En attendant dimanche... Homélie pour la Fête du Baptême du Seigneur

Publié le par Patrice Sabater

Faire grandir la Grâce      

196786 316249878493115 981323461 nLe Temps de Noël se termine. Nous sommes passés en une semaine de la venue et de l’accueil d’un bébé au baptême d’un adulte.  Ce n’est pas le temps chronologique ni la suite ordonnée des événements qui nous intéressent mais bien la portée symbolique, théologique et spirituelle.

Un homme crie dans le désert pour qui veut l’entendre, qu’il nous faut nous convertir. Que cette conversion changera notre vie en bien, et que le péché par le moyen du baptême sera pardonné. Le péché des premiers jours, des premières de la Création qui vient nous assaillir. Il nous tient si fort en nous qu’il en est presque devenu une partie intime de notre être. Le Péché des Origines, des débuts. Jésus, qui est venu naître dans notre monde partage avec nous l’humanité. Il en est même le premier  de cordée, et même s’il est semblable à nous et sans péché, il lui faut recevoir des mains de Jean-Baptiste ce baptême. Jésus partage notre humanité, et nous nous entrons dans la dynamique, dans le mouvement de Dieu. Nous partageons, nous prenons part à la divinité et la majesté du Christ dans le don du Père dans l’Esprit. Avec le Christ, par le Christ et en Christ nous devenons Fils et Filles de Dieu. Sans ce baptême nous resterions à la porte de « l’évènement Jésus »... Il n’est pas venu enfant dans une crèche pour y être adoré ou adulé ! Le plan de Dieu va au-delà de Bethléem, et en même temps il est pleinement dans ce lieu, par ce mode de présence physique et bien concret. C’est déjà le Mystère Pascal, mystère de la rédemption qui est annoncé.

Un homme crie dans le désert pour que nous entendions plus que par nos oreilles, plus que par notre intelligence ce que Dieu veut réaliser en nous, ce qu’il veut nous dire. La conversion n’est pas ce phénomène extérieur à nous-même qui nous convoque un jour et nous « obligerait » à ch1530502_682620995116727_493456450_n.jpganger d’attitude(s) dans la vie. Ce n’est pas non plus ce moment où nous décidons, comme pour la cigarette ou le régime, que nous arrêtons demain et qu’à partir de ce moment nous avons compris et que nous changeons notre mode d’être. Ce temps est la partie beaucoup plus intime à nous-même, plus consubstantielle, qui nous fait nous regarder de l’intérieur sous la motion de l’Esprit. A la période du Kippour, et au jour du Yom Kippour, les Juifs « rentrent en eux-mêmes ». Ils introspectent, en quelque sorte vérifiant la distance qui les séparent de la volonté de Dieu avec leur vie. Les musulmans, sur mont Arafat non loin de La Mecque, font sensiblement la même chose en terminant le Hajj. Autrement dit, le juif qui se sent concerné par ce que Dieu lui dit au creux de son oreille, comprend bien qu’il est important de poser un acte fondateur : la conversion.  On appellera cet acte : le Retour ou Techouva. La Techouva est un retour sur soi-même, comme un gant. Ce n’est pas seulement le Retour comme dans la Parabole du Fils Prodigue ou du Père riche en miséricorde, mais bien un « déménagement », une remise en forme ou une re-fondation de ce que nous avons de plus cher. Aussi, quand des personnes me disent je me suis converti, parfois j’aurais envie de leur dire, comme ils pourraient le faire pour moi aussi, qu’ils ont encore du chemin à faire... Je le pense en tant que prêtre, je le reconnais comme un frère, et je le partage comme un pécheur en chemin. Oui, j’ai reçu le baptême mais suis encore (malheureusH6Eement) pécheur qui cherche à se corriger, à prendre au sérieux l’Evangile du Christ. Je suis, dans la mesure où j’accepte cette condition et cette marche, un pécheur aimé de Dieu et pardonné par Lui. Il y a, malgré tout, toujours quelque chose en moi qui me tire en arrière, qui m’empêche de « faire techouva ». Alors, il faudra encore que quelqu’un, des prophètes, des témoins de l’Evangile laïcs ou prêtres, religieuses ou missionnaires pour me tirer vers l’avant, vers Dieu qui m’attend où je suis, toujours à la prochaine étape à condition de prendre sérieusement part à la marche... Dieu est comme cela. Il attend. Il patiente. Il ne nous perd jamais de vue.

Au terme de cette méditation je vous invite à prier pour le prêtre ou le diacre, même s’il y a longtemps, qui vous a baptisé. Je vous invite à le faire comme une action de grâces le remettant lui-même entre les mains du Seigneur, surtout s’il n’est plus avec nous sur cette Terre.

Au terme de cette réflexion, je vous invite à prier pour nos communautés paroissiales et religieuses pour qu’elles soient vraiment les témoins du Christ né à Bethléem, baptisé dans le Jourdain par Jean le Baptiste, en ministère « public » là où il a rencontré le cœur de l’Homme, et mort et ressuscité à Jérusalem. Des témoins qui accueillent la Parole de Dieu et qui savent la transmettre sans faire écran, sans condition. Des témoins qui essayent d’être des chrétiens fraternels, ouvert à l’étranger et aux pauvres, aux personnes différentes de moi...

Enfin, des Frères dans la foi qui accueillent le bruit d’autres frères dans le monde qui crient, qui pleurent, qui ont faim : en Asie, en Am397506 321928507924321 847752290 nérique Latine, en Afrique..., au Proche-Orient. Merci à tous ceux qui sont réellement touchés par ces appels individuels ou appels des Eglises locales ou sœurs. Merci à tous ceux qui, touchés aux tripes décident d’essayer d’aider à la mesure de leurs moyens (financiers, temps, partage, présence, prière personnelle ou communautaire...). Ces chrétiens, ces milliers et  centaines de milliers de chrétiens, d’hommes et de femmes de toute condition n’auront pas assez de larmes et de moyens pour nous faire prendre conscience que Fils d’un même Père, frère d’un même Christ nous sommes appelés à grandir ensemble. Ne nous cachons pas toujours derrière quelque chose, car en vérité nous savons que nous nous mentons à nous-même. Chacun, dans la réalité de sa vie même âgée et même malade peut faire quelque chose concrètement pour les autres. C’est ça l’Evangile ! C’est cela être chrétien ! C’est cela se convertir... Faire grandir les charismes reçus. Accueillir la Grâce qui vient...

 

Puisse Jean le Baptiste ne pas crier dans le désert pour rien !

Marchons à la suite du Christ baptisés dans la lumière qu’Il nous donne.

Bon dimanche à chacun de vous.

 

Votre frère,

Patrice S., prêtre.

 

Montpellier, le 6 janvier 2013

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