Egypte: Décès du Père Emile Rouel, cm

Publié le par Patrice Sabater

DSCN8543On se prend à rêver !    Alors que les Pères Lazaristes français dirigeaient au siècle dernier toutes les œuvres du Moyen-Orient, Eglises, Collèges, Missions, Filles de la Charité, je suis à l’heure actuelle l’unique candidat français à faire carrière dans cette Province.

Au lendemain de l’ordination, le 28 Février 1953, par Mgr Mathieu évêque de Dax, ma feuille de route était le Moyen-Orient : Liban, Syrie, Israël, Egypte. Il fallait parait-il apporter un peu de renfort, car les Pères Yves Salem et Beunet Edouard  rentraient définitivement en France.Filles de la Charité Egypte (Abassieh)

 

 

 

 

1953      Professeur, Ecole Apostolique, à Beyrouth, Liban

1960      Professeur au Collège Saint Joseph, Antoura, Liban.

1970      Supérieur de la maison des Prêtres de la Mission(Lazaristes), Alexandrie, Egypte.

1980   Supérieur  de la Maison des Père Lazaristes, 20, rue Agron, Jérusalem,     Israël                        

1990      Supérieur pour la 2ème fois, 70 rue des Sœurs, Alexandrie, Egypte              

2008      Ecole Saint Vincent –, Banlieue d’Alexandrie - 

Aumônier de La Médaille Miraculeuse - 8, rue Mohamed Hassan, Fleming,        Alexandrie, Egypte.

                               

Revenons à nos moutons et commençons le parcours en dent de scie que fut le mien.

 

1971      Quand le Père Alphonse Droitcourt a glissé sur mon Bureau la fameuse « PATENTE », en latin s’il vous plait, je lisais : « … Nos, de tua probibate et prudentia , confidentes, te in Supériori Domus Alexandriae , Aegypti deputavimus… » etc. …Egypte 1

Je tombais de haut, j’étais à 1000 kilomètres d’imaginer ce qui m’arrivait. La charge de Supérieur d’une maison n’avait  jamais été perçue comme possible en ma pauvre cervelle, et puis, en Egypte un pays en hostilité avec Israël, un pays où je ne connaissais ni la langue, ni la maison, ni les confrères, ni les Sœurs… Ma première réaction  a été de marchander avec le Père Droitcourt qui, me voyant traîner les pieds  m’a prié  de lui remettre par écrit ma réponse d’acceptation ou de refus. J’ai  répondu que je n’allais pas faire des histoires et j’ai assuré le Visiteur de mon adhésion immédiate.

 

Adieu Antoura, les amis, Une mer va nous séparer, c’est peu et c’est beaucoup. J’arrive à Alexandrie. Du jour au lendemain je me trouve au bord du Nil. Alexandrie est une grande maison, un peu semblable à Saint Lazare de la rue de Sèvres : grande Eglise avec de grandes orgues dont on dit qu’elles sont les plus belles du Moyen-Orient, deux grandes sacristies, salle de communauté immense. Et le coffre-fort par contre était plutôt léger… Le Père Ghattas me remet les clés de la maison. Il a bouclé ses valises et s’en va en Haute-Egypte rejoindre son nouvel Evêché de Louxor. Il laisse un grand vide dans cette Maison d’Alexandrie dont il assurait la charge avec grand dévouement depuis trois ans.

Et la vie continue avec le Père Oremus (hollandais), et le Père Guirguis Obeid. L’important sera pour nous de travailler chaque jour, en faisant confiance totale au Maître de la moisson. Egypte 2Les Vocations sont une question de vie ou de mort, c’était évidemment une préoccupation cruciale. On avait  quelques doutes que la situation devait pouvoir changer. Grâce à Dieu nous avons vu arriver une vocation, puis deux, etc. des jeunes universitaires pour la plupart. Il fallait les accueillir, leur donner une connaissance plus approfondie du français. Ensuite ils devaient poursuivre la formation initiale au Grand Séminaire de Beyrouth, Noviciat à la maison Provinciale, Philosophie et Théologie à l’Université Saint Esprit de Kaslik, Pastorale au Collège Saint Joseph d’Antoura.

 

Aujourd’hui une dizaine de jeunes Prêtres Coptes oeuvrent au Liban, en Syrie et bien entendu en Egypte. La Congrégation de la Mission présentait en même temps deux belles figures de Pères Lazaristes Egyptiens qui ont vécu un étrange, disons un heureux accident de parcours : Le Père Sidarouss Stéphanos et Ghattas Andraos, tous deux Patriarches de l’Eglise Copte Catholique et Cardinaux de l’Eglise Romaine. Ces deux excellents confrères ont cherché à traduire leur entier attachement à la famille Vincentienne par des attitudes fraternelles  et des fidélités constructives. Il convient de les confier au Seigneur dans la prière pour qu’ils deviennent autant de bénédiction pour la mission qui est la nôtre. Entendons Saint Vincent  nous dire : «  Humbles et savants prêtres sont le trésor de la Mission, comme savants et saints docteurs sont le trésor de l’Eglise »

Cela dit : Jésus le premier Missionnaire, envoyé par le Père vient nous rappeler à temps et à contre temps que nous sommes toujours invités à risquer des choses nouvelles et imprévisibles pour que la vie grandisse. Dans ce bref aperçu de ma vie missionnaire je n’ai qu’à laisser courir  mes souvenirs et recueillir de petits détails.

Chaque matin, à l’heure dite, (et j’ai connu pendant deux ans le lever de quatre heures), aussi matinale que devait l’être celle du Curé d’Ars, je m’en vais célébrer l’Eucharistie dans l’une des maisons de Sœurs. Par définition, les Sœurs sont des partisanes farouches du lever matinal. A l’aller et au retour je voyage en tramway qui d’ordinaire a la mauvaise habitude de tomber en panne au cours du trajet.Pere-Emile-Rouel--60-ans-Vie-sacerdotale--copie-1.jpg

Nous sommes en Egypte.

Il m’est demandé de faire visites, confessions, aide spirituelle aux Filles de la Charité. Ces visites périodiques que fait le Missionnaire sont d’une importance particulière dans un pays où, par exemple, les Sœurs de Port-Saïd, de la région du Canal de Suez, et celles de la Haute-Egypte se trouvent un peu isolées. C’est l’Apôtre qui va à la rencontre d’autres Apôtres. Les voyages sont un peu longs, mais combien intéressants de voir les fellahs cultiver leurs terres tout au long du Nil. Il m’est arrivé une fois de couvrir 700 kilomètres sans quitter l’autobus ; je m’étais sans doute endormi à la halte  de la mi-chemin, depuis 6 heures du matin jusqu’à 6 heures du soir. Je me suis rendu compte que les fermetures étaient en bon état mon Dieu !

 

«  Que la Parole de Dieu poursuive sa course » (2 Th 3,1). Je crois que cette citation Biblique est bien choisie pour souligner le travail d’Evangélisation accompli dans cette grande Maison de Sabaâ Banat d’Alexandrie, Rue des Sœurs. L’Eglise de La Médaille Miraculeuse est aussi grande qu’une Cathédrale. Durant tout mon, mes séjours  dans cette maison je me suis attribué toutes les célébrations, et c’est le Père Droitcourt, cm. qui m’avait demandé d’assurer cette charge. Je me suis donc occupé de toutes les célébrations hebdomadaires, fêtes Vincentiennes, fêtes de la Vierge. Ce n’est pas une Eglise paroissiale, c’est l’Eglise de la Médaille Miraculeuse et les nombreux fidèles (Latins, Maronites, Grecs Catholiques, Coptes Catholiques ou Orthodoxes, tous les rites qui l’ont fréquentée m’ont donné l’occasion de faire de la proclamation  de l’Evangile le premier et le plus grand  acte d’amour envers le prochain. Etre chrétien c’est aimer le prochain, mais aussi aimer le prochain c’est lui annoncer l’Evangile… Mais sur ce point les vaillants missionnaires de Toulouse peuvent me donner des leçons magistrales.

 

Quand l’heure est venue de passer les commandes à un autre, le Père Antoine Nakad, Visiteur m’a envoyé la Patente parfumée à l’encens d’Orient « Comme je vous remercie d’avoir, des années durant et en période difficile, eu à assurer l’office de Supérieur de notre Maison de Sabaâ Banat d’Alexandrie. Vous ferez, dès l’installation de votre successeur, début Juillet prochain 2008, partie de La Communauté de Miami et résiderez  en tant qu’aumônier dans la vicente sanvicente014maison des Filles de la Charité de TITO PACHA… Trouver sa place et la bonne place c’est une grâce du Ciel.

MIAMI, banlieue d’Alexandrie, a été choisie par le Père Ghattas en 1967. Au départ, maison de Campagne, lieu de Colonies de vacance pour les jeunes de la Haute-Egypte ; de plus on fera la mission auprès des travailleurs chrétiens venus s’établir dans cette zone.

La petite maisonnette de campagne ne présentait pas un avenir assuré ; il fallait continuer, mais autrement. Avec une certaine audace, je bénissais  en 1975 la Première pierre d’une bâtisse qui servirait d’Eglise Paroissiale et d’Ecole.


Aujourd’hui la Communauté des Pères Lazaristes est au service :

1° d’une collectivité scolaire comptant 1200 élèves  - 130 professeurs et employés - 600 familles.

2°  La Paroisse de la Médaille Miraculeuse  - 300 familles

3° des maisons de Filles de la Charité, et des Sœurs de La Croix, Aboukir et Notre Dame des Apôtres.

4° des Scouts et Guides de l’Ecole St Vincent Miami.

5° Des activités paroissiales

LE PERE MEDTHAT GARRAS mène adroitement le gouvernail.

 

J’assure donc l’Aumônerie des Sœurs reposantes à Tito Pacha. Le Sabaa-Banat--eglise-des-Lazaristes-.jpgplus clair de mon temps se passe en petites choses. Quand on entre dans sa 86ème année, il est inutile de voir grand. Puisque la santé est bonne je rends grâce à Dieu de tenir loin des Docteurs.

Le Cadre magnifique faisant penser au Paradis Terrestre favorise ce bon état de santé. Le devant de ma porte est rempli de fleurs, l’herbe verte, le gazon, les arbres dont le flamboyant, les oiseaux qui chantent dès le lever du Soleil me donnent une certaine idée de ma montagne d’Auvergne… L’étonnante épopée qui débute au Liban continue dans la plaine d’Egypte.

 

59 ans de Sacerdoce. Qu’y a-t-il  de commun entre ce 28 Février 53 et aujourd’hui ; 5 janvier 2012. Sinon que l’histoire a continué avec une accélération qui surprend. En Egypte il n’est question que de faire le passage » la Pâque », non plus celui de la Mer Rouge, vers une démocratie que doit dénicher le «  Printemps  Arabe. » Avec beaucoup d’optimisme peut-on imaginer des « étés florissants» ?

 

Je vous souhaite une bonne année 2012, pleine d’amitié et de dialogue.

A tous une bonne santé. Que le Seigneur soit votre force, votre joie, votre amour.

 

Adessiatz, cher Père !