: les chemins de l’espérance

Publié le par Patrice Sabater

Patrice Sabater, cm - Migrants et réfugiés: les chemins de l’espérance

Migrants et réfugiés: les chemins de l’espérance

Risquer sa vie pour échapper au désespoir, tout quitter en s’arrachant de sa terre et en perdant ses racines les plus profondes, essayer de planter l’espérance dans un ailleurs inconnu, se décider à l’exil reste une violence inouïe. Sans doute est-ce aussi avoir beaucoup de courage !

Que peuvent espérer ces hommes et ces femmes ? En fuyant, ils espèrent trouver chez nous soutien, vie meilleure, travail et paix. Ne se leurrent-ils pas ? Quelle sera leur vie parmi nous ? Loin de leurs terres, de leurs cultures, ils évolueront vers ce que nous connaissons en Europe : néant spirituel, perte des valeurs, disparition des traditions et du rapport à la société construite selon des coutumes ancestrales. Leurs pays se videront et nous, Européens et autres Occidentaux, penserons avoir fait de notre mieux pour les accueillir tandis que, dans un proche avenir, nous les laisserons à leur solitude et à leur désespoir. Qui sera là demain ? Les migrants sont pour la plupart des petites gens mais ils avaient souvent une bonne situation chez eux. Ils ont tous une dignité à défendre. Devant cette tragédie de l’émigration, nous ne pouvons pas nous contenter de verser dans la seule émotion ni préparer un futur hypothétique à des gens destructurés par la peur et la violence. Pour autant ne faut-il pas les accueillir ? Si, bien sûr ! Cependant, il faut écouter les patriarches et les évêques qui nous renseignent sur les risques d’accueillir sans discernement et nous renvoient à notre propre responsabilité et à notre capacité de nous mettre à leur écoute.

Il serait bon d’agir en plusieurs domaines. En voici trois :

1) Lire, en paroisse et dans les associations œuvrant à leur soutien, l’Exhortation apostolique postsynodale L’Église au Moyen-Orient de Benoît XVI. Il y a là une source de connaissances, de méthode et d’indications pour connaître l’Orient chrétien réellement.

2) Accepter l’idée qu’il faut accueillir ces frères en faisant en sorte qu’ils ne se coupent pas de leurs racines. Ainsi, ils pourront repartir chez eux quand les temps seront devenus meilleurs. Cela est plus qu’une option, c’est une qualité de respect et de possibilité que nous leur devons. Aujourd’hui, ils sont dans l’impossibilité de réfléchir et d’imaginer pouvoir repartir. Il faut les aider à gagner en confiance et à faire croître l’espérance.

3) Exiger de nos gouvernants qu’ils engagent une réelle politique pour mettre fin à l’horreur par des moyens efficaces. Peut-on penser le monde arabe et le Proche-Orient sans les chrétiens ? Ils sont une véritable source de lumière, de ferment pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, pour l’éducation, la promotion de la femme, l’affirmation du droit à la citoyenneté, et à la liberté de culte pour tous. L’émigration n’est pas la seule solution ! Pouvons-nous laisser penser que notre seul rôle à jouer consiste à agir dans l’urgence immédiate ? C’est, à mon avis, nous rendre responsables, aujourd’hui et pour longtemps, de l’abandon complet des chrétiens d’Orient. On ne parle plus que des migrants et si peu des réalités de terrain au Levant. Ne risquonsnous pas de répéter une histoire passée qui a transformé durablement cette région ? Prenons-nous suffisamment de hauteur pour penser un éventuel retour de ces frères et sœurs d’exil ? Apportonsnous des débuts de réponse à ces lendemains risquant de déchanter quand il y aura moins de volontaires, moins d’argent, ou aucun travail en vue ? Il est urgent et nécessaire d’aider ces frères d’infortune et de les accueillir les bras ouverts. En cela, nous répondons d’abord à un devoir humain, moral et éthique et, en fin de compte, à l’Évangile.

Sachons déjà préparer l’avenir de ces frères en apportant en Syrie, en Irak et ailleurs, les réponses adéquates et urgentes face à la violence. Apportons une aide efficace aux pays d’accueil (Liban et Jordanie) et aux associations qui y travaillent sans relâche ! Aidons les patriarches et les évêques d’Orient dans leur mission pastorale, dans leur volonté de voir, un jour, revenir leurs fils ayant fui les violences extrêmes ! Alors, que notre charité se fasse inventive et donne à nos frères meurtris les moyens et les raisons de pouvoir revoir le soleil se lever et se coucher au Levant…

Source: La Croix, 14 octobre 2015

Père Patrice Sabater Pardo, Lazariste,

Président-délégué

de l’association « Béthanie-Lumières d’Orient »