En attendant Noël: Le Temps de l’absence - Temps de l’Attente patiente...

Publié le par Patrice Sabater

Le Temps de l’absence

Temps de l’Attente patiente...

 

424899_431901456864896_1485648354_n.jpgAttendre quelqu’un qui vient. Attendre en vain quelqu’un qui ne vient pas ou qui ne viendra plus... Cela nous est arrivé si souvent. On se dit bien que la prochaine fois on ne m’y reprendra plus. C’est décidé et définitif. Je ne courrai plus derrière quelque qu’un ni derrière le temps, c’est le temps qui courra derrière moi ! Oh, nous sommes si fiers de cette phrase qui sonne comme une sentence dont nous avons le secret. Elle claque au vent sans appel. C’est une idée têtue qui s’accroche et s’enracine comme certaines des convictions les plus assises. L’idée du Temps qui passe et qui a organisé la pensée de tant de penseurs, de philosophes et de poètes ; mais aucun d’eux n’a véritablement réussi à l’appréhender, à le saisir, à le détourner de sa route. C’est sans doute, le Proche-Orient qui m’a le plus appris sur cette impossibilité de se penser en dehors du Temps, de la destinée, de la possibilité d’être au monde avec cette sagesse populaire non écrite, imperceptible si souvent et si délicatement présente dans le cœur de chaque oriental. Un quelque chose qui m’échappe, une derrière fragrance de roses de Damas, une pointe de cannelle dans mon verre... rien que ces odeurs, ces épices, cette attente qui se prolonge chez toi, chez moi... là-bas et ici. Nous attendons. Nous passons notre vie à attendre. Nous attendons tour à tour qu’un enfant naisse dans notre famille et qu’il grandisse jusqu’au jour où nous le verrons pour de vrai. Nous nous ferons du souci parce qu’il ne rentre pas ou parce qu’il rentre tard, et nous recommencerons quand nous serons mariés à atte35905 338193009616710 845255566 nndre notre bien-aimé(e). Nous attendons de devenir des Grands, des adultes. Et, que de choses encore nous aurons attendues durant cette vie ; même la mort est en attente... Celle-là, tout de même, nous la renvoyons indéfiniment à demain.

Nous ne sommes pourtant pas les seuls à attendre sur les chemins de la vie. Il y a tous ceux « qui marchaient dans les ténèbres, dans « la longue nuit des Origines ». Tous ceux qui ont été créés, qui ont participé à la Nature, à l’Histoire des Temps qui courent. Nous faisons partie de cette multitude, et cette attente n’est pas finie. Pourtant, au fil de l’Histoire le cœur de l’Homme a cent fois été visité. Il a mille fois tourné son regard vers un ailleurs qu’il n’a pas su toujours dire ou qualifier. « Un je ne sais quoi », « quelque chose d’indéfinissable ». Ce Temps nous a été donné, offert, par pure grâce pour réaliser les promesses que Dieu avait faites à l’humanité. L’homme ne lui a cependant pas toujours été « reconnaissant »... Dieu en a l’habitude. C’est lui qui nous a faits. Il nous connaît « sur le bout de chacun de nos doigts ». Notre vie s’effeuille au gré des murmures, des récriminations, des reproches. Nous trouvons ce Temps trop ceci ou trop cela, parfois trop long ou trop court. Bref, jamais contents !!! Si nous nous mettions, pour une fois, du côté de Dieu, que pensez-vous qu’il dirait ? Que pensez-vous qu’il penserait de nous ? Mais, voilà, Dieu ne pense rien de nous. Il ne nous juge même pas. Lui, aussi, Il attend. Il attend patiemment quelque chose qui 424911_432540670134308_1722638892_n.jpgviendrait du cœur de l’Homme. Il le provoque au don, au pardon, à la générosité, à un voyage tout intérieur, une quête absolue. Dieu a toujours pressenti, Il a toujours su au fond de son Etre que nous étions incapables de nous tenir à un « oui définitif », à ce voyage à l’intérieur de nous-mêmes. Pour autant, il n’a rien sacrifié de Lui. Au contraire, il a donné, une terre, de l’eau, des paysages, d’autres Frères et Sœurs. Il a même donné son Seul et Unique Fils pour la rédemption du Monde. Il nous le donne dans une mangeoire de Judée, à l'écart, en silence, au milieu des Pauvres, des bergers. C’est dire !!! Et quand Il se donne, Il le fait dans « le silence d’une brise légère », dans un murmure, dans le dénuement extrême. Il se donne par la parole des Hommes avec leurs qualités et surtout leurs défauts. Il se donne dans le cri des Pauvres et dans la joie du don. Il se donne jusqu’aux limites du possible encore et encore. Il se vide de Lui-même. Et l’Homme le cherche, comme Zachée ou le Jeune-Homme riche. Il le trouve au bord de l’eau, sur une montagne ou dans un bourg, à l’écart, le jour et surtout les nuits, auprès d’un malade ou d’un pauvre, d’une femme ou d’un enfant. Dieu nous cherche. Oui, oui. Il nous cherche. Il nous re-cherche..., et nous fuyons ! Nous le verrons encore sur les routes des Hommes au détour des chemins du Portugal, de Grèce, du Liban, de Syrie, de Terre Sainte ou d’Espagne. Il marchera à nos côtés. Il viendra à nous simplement pour se1393105_685666091458327_1897868761_n.jpg révéler comme en proximité de Balaam. Il entrera à Jérusalem sur un tout jeune âne ; et combien de fois dans sa vie, il aura été accompagné par cette noble monture ! Avant même de venir auprès du Temple, il reçut les premières secousses d’un long voyage à Nazareth quand Marie, sa mère, visita sa cousine Elisabeth.

Avec ses parents, avant sa naissance, il alla en Judée, et c’est à Bethléem après un long voyage qu’il vint au Monde. Le Pauvre d’Assise a voulu immortaliser cette scène de l’Incarnation dans la nuit pénétrante et claire de Greccio ; et depuis, cet âne accompagne nos crèches autour du monde. Mais il faudra encore partir parce que, dans le Temps des Hommes, il y a la violence, le mépris, la jalousie, la soif de pouvoir, la volonté de faire couler le sang. Hier, Pharaon et aujourd’hui Hérode. Il y a deux mille ans, et aujourd’hui encore en Afrique, en Asie, au Proche-Orient... La main de l’Homme est si lourde..., surtout quand il s’agit de « faire au nom de Dieu ». De Dieu ? De quel Dieu ? De quelle image de Dieu ? Enfant-Jésus de la Crèche si durement éprouvé à sa naissance, à chaque naissance d’Homme, à chaque fois qu’un homme souffre, qu’il crie, qu’une femme est battue, qu’un enfant est blessé, qu’un homme est tué ou privé de liberté. Attente de l’Homme, mais tout compte fait, pour faire quoi ? Pour rencontrer qui ? Nous avons la possibilité durant cette attente de l’Avent de faire monter en nous, au plus profond de nous la lumière de notre vie, la grâce que Dieu nous a donnée. Nous pouvons nous donner sans compter, commencer à réécrire avec courage, foi et espérance les traits de notre devenir. C’est facile ? Non, pas du tout !!! Depuis la Nuit des Temps, le198152_10151369227035695_1314586823_n.jpg Seigneur veille sur sa Création qui gémit. Depuis la Nuit des Temps, il nous dit qu’Il nous aime mais cette bonne et grande nouvelle, nous ne l’entendons pas. Elle est au creux de notre cœur, un peu au creux de nos mains pour réchauffer toutes celles que nous saurons prendre, accueillir, encourager ici ou ailleurs. Attention ! Pas de faux compromis, de phrases creuses, de volontés diffuses, de générosités pipées. Nous avons mieux que cela. Dieu nous le redira délicatement, patiemment durant ces jours et ces nuits. Monte à Bethléem et donne-toi simplement avec le meilleur de toi-même.

C’est aujourd’hui le Temps favorable !!!

 

 Père Patrice Sabater Pardo, cm

 Barcelona, 29 novembre 2013