En attendant Dimanche: Homélie du 16 février - " Si tu le veux..."

Publié le par Patrice Sabater

Si tu le veux ...

 

1157706_400496406719115_498726264_n.jpgLes textes de ce dimanche nous invitent à la table de la Sagesse de Dieu.

Sagesse de Dieu qui n’est certes pas la sagesse des hommes si empreinte de subjectivité, de montée de nos mémoires pas ou peu encore transcendées et apaisées. Une sagesse grande qui ne blesse pas, qui conduit l’homme sans lui imposer le chemin qu’il doit prendre.

Le texte de Ben Sirac le Sage pourrait nous donner l’impression que la qualité même de Dieu est d’être un « surveilleur », un inquisiteur, voire un espion. Il est prêt à bondir pour punir celui qui aurait fait un faux pas. Le texte nous dit « qu’Il est tout-puissant et (qu’Il) voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent. Il connaît toutes les actions des hommes ». Il sait tout, et rien de ce que nous disons, pensons ou faisons ne lui échappe. L’homme est donc bien pris dans les filets divins !

Mais voilà que cette liberté, cette possibilité de choisir entre « la vie » et « la mort » nous ouvre un chemin nouveau : la possibilité « si tu le veux » d’être différent. En choisissant la Vie, tu choisis la Rédemption, le Salut, de suivre Jésus-Christ dans la foi et l’abandon. Oui, Seigneur, « si tu le veux » je serai guéri. Je jetterai les filets et j’irai au large « si tu le veux » et je prendrai la mer au large même si elle me bouscule. Ceci, chers amis, c’est ce que l’on nomme la Foi. Ce n’est pas simplement une invitation quelconque mais une inclinaison qui transcende tout notre être, notre activité, nos1462865_699228346754873_2143498378_n.jpg décisions, nos désirs les plus secrets. Nous allons marcher « si nous le voulons » avec le Seigneur.

La marche a tout de même une exigence, celle d’accepter non pas de suivre le Christ dans 613 commandements fixés par la Loi juive, mais de faire nôtres, en toute chose, les Dix Paroles de Vie données par Yahvé sur le Mont Sinaï. Ainsi, nous pourrons choisir en toute liberté la cadence, les pas, le mouvement que nous ferons dans cette marche intérieure tout d’abord, et ensuite à la suite du Christ dans cette marche que nous faisons en compagnie de l’humanité : des Frères et des Sœurs. Il me sera sans doute difficile de réfléchir encore, et de présenter au Seigneur, cette réflexion en regardant comment j’ai pu avancer ; comment mon compagnonnage sur le Chemin de la Vie a été possible avec d’autres qui ne partageaient pas toujours mes aspirations et mes idées ; comment en famille ce chemin a pu être réalisé avec mon épouse ou mon époux, mes enfants, les autres membres du clan familial. Cela est vrai aussi de nos communautés religieuses ou paroissiales. Comment acceptons-nous de marcher avec l’Autre, à son rythme, à son pas en respectant l’altérité et ses silences, en n’étouffant pas la personne, mais en la laissant libre autant que cela se peut ? C’est en quelque sorte un compagnonnage exigeant, délicat mais ouvrant à une liberté « si je le veux » et « si je veux respecter les commandements en y étant fidèle ». Les commandements de Dieu, et ceux de l’Eglise, ne sont pas là pour m’asservir mais pour donner du poids. Prenons un exemple à partir d’une réflexion donnée par André Chouraqui au moment où il traduisait sa Bible de façon littérale à partir de l’hébreu. Au sujet de l’amour dû aux parents, il traduit « tu respecteras »/ « tu honoreras » par « avoir du poids ».  En effet, quel est l’acte d’amour que nous pouvons avoir envers notre père et notre mère ? Comment allons-nous le manifester ? Eh bien ! Si mon père et ma mère sont importants pour moi, ils pèseront sur le plateau de la balance et rien ne pourra remplacer ce regard d’amour. Ils ont du poids, cela aura du sens dans ma vie et une profondeur. On n’en est pas au stade d’un respect extérieur, d’un honneur à donner qui ne convoque en moi aucune réalité intérieure, sinon la reconnaissance à ceux qui m’ont donné la vie. Ce que l’on dit ici des parents, nous pourrions le dire également pour nos enfants..., et pour Dieu !!! Est-ce que Dieu « a du poids » pour moi ? Nous le voyons bien, il ne s’agit pas ici de la Sagesse seule pour la sagesse, du respect ou de l’honneur à avoir, mais d’une liberté à conquérir ou, mieux dit encore, d’une volonté qui ne saurait faire fi de ma liberté comme seul chemin de conversion et de véritable amour pour Dieu et pour les autres que je croise sur le chemin.

Nous avons tant de chemins à parcourir ensemble avec le Christ sur la terre de Galilée et de Judée, sur le chemin d’Emmaüs que nous finirons bien par nous croiser un jour ou l’autre !!! Bon dimanche.

 

Père Patrice Sabater Pardo

Barcelona, le 14 février 2014