Préparons Dimanche: Homélie du 9 juin 2013...

Publié le par Patrice Sabater

 

Elie-1.jpgAu Proche-Orient, il n’y a pas un lieu, un village, une région qui n’est sa statue de Saint Elie ! On le fête à grands renforts de pétards. Il pourfend l’ennemi... Dans une région en permanent mouvement de guerre et de violences... ça parle ! Il est certainement le prénom le plus répandu avant Georges, Charbel...

Le judaïsme lui confère une place à part dans la synagogue où l’on remarque qu’un siège est vide. Il s’y assiéra au moment de l’avènement messianique. On lui réserve aussi une place au moment du Shabbat pour le cas où il reviendrait annonçant ce Temps nouveau...

Qui est-il cet homme qui rend la vie au fils d’une veuve ? Nul ne sait très exactement d'où vient Elie. Rien n'est dit sur lui au 1er Livre des Rois. Il est considéré comme le prophète de la recherche de l'union à Dieu, la figure de l'expérience mystique, au point de devenir le Père du Carmel.

La vie contemplative s'est nourrie au fil des siècles de l'iconographie, de l'élan mystique qui s'y rattache, au point d'être le lieu d'écriture de Saint Jean de la Croix dans son "Cantique Spirituel". Attachant et inattendu, Elie vient aussi vite qu'il ne repart..., comme un éclair.

Le nom d'Elie est un nom théophore (Eliahou:"Yahvé est mon Dieu") celui-là même de Dieu. Elie, c'est l'homme de Dieu. Le fidèle du Seigneur, l'intime de Yahvé, le porteur, mieux encore: le divinisé, le déifié. Dans le nomElie-2.jpg même d'Elie, il y a déjà l'idéal de toute spiritualité chrétienne. L'appel à répondre à ce brûlant désir qui habite le plus profond du cœur de l'homme. Nul autre personnage biblique de l'Ancien Testament n'a vécu telle expérience miracles, théophanie, ascension... Moïse lui-même n'a pu entrer en Terre Promise. Il n'a pas eu la faveur de vivre comme Elie la gloire de l'Ascension ! Seul le Premier Livre des Rois en fait mémoire... Son expérience est située dans cet ensemble scripturaire vétéro-testamentaire qui en souligne la portée théologique (la rédaction des textes témoignent d'une réflexion a posteriori sur l'Histoire du Peuple d'Israël et des Rois).

L'expérience que fait Elie, chaque homme l'a faite (ou peut la faire) certainement une fois dans sa vie. Cette expérience typiquement humaine nous rejoint lorsqu'il nous semble que la vie apporte trop de soucis; nous démissionnons. Hommes de foi nous devrions porter haut l'espérance et braver les problèmes, porter les soucis devant Dieu, les dépasser, les transcender. C'est pourtant le contraire que nous faisons. Nous sommes souvent dans le désert à errer, à fuir, ou bien à dormir en attendant que les choses se passent; et elles ne passent pas toujours. Pourtant, dans cette péricope nous voyons que Dieu va toucher le cœur du prophète, et le transformer. Cette rencontre va permettre à Elie de vivre des déplacements intérieurs (mystiques), de vivre d'autres routes, d'autres chemins. Il est envoyé en mission avec la certitude que Dieu l'y envoie parce qu'il a besoin de lui pour ses desseins. Abattu un temps, il se remet debout pour marcher sous le regard de Dieu, sans regarder derrière. Il sait, néanmoins, que cette mission ne sera pas facile, et qu'elle conduira à une fin. Cette fin préparera d'autres "commencements"... Pourtant, sa mission est dépossession: d'une mission prophétique de premier plan, dessaisissement de son manteau pour faire grandir un disciple, et vivre par la même une certElie-3.jpgaine pauvreté.

Plus encore qu'un prophète missionnaire, Elie est un contemplatif grandi dans la solitude et purifié au creuset du désert. Déjà le chapitre 18, nous le montrait "caché", se tenant à l'écoute de Dieu et se tenant en sa présence: "Il est vivant, le Dieu en présence de qui je me tiens !" (I Rois 18,15). Il nourrit, dans la contemplation, la foi qui lui donnera la force, si Dieu l'exige encore, d'une nouvelle mission. Il prie, il implore, il supplie, il se met à l'écart de tous et de tout. Il n'a pas vu Dieu comme Moïse, mais il l'a entendu. Et s'il l'a entendu, c'est parce qu'il a su écouter. Tel est le mystique, le zélé, "le jaloux pour Yahvé" (I Rois 19, 10, 14).

"Bienheureux ceux qui te verront Elie, et ceux qui se sont endormis dans l'amour, car nous aussi nous posséderons la vie". (Siracide 48, 11).

Les textes de ce dimanche, nous font entrer dans cet espace intérieur des entrailles du Seigneur, qui est touché, bouleversé par la misère de l’Homme. Le Dieu de Jésus-Christ ne résiste pas à la blessure de celui qu’il a créé. « Ne pleure pas » dira dans l’Evangile d’aujourd’hui Jésus. Combien de fois n’a-t-il pas pleuré sur les prophètes de Jérusalem, les femmes et les enfants, sur le Jeune Homme riche. Il a été touché par la mort de Lazare, et déjà jeune adolescent par la mort de Joseph le Juste. Jésus ne retiens pas ses larmes... « Dominus flevit » : un lieu et une attitude du Christ à Jérusalem (Jésus pleura). Peut-on s’imaginer Celui que l’on appelle dans le Nouveau Testament le « nouvel Elie », le Fils de Dieu pleurer ? Quel fils ou quelle fille n’aura pas été perturbé par les pleurs de son père ou de sa mère ? Un père si fort, si puissant..., mon père peut-il pleurer ? Une mère peut-elle, elle aussi pleurer ? L’Homme-Dieu Elie-4.jpgne pourrait être loin du cœur de l’humanité quand elle souffre. Il ne peut pas se détourner de la souffrance, de la maladie, de la misère, de la guerre... Il est dans et avec ce pauvre, ce malade, ce blessé, ces personnes en deuil. Combien tous les jours les écrans des télévisions, les télescripteurs des agences de presse nous présentent cette humanité en souffrance qu’il faut relever ! Voilà où est notre Dieu. Souvent, et il faut bien se l’avouer, nous sommes en retrait de cette souffrance comme si elle était contagieuse. Notre indifférence nous fait tourner la tête pour mieux conjurer le sort, et dire comme au moment des plaies d’Egypte que la pestilence ne passera pas par la porte de ma maison !!! Pourtant Dieu a courbé le dos pour laver les pieds de ses disciples, pour prendre la main de cette jeune fille, pour aider le paralytique. Comment comme Fils de Saint Vincent-de-Paul nous pourrions-nous suivre ce Christ-Pauvre qui sert les Pauvres, qui nous envoie les évangéliser et les aimer... Les aimer et les évangéliser ??? Combien ce sera beau lorsque nous monterons comme Elie sur ce chariot de feu ! Combien ce sera lumineux de pouvoir vérifier que la Grâce du Seigneur touche les cœurs au point que le plus petit puisse se relever... Ne mettons pas des freins à la miséricorde, à la compassion. Non. Laissons notre cœur aller...

A nous aussi, la route peut paraître sinueuse, pénible, bordée d'épines et de tracas, comme la vie en réserve; mais elle est aussi balisée par l'écoute mystique d'Elie, par son élan missionnaire, son ardent désir de se tenir devant lui, de faire sa volonté. Il nous aide à déconstruire pour mieux reconstruire dans la prière, tout d'abord, puis dans l'action. Il déconstruit nos représentations de Dieu, et veut nous conduire au-delà des déserts stériles vers l'écoute des pas de Dieu, vers le silence ténu dans lequel nous trouverons la paix du cœur, les raisons de vivre et d'espérer. Peut-être, en l'attendant comme les juifs, nous lancera-t-il son manteau, et nous emmènera-t-il dans son chariot de feu ? Bon dimanche à tous.

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Collège d’Antoura, le 6 juin 2013