Moyen-Orient: Un saint qui illumine l'Arménie et toute la chrétienté...

Publié le par Patrice Sabater

Moyen-Orient: Un saint qui illumine l'Arménie et toute la chrétienté...
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Un nouveau Docteur de l'Eglise s'offre à nos intelligences et à notre foi : saint Grégoire de Narek. C'est la décision qu'a prise le Pape François d'allonger la liste de ces saints qui, de façon éminente, ont contribué à approfondir la théologie et la doctrine de l'Eglise.

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C’est une bourgade agricole typique de cette Turquie orientale, à 2 km au sud du lac de Van. Ce village kurde et musulman se nomme Yemişlik. Autrefois, c’était Narek. C’était un village arménien. C’est là que vécut saint Grégoire, célèbre moine et prêtre arménien du Xe siècle, fantastique poète mystique, dont l’œuvre théologique, littéraire et spirituelle a traversé les siècles et les frontières.

Grégoire de Narek (fêté le deuxième samedi d’octobre dans l’Église apostolique arménienne, le 27 février dans l’Église catholique) est à présent le 36e Docteur de l’Église. Cette proclamation effectuée par le pape François, dimanche 12 avril en la basilique Saint-Pierre de Rome, devant les fidèles de rite arménien, à l’occasion de la commémoration du centenaire du génocide des Arméniens, témoigne de la communion de l’Église catholique avec une civilisation chrétienne orientale décimée dans son berceau géographique. « Des 36 Docteurs de l’Église, Grégoire de Narek est le deuxième Oriental (ne parlant ni grec ni latin et vivant hors des limites de l’Empire byzantin), après saint Éphrem de Nisibe. Il était très important, dans l’état actuel de cette prise de conscience hélas tardive pour les chrétiens d’Orient, que cette année-ci au moins, un autre Oriental devienne docteur de l’Église », souligne Jean-Pierre Mahé, membre de l’Institut et traducteur de l’œuvre de saint Grégoire.

Grégoire est né entre 940 et 950 et mourut entre 1003 et 1010. Figure volcanique de la mystique chrétienne de langue arménienne, il est l’auteur du mémorable Livre des Lamentations, appelé aussi Livre des Prières, devenu pour les Arméniens une sorte de texte sacré. « Livre le plus répandu après la Bible, poésie mêlant au repentir la consolation et l’espérance, cette suite de Paroles à Dieu des profondeurs du cœur (…), devenu au long des siècles le compagnon de tout Arménien lettré, a rejoint légitimement les chefs-d’œuvre de la littérature universelle. Quant au monastère de Narek, il est resté jusqu’au XXe siècle le lieu de rassemblement d’innombrables pèlerins » (Keram Kevonian, Union internationale des organisations Terre et Culture).

Le verbe de Grégoire est une inlassable quête du Verbe : « Rayon béni, soleil de justice, Désir ardent, figure de lumière, Insondable et très-haut, ineffable et puissant, / Allégresse du bien, vision de l’espérance, Dieu loué dans les cieux, glorieuse royauté, Christ qui nous créas, vie partout célébrée, / Daigne emplir à présent, de ta souveraine éloquence, Le défaut de ma voix, les multiples erreurs de ma misère : Présente mes prières en agréable offrande à la majesté de ton Père, (...) » (Prière 95, Trésor des fêtes, hymnes et odes de ­Grégoire de Narek, traduction et notes de Annie et Jean-Pierre Mahé, Peeters, 2014). Outre les 95 prières du Livre des lamentations, Grégoire est également l’auteur d’odes, d’hymnes, de panégyriques, de litanies et de méditations. C’est dans l’enceinte du monastère de Narek et dans une grotte toute proche où il pratiquait la « méditation solitaire » que Grégoire composa ses œuvres, « rassemblées, mises en forme, calligraphiées et copiées dans trois recueils sous l’autorité de son frère Jean, devenu abbé du monastère », précise Jean-Pierre Mahé.

Grégoire mourut à Narek et y fut inhumé peu de temps après l’achèvement du Livre des Lamentations. De ce grand monastère et scriptorium où l’on enseigna également les sciences, la philosophie et la musique, il ne reste rien. Le monastère a été pillé en 1895 pendant la période dite des massacres hamidiens ordonnés par le sultan Abdülhamid II. Lors du génocide en 1915, les 123 familles arméniennes du village ont été liquidées. Enfin, le monastère de Narek a été totalement rasé en 1951 sur ordre des autorités préfectorales. En lieu et place a été construite une mosquée. (...)  (Source: Pascal Maguesyan - La Vie.fr/14 avril 2015)

 

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Prière de saint Grégoire de Narek à la Mère de Dieu

 

Que s’élève par moi, ton honneur

Et mon salut éclatera par toi,

Si tu viens à me retrouver, Mère de Seigneur !

Si tu me prends en pitié, Vierge sainte,

Si tu changes en profit ma perte, Vierge immaculée,

Si tu guéris ma ruine, Vierge bienheureuse,

Si tu laisses avancer ma honte, Vierge pleine de grâces,

Si tu plaides mon désespoir, Vierge toujours pure,

Si tu me reçois sous le toit dont je fus chassé, Vierge honorée par Dieu,

Si tu m’entoures de ta piété, Vierge qui détruit la malédiction,

Si tu apaises ma tempête, Vierge du repos,

Si tu mets fin aux violentes tourmentes, Vierge pacifique,

Si tu répares mes erreurs, Vierge de louanges,

Si tu entres pour moi dans l’arène, Vierge qui repousses la mort,

Si tu changes en douceur mon âpreté, Vierge suave,

Si tu brises le mur qui me sépare, ô Vierge du pardon,

Si tu dissipes mes souillures, Vierge dont le pied écrase la corruption ;

Si tu m’ôtes au trépas, à quoi je suis livré, lumière vivante,

Si tu coupes le bruit de mes sanglots, Vierge d’allégresse,

Si tu me fortifies, lorsque je suis brisé, remède du salut,

Si tu considères ma ruine, temple de l’esprit,

Si tu viens vers moi avec compassion, Mère qui fut léguée

Et qui seule est bénie sur les lèvres sans tache dans la bouche des bienheureux.

Une goutte de lait de ta virginité

Rend vigueur à ma vie en pleuvant sur mon âme,

Ô Mère du Très-Haut, du Seigneur Jésus,

Créateur du ciel et de la terre entière,

Que tu as mis au monde, inexprimablement, avec une vraie chair, une divinité sans faille,

Gloire à lui, comme au Père, et avec l’Esprit Saint,

Dans son essence et dans notre nature, qu’il réunit indescriptiblement,

Tout dans le tout, Un de la Trinité,

Loué soit-il dans les siècles des siècles,

Amen.

Saint Grégoire de Narek (XI° siècle)

 

Traduction de la Prière par Annie et Jean-Pierre Mahé, Ed. Peeters, 2007; p. 372 §3

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