Recension - Jean VIARD, Quand la Méditerranée nous submerge, - Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme… Editions de l’Aube

Publié le par Patrice Sabater

Recension - Jean VIARD, Quand la Méditerranée nous submerge, - Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme… Editions de l’Aube
Recension - Jean VIARD, Quand la Méditerranée nous submerge, - Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme… Editions de l’Aube

Quand la Méditerranée nous submerge

Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme…

L’Homme contemporain est en crise parce son monde a bougé, et parce qu’il est en continuel mouvement. Il va de plus en vite ; et l’Homme qui perd ses repères a peur. Il a l’impression qu’il ne gère plus rien individuellement, et que de toute façon les grandes structures étatiques ne réussissent pas à faire mieux ni à endiguer les crises successives : la guerre en Syrie et en Irak, la crise migratoire, les changements de rythmes, le changement climatique, la montée des populismes, le changement des statuts sociaux, les nouveaux pôles de la famille, l’espace géographique dans une construction nouvelle, la révolution dite « des sexes », au cœur de la Mondialisation et de la révolution numérique.

Jean Viard, sociologue de formation, nous présente une réflexion sur divers thèmes qui font écho aujourd’hui dans le débat français, européen et international. Il le dit lui-même : « Ce livre n’est pas doux. Nous sommes inscrits dans une guerre diffuse et une urgence absolue. Une pensée noire et brune, climato-sceptique, envahit le monde et nos imaginaires » (p 15) Si le titre du livre nous invite à penser d’abord, et avec raison, à la crise migratoire le sous-titre invite davantage à une réflexion d’ensemble. Le sociologue le note bien. On ne peut pas être spécialiste de tout et avoir des réponses à tout, les plus pointues possibles…, « et pourtant, il y a urgence à penser tout cela en même temps (…) Chacun doit tenter d’élaborer une perspective à partir des bribes de son savoir, de ses expériences et de ses valeurs » (p 17) Telle est non seulement la question mais l’objet de ce livre : apprendre à regarder, à évaluer ce monde qui bouge et qui nous dévore déjà, et qui demain engloutira l’humanité et notre monde moniste si nous ne réagissons pas déjà ! Jean Viard essaye « de penser cette Méditerranée qui nous submerge ». Il n’y a pas là seulement ce qu’il y a de tragique, et que nous regardons paralysés devant nos écrans, mais aussi ce qui pourrait permettre de donner une espérance, un « nouveau deal » à tous ces foyers sans espoir, vides de sens que sont nos banlieues, nos quartiers dits « sensibles » et que toutes les politiques de la Ville n’ont pas su (ou voulue) gérer. Cette pauvreté commence par les femmes seules, par les familles complètement déstructurées. Elle touche encore plus fort ceux qui subissent une double peine au cœur de leur désarroi, de leur pauvreté économique et sociale… les « perdants-perdant ». « On ne peut pas vivre sans utopie ni rêve. L’Homme ne vit pas que de pain et de jeux » (p 49).

Quand il parle de la Méditerranée, il se réapproprie sa juste étymologie en affirmant qu’elle est « une mer au milieu des terres ». Elle tisse des liens, qui aujourd’hui soient se défont ou bien pis encore la fait devenir le plus grand cimetière du Monde ! Repenser le territoire en France et en Europe, créer des lieux de proximité, des lieux transversaux au cœur du numérique, nous rapprocher de nos voisins les plus proches qui sont en Afrique.

Ce livre « vient porter contre-attaque – et propositions. Ce n’est évidemment pas un programme, juste une installation (…) » (pages 154) Repenser l’immigration, repenser notre présence active auprès des jeunes – de tous les jeunes – pour qu’ils vivent cette proximité comme dans des « faubourgs par où l’on passe pour entrer dans la cité et la société. Faute de quoi, nous n’en sortirons pas et les vagues de violence vont se répondre avec des forces sans cesse croissantes. On tuera Daesh, mais il renaîtra sous d’autres formes. Dans l’urgence, il faut organiser des systèmes de transport  sûrs pour les réfugiés». (pp 154-155) Ici, il semblerait qu’il y ait aussi pour ce qui concerne le Proche-Orient une invitation non seulement à accueillir des réfugiés, mais aussi à les aider à repartir ; et ceux qui restent dans leurs pays en crise été et en guerre leur permettre de construire un horizon d’espérance pour y vivre libres et égaux, en paix. A la fin de l’ouvrage, l’auteur reprend habilement ses propositions. Tout un programme pour les Hommes de bonne volonté qui veulent vraiment entrer dans un autre espace pour vivre les choix urgents à mettre en place… pour nos enfants et nos petits-enfants demain. Un livre qui ne sera pas insensible…

Ass. Béthanie-Lumières d'Orient

Le 18 mars 2017

 

Jean VIARD, Quand la Méditerranée nous submerge, - Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme… Editions de l’Aube, 2017. 217 pages. 16 €