En attendant Noël: Quatrième Dimanche du Temps de l’Avent

Publié le par Patrice Sabater

El Mel i Mató

 

 12693_531209100300699_428049746_n.jpgNous sommes aux portes de Noël. Nous voilà arrivés au Quatrième Dimanche de l’Avent. Déjà depuis quelques jours, la liturgie s’est elle-même transformée au rythme des Préfaces, des oraisons mais aussi des Antiennes en « Ô » dans la Prière du temps Présent (Bréviaire). C’est tout notre être qui est tourné vers Bethléem, toute notre espérance, notre désir de monter nous-aussi à la Montagne du Seigneur (Ps 23) pour bénéficier de ses bénédictions. Le Chemin pour Bethléem passe tout d’abord par le Oui de Marie et l’acquiescement de Joseph le Juste, l’Epoux tendre et fidèle dont le Pape François a demandé que, désormais, il soit associé à la Vierge Marie dans la Prière Eucharistique. Le Chemin de Bethléem passe par le Oui de Joseph. On s’attarde si souvent sur Marie qu’on en oublie presque son Epoux. Joseph, Fils de David, est bon et délicat, plein de charité, courageux au travail. La Tradition l’a montré bien des fois âgé, à l’écart, prostré et silencieux ou en plein travail à son établi. Là encore, comme sur des tympans de chapiteaux, des vitraux ou des tableaux, on le montre à l’instar des Mages dormant. Un ange s’approche de lui et vient apaiser son cœur. Il en a bien besoin Joseph pour affronter le regard de ses beaux-parents, des gens de Nazareth, des autorités religieuses..., et de Marie. Elle ne dit rien. Elle dort. Elle ne sait pas exactement où tout cela va la mener mais dans son for intérieur1455079_10151972861238724_377179593_n.jpg elle pressent que tout se fera selon la volonté du Seigneur, et donc que ce ne peut être qu’heureux !!! Il en faut de la force intérieure et un cœur qui cherche à faire la volonté du Seigneur pour partir en Judée avec pour tout bagage un baluchon flanqué sur un âne, et Marie déjà au ventre si arrondi. Oui, il faut de l’Amour et de la délicatesse... Le Créateur veille sur l’équipage parce que le Monde, qui ne le sait pas encore, va accoucher d’un petit être de chair, un Prince de la paix, « un dieu avec nous » sans gloire apparente.  Les Evangiles de l’Enfance sont faits de douceur non pas pour nous endormir ou nous anesthésier. Il nous provoque au Bien et au Bon. Il dit quelque chose de Dieu qui ne pouvait se manifester que « dans la légèreté d’une brise », dans un silence à peine habité par le souffle de la Vie, par l’Esprit Créateur qui est don, majesté et puissance dans la simplicité et la tendresse d’un dieu qui n’est qu’Amour.

Les Bergers d’Israël, dans la clarté de la nuit, discutent entre eux de leur travail pastoral, des temps difficiles et singuliers à vivre sous l’occupation des Romains. Rien ne va ! Rien n’a jamais été pour eux ! Ce sont des Pauvres « effectifs » et « affectifs », des Pauvres de cœur, mais si riches par le cœur. Il n’y a pas meilleurs en Palestine. La Tradition hispanique, et surtout catalane, propose des chants pleins de cette douceur ineffable que chantent les Bergers des Champs de Bethléem. Ils écoutent les anges de Pastorets-4.jpgDieu annoncer la Bonne Nouvelle qui doit venir à eux, d’abord et au Monde ensuite. Ils marchent joyeusement et ils chantent. Ils préparent la venue où l’Etoile les conduira. Et voilà ce que les chants nous disent : « Que donnerons-nous à la mère de l’enfant ? Que lui donnerons-nous qui soit quelque chose de bon ? Des raisins et des figues, des noix et des olives vertes et du Mel i Mató (du fromage Blanc à la louche, spécialité catalane). Que donnerons-nous au petit fils de Marie ? Que donnerons-nous au bel enfant ? »[1] Et dans un autre chant encore : « Nous allons à Bethléem. Veux-tu venir Berger ? Je veux prendre le petit déjeuner. A Bethléem nous déjeunerons et nous adorerons Jésus. Il y a beaucoup de neige sur le chemin mais la chaleur la fera fondre. Approche-toi. Fais du feu ! Tu sais peut-être que  cette nuit un Dieu infini est né ! Qui te l’a dit, l’autre lui répond. Un ange qui était en train de voler est en train de l’annoncer au monde entier. On lui portera des petits biscuits très fins, et des « tourrons », et si tu ne veux pas alors on lui portera des saucisses et un pichet de vin... " [2]. Ah, oui ! J’imagine que, si l’on donne du Mel i Mato avec du Miel à cet Enfant-Roi, c’est que ce doit être bon. Ils ont très peu, et pourtant ils pensent à toute chose, au nécessaire pour la Mère (la Mare), le Petit Jésus (Jesuset, l'hermós infantó), et pour le Père (Sant Josep). Chacun aura droit à quelque chose, car il fait si froid dehors, mais voilà que le cœur de ces Bergers est prêt à accueillir ce Nouveau-Né, le Sauveur, Dieu-fait-chair !!!

Et nous, sommes-nous prêts à accueillir, comme cette semaine le Pape pour son anniversaire au Vatican, des Pauvres à notre Table ? Dans nos Communautés paroissiales, religieuses, nos familles, aura-t-il une place pour le plus pauvre du quartier, « laisserons-nous une place à l’étranger ? ». Monsieur Vincent dit à Monsieur Portail (premier Lazariste)d’aller voir « son » Pauvre. Cette nuit si spéciale, si à part des autres nuits où l’incroyable nous est donné à croire, il y aura des gens dehors dans le dénuement, dans la solitude d’un lit d’hôpital, dans l’angoisse d’une vie à naître, d’un pain qui ne sera pas donné demain à son enfant. Il y a ces hommes et ces femmes de la nuit de la Communauté de Sant Egidio à la Paroisse Sant Just de Barcelone quiPastorets-de-Manresa.JPG serviront les Pauvres, et ceux de Paris au Cirque d’Hiver ou sur une Péniche, ceux de la Barceloneta de Barcelone, du Samu Social..., et d’autres lieux. Et puis, chers Frères et Sœurs, ne l’oublions pas, il y a ceux de Syrie en guerre et des pays environnants qui ploient sous le fardeau. 16 millions de réfugiés !!! Ecoutons la prière de l’Archevêque maronite de Damas, Mgr Samir Nassar : « La Syrie en ce Noël ressemble le mieux à une crèche : étable ouverte sans porte, froide, démunie et si pauvre… L’Enfant Jésus ne manque pas de compagnons en Syrie… 
Des milliers d’enfants qui ont perdu leurs maisons vivent sous des tentes aussi pauvres que la Crèche de Bethléem… Jésus n’est plus seul dans sa misère. L’enfance syrienne abandonnée et marquée par les scènes de violences souhaite même être à la place de Jésus qui a toujours ses parents qui l’entourent et le chérissent… Ce sentiment d’amertume est bien visible dans les yeux des enfants syriens, leurs larmes et leur silence… Certains envient l’Enfant divin parce qu’il a trouvé cette étable pour naitre et s’abriter alors que certains de ces malheureux enfants syriens sont nés sous les bombes ou sur la route de l’exode. Marie dans ses difficultés n’est plus seule ;des malheureuses mamans moins chanceuses qui vivent dans l’extrême pauvreté et assument les responsabilités familiales seules sans leurs maris… La
1452187_625185937522629_570978715_n.jpg précarité de la crèche de Bethléem apporte une consolation à ces pauvres mamans écrasées par des problèmes insolubles et le désespoir. La présence rassurante de Joseph auprès de la Sainte Famille est source de jalousiepour ces milliers de familles privées de papa, privation qui nourrit la peur, l’angoisse et l’inquiétude. Nos chômeurs envient Joseph menuisier qui épargne à sa famille le besoin. Les bergers et leurs troupeaux voisinant la crèche, parlent beaucoup aux nombreux éleveurs syriens qui ont perdu 70% de leur cheptel dans cette guerre.
 La vie nomade sur cette terre biblique qui remonte à Abraham et bien avant, disparaît brutalement avec ses vieilles coutumes d’hospitalité et sa culture traditionnelle.

Les chiens de ces bergers de Noël compatissent sur le sort des animaux domestiques en Syrie, ravagés par la violence meurtrière, ils errent dans les ruines et se nourrissent de cadavres. Le bruit infernal de la guerre étouffe le Gloria des anges... Cette symphonie de Noël pour la paix, cède devant la haine, la division, et l’atrocité cruelle…

Puissent les Trois Mages apporter à la Crèche de Syrie les plus précieux cadeaux de Noël: Paix, Pardon et réconciliation; afin que brille à nouveau l’ÉTOILE DE NOËL dans nos sombres nuits. SEIGNEUR EXAUCE-NOUS ».Mato.jpg

Chers Frères et Sœurs en cet Enfant de Bethléem, ne nous imaginons pas que le Dieu le Père « aurait inventé Noël » en plein hiver pour qu’il y ait du repos, de la magie, des cadeaux, de la fête dans nos sociétés repues de tout. Dieu ne nous donne pas ce temps pour dépenser mais pour accueillir et nous donner, pour adorer et aimer, pour être regardé par Dieu et être aimé de Lui. Il nous apporte la Paix et ce dont nous avons le plus besoin.

Avec un peu de Mel i Mató pour la route, pour notre cœur, et surtout pour Jésus l’Ami des Petits et des Pauvres, montons à la Montagne du Seigneur, entrons dans la danse, et que ce jour béni de Dieu soit pour nous le début d’une danse sans fin. Et déjà chantons : « Gloria in excelsis Deo » !!! Rendez-vous de Bethléem en Judée. Ne nous trompons pas de chemin...

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Barcelona (Espagne),

le 20 décembre 2013 – Quatrième Dimanche du Temps de l’Avent


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[1] "Què li darem en el noi de la mare? Què li darem que li sàpiga bo? Panses i figues i nous i

olives, panses i figues i mel i mató. Què li darem al fillet de Maria? Què li darem a l'hermós infantó".

[2] "A Betlem me'n vull anar. Vols venir tu rabadà? Vull esmorzar! A Betlem esmorzarem, i a Jesús adorarem.Massa neu hi ha! La neu que pel camí hi ha, la calor ja la fondrà. Aixeca't, hissa, fes foc.
Aixeca't, hissa, fes foc. Sabràs com aquesta nit, és nat un Déu infinit. - Qui t'ho ha dit?
Un àngel que va volant, pel món ho va predicant. (…) la samarra portaràs, de neules l'ompliràs. Si de neules no en vols, l'ompliràs de bons torrons... portarà la botifarra, portarà un porró de vi…”