Conflit au Proche-Orient : Propos d’un évêque en Terre Sainte

Publié le par Patrice Sabater

« Le rôle modérateur des Chrétiens peut être d’un grand secours »


Mgr Shomali (2)JERUSALEM - Face aux pourparlers de paix actuels entre Israéliens et Palestiniens, l’évêque auxiliaire de Jérusalem William Shomali est tiraillé entre espoir et scepticisme. Ce vendredi, l’évêque auxiliaire du Patriarcat latin pour les territoires palestiniens confiait à l’Aide à l’Église en détresse : « Mon cœur est plein d’espoir et de foi. Il me dit que les négociations seront couronnées de succès. Mais mon esprit sceptique me souffle le contraire. Car je pense aux cycles de négociations de Madrid, Oslo, Camp David, Wye Plantation, Charm el-Cheikh, Amman et bien d’autres encore, et à la manière dont ils ont échoué. En attendant, je ne souhaite pas faire office de prophète, je veux continuer de prier et inviter d’autres à le faire. » L’évêque auxiliaire a formé le vœu, au cas où les pourparlers échoueraient,  qu’il n’y ait pas de troisième intifada palestinienne. « L’expérience des deux dernières a été très négative. C’est à un niveau politique que la lutte devrait se dérouler. » Mgr Shomali a expliqué que les chrétiens d’Israël et de Palestine jouent un rôle modérateur dans le conflit. « Ils prient et croient que la paix est possible. Ils calment le jeu dans leurs pays respectifs. Un certain nombre de chrétiens palestiniens sont impliqués – les uns directement, les autres indirectement – dans les négociations. Leur rôle modérateur peut être d’un grand secours. »

Interrogé sur le statut que l’Église aimerait voir attribuer à Jérusalem-Est, lors d’un règlement final dudit statut, Mgr Shomali a répondu : « Jérusalem devrait être la ville de deux peuples et de trois religions, qui auraient des droits et une dignité identiques. » Ce Palestinien de naissance a poursuivi en expliquant que Jérusalem devrait rester une ville ouverte, avec un statut particulier et des garanties internationales. Il a également fait remarquer que « pour régler les détails de la mise en œuvre d’une telle vision, nous avons besoin de négociateurs inventifs qui soient ouverts à de nouvelles solutions ; car il faudra composer avec des obstacles tels que les colonies ou encore la question suivante : comment peut-on maintenir l’ouverture de Jérusalem et de ses lieux saints ? »

Concernant la position du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui affirme qu’en réalité le conflit ne porte pas sur les colonies de Cisjordanie mais sur le refus des Palestiniens de reconnaître Israël comme État juif, Mgr Shomali s’est exprimé ainsi : « Je pense que les Palestiniens devraient reconnaître Israël en tant qu’État disposant de tous les droits d’un État et de frontières sûres. C’est aux Israéliens et non pas aux Palestiniens qu’il revient de décider quel caractère leur État doit avoir. Et c’est également aux Israéliens qu’il incombe de décider qui est ‘juif’ et qui ne l’est pas. À l’inverse, il faut demander à Israël de reconnaître un nouvel État arabe, sans vouloir décider si ce pays arabe devra être séculier ou musulman. »

Pour terminer, Mgr Shomali a souligné qu’aujourd’hui, le conflit israélo-palestinien n’est plus le seul à menacer la stabilité du Proche-Orient. « Depuis le ‘printemps arabe’, la donne a changé. Mais ce conflit reste un conflit majeur. »

 Source : Olivier Maksan - AED France/ 28 août 2013