Liban: Une page méconnue du Collège saint Joseph d’Antoura :

Publié le par Patrice Sabater

l’Orphelinat arménien

Chaque année la commaunauté arménienne du Liban se retrouve au Collège Saint Joseph d'Antoura pour y célébrer, non seulement, les térribles événements touchant au généocide mais aussi au souvenir des enfants orphelins qui se trouvaient au Collège d'Antoura durant cette période troublée. Le Père Charbel el Khoury, cm accueilla la Délégation arménienne et le Maire de Antoura au nom du Supérieur. C'est Mgr Georges Yéghéyian, du Patriarcat catholique arménien, qui présida cette eucharistie et cette journée. Il était, pour l'occasion, entouré de plusieurs évêques dont l'évêque maronite du Vicariat de Sarba; Mgr Paul Rouhana. Parmi le
 

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Un autre problème se posait au Collège même d'Antoura. Pendant que M. Sarloutte était au front, en France puis à Arouad, Antoura connut une étrange situation. Il était dit que cet établissement Lazariste servirait dans les moments difficiles, d'asile aux persécutés. Après les événements de 1840, 1845, 1860, ce fut en 1915, le tour des arméniens.

Après avoir décrété la fermeture du collège, le commandant en chef de la 4ème armée, Jamal Pacha, surnommé al Saffah, le bourreau, y logea huit cents orphelins pour la plupart des arméniens sous la direction de Loutfy et de Rachid beys, secondés, pour les études par Khalida Hanoum qui sera plus tard ministre dans le gouvernement kémaliste. Une école élémentaire qui y fut installée, apprenait aux élèves islamisés à parler et à écrire le turc. Quarante personnes: enseignants et membres de l'administration s'en occupèrent. Pour les enfants de 10 ans et au-delà, on tâcha de leur apprendre des métiers. Ainsi, il en sortit des couturiers et couturières, des cordonniers, des menuisiers etc ... Pour égayer l'atmosphère, on faisait jouer par les élèves des pièces turques, au théâtre du Collège. De temps en temps, quand un grand visiteur venait, on utilisait la fanfare du collège que le Père Saliège avait installée à la maison. Jamal Pacha venait souvent au Collège superviser le déroulement de DSC08617l'orphelinat. Grâce à l'ascendant qu'avait sur lui Khalida Hanoum, la maison ne manqua de rien. A ces futurs turcs présumés, le commandant apporta tout ce qu'il fallait : des vivres, et des habits en quantité suffisante. Un service de santé y fut établi. L'eau ordinaire du Collège ne suffisant pas à ces nouveaux locataires deux fois plus nombreux, Jamal Pacha la fit venir du Couvent de Hrache, tout près du collège. Mais comme l'eau était à un niveau plus bas, on utilisa le système dit du bélier hydraulique.

Pendant ce temps, les forces turques procédèrent au saccage de la maison. La bibliothèque en particulier, fut pillée. Dix-huit mille volumes et manuscrits furent acheminés à Berlin et à Istamboul. Heureusement, avant leur départ d'Antoura, les Messieurs de nationalité Turque du Collège, purent mettre à l'abri une partie des documents à Ballouné ou à Beyrouth. C'est ce qui permet, aujourd'hui, de pouvoir les consulter pour un travail de recherche. Le récit de ce pillage est relaté par M. Sarloutte et rapporté par Myriam Harry :

Dix-huit mille volumes pillés pendant la guerre et parmi nos livres scolaires, beaucoup d'ouvrages introuvables, aujourd'hui, sur l'Orient et la Syrie. Djemal Pacha et Limans von Sander se sont partagé ce butin. Ils obéissaient au mot d'ordre de l'empereur Guillaume, imitant Alexandre-le-Grand et les Ptolémées : des œuvres d'art, des antiquités, des livres! Le précieux allait à Berlin; le reste à Stamboul.i"

Il va de soi que la destination des différentes parties du collège, changea au gré des besoins de l'heure. C'est ainsi que la chapelle Saint- . Joseph des Pères Jésuites fut convertie en dépense, que la grande chapelle elle-même devint une infirmerie. Et du haut de la tour du Collège, le Muezzin appelait à la prière.

L'Orphelinat fonctionna normalement jusqu'au début de 1918, quand la Turquie commença à sentir qu'elle allait perdre la guerre. Ce fut le relâchement. Le départ de Loutfy et de Rachid Bey et l'installation d'un directeur faible à leur place, déclencha la débâcle. Les ravitaillements n'arrivaient qu'irrégulièrement, la discipline se relâchait et des rixes sanglantes entre les orphelins arméniens (plusDSC08621 nombreux) et les kurdes, éclatèrent. Elles pouvaient dégénérer, les arméniens ayant transformé les fourchettes en armes à deux ou une fourche pour les besoins de la cause. Pour éviter des drames, on expédia les kurdes à Damas. Mais la détresse de la maison augmenta. M. Sarloutte, de passage à Antoura, mesura la catastrophe à venir si l'on n'y remédiait. Il contacta le président Dodge (A.U.B.) qui s'occupa de ravitailler les orphelins arméniens qui resteront au collège jusqu'à l'automne 1919. Ils seront alors pris en charge par la Croix Rouge américaine. Entre temps, M. Sarloutte, rendit aux arméniens, leurs vrais noms et prénoms d'avant leur islamisation.

Quand les alliés arrivèrent à Beyrouth, Omar Daouk'" (Omar Daouk, ancien du Collège, sous M. Saliège. Une des plus belles figures de l'époque. (2)) avait été nommé par les turcs en instance de départ, gouverneur provisoire du Liban. C'est lui qui prit la relève des turcs pour l'orphelinat arménien, avant que la Croix Rouge ne s'en occupât.

M. Sarloutte, en visite à Antoura, préoccupé par la distribution des vivres d'une part, voyant son collège occupé de l'autre, comprit que l'année 1918-19 ne se ferait pas. Ce n'est que lorsque son rôle de pourvoyeur de vivres fut achevé, et que les orphelins eurent été évacués, qu'il fixa la rentrée pour novembre 1919.

Atterré par les vols et les dégâts, il intenta, pour la forme, un procès contre le gouvernement turc. Une enquête s'ensuivit, on prit la déposition de M. Sarloutte, de M. Trac, procureur du Collège, celles de Salim éfendi Joharji, fonctionnaire et de cheikh Salim Alwan Hobeiche, commerçant à Zouk. Une lettre adressée par le Moudir de Zouk au Cïmacam du Kesrouan, Aziz el Daher, confirma le saccage. Enfin, le caïmacam à son tour, envoya une note au gouvernement libanais sous le n" 439 dont voici le contenu: "l appert de l'enquête menée que tout ce que prétend le Supérieur d'Antoura est établi sur la vérité ". 1er décembre 1919.

Les vols et les dégâts furent estimés à 926.490 francs-or. Tout s' arrêta là !

Le Père Sarloutte n'était pas très enthousiaste lors de la réouverture du Collège. Il était même pessimiste. Malgré toute sa sagacité, il prévoyait une reprise lente et pénible. Mais quand il vit avec quelle rapidité le pays reprenait ses activités, 11 espoir lui revint; et, le moral plus fort que jamais, il vaqua à ses occupations de Supérieur.

 

La Difficile Rentrée de 1919

 

La rentrée de 1919-20 fut des plus modestes. Cela se comprend. Les parents d'élèves, appauvris par la guerre, avaient des soucis plus cuisants: assurer leur survie et celle de leurs enfants. L'âge des élèves était disproportionné avec les classes qu'ils occupaient. Certains, les plus nombreux, n'étaient pas à l'école depuis leur départ d'Antoura. Un élève de Cinquième par exemple, qui avait 37965 417841681851 2886397 nquitté le collège, à 13 ans rentrait en quatrième à 18 ans et ainsi de suite. D'ailleurs la classe la plus élevée cette année-là, était la quatrième, occupée par des élèves de 18 à 20 ans. Ce nombre réduit des élèves convenait mieux à la situation. Le Collège ayant besoin d'un réaménagement radical, on put y procéder plus librement ?' Cette année fut donc consacrée aux réparations et rénovation du matériel. Heureusement, que le gouvernement français aida amplement le collège à se remettre.

C'est peut-être l'occasion de parler d'une mode vestimentaire de l'époque: les professeurs et même les élèves des" Grands " portaient le tarbouche. Des photos l'attestent.

La réputation du Collège était si solide, la reprise du Liban était si ahurissante que l'année scolaire 1920-21, vit le nombre des élèves atteindre les deux cents; puis en 1921-22,280 élèves ;-l'année 1925- 26,380 élèves vinrent faire leurs études à Antoura.

 

 Source: Victor Hachem, "Une histoire du Liban" -  Antoura de 1657 à nos jours -

 

 

(3) Il n'y avait plus au Collège ni lits, ni pupitres, ni armoires, ni chaises, ni draps de lits, ni couverts ... tout fut transporté par camions, que les habitants de Zouk ont vu passer, sans pouvoir que les compter. Tous ces détails sont précisés dans les témoignages officiels dont nous avons parlé et qu'on peut lire dans les archives du collège.

 

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