Préparons dimanche: Homélie du Dimanche de la Sainte Trinité...

Publié le par Patrice Sabater

Un peu d’ordinaire...

 

T1.jpgLes dimensions de notre vie taraudent notre quotidien dans les moindres actes, et jusque dans les derniers retranchements lorsque interviennent la maladie, la vieillesse, le décès d’un proche. Nous sommes confrontés à cette finitude que nous ne pouvons pas circonscrire, renvoyés à nos propres limites humaines – anthropo-sociologiques. Nous voulons retenir, maîtriser le Temps chronique ou diachronique et nous ne le pouvons pas. Non, l’Homme n’est pas Tout-Puissant il est donné au monde pour une partie du Temps, un moment dans l’Histoire de l’Humanité, une virgule dans l’univers familiale..., et il soupire. Il soupire sur lui-même... un long soupir désenchanté. Et nous nous reprenons souvent dans des discussions ou dans un monologue désespéré : « le temps a bien changé ! », « ce n’est plus comme avant... », « de notre temps », « il y a longtemps lorsque j’étais jeune et que les temps étaient meilleurs »..., et la litanie se poursuit dans un flot de souvenirs ou de regard insoumis sur le moment présent, et apeuré pour nous et nos enfants pour l’avenir...

Jean Ferrat reprend les mots de Louis Aragon en expliquant que « la femme est l’avenir de l’homme ». Si la parole est charmante, poétique ; et certainement vraie elle n’inspire pas une quelconque confiance en l’avenir ! En revanche, si nous sommes instruits par la Parole de Dieu elle-même dans cet « ordinaire de vie » que Dieu nous donne nous pouvons fonder notre avenir non seulement en considérant demain, mais surtout en acceptant « l’aujourd’hui de Dieu ». La première lecture (Livre des Proverbes) de ce dimanche nous renvoie au moment princeps de la Création. La Sagesse nous dit « qu’elle fut enfantée » par le Créateur avant même la Création du Monde. Elle est antécédente aux collines, aux montagnes. Elle était « comme un maître d’œuvre » aux côtés du Seigneur des Univers... Et ce Temps devait êtreT2.jpg sans doute magnifique..., un long souffle dans l’impermanence qui se regarde en lui-même et qui prépare notre Monde, qui comme pour les mers et les rivages sera tissé dans des limites possibles – nos limites d’Homme !!! Et le Psaume 8 vient ce matin nous ouvrir les yeux sur la Création du Monde : « A voir ton Ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas. Qu’est-ce que l’Homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? (...) le couronnant de gloire et d’honneur  (...)». Et, nous voilà donc confrontés à nous-mêmes devant les bienfaits du Père de toutes choses. Ô miroir intérieur, Sagesse divine, conscience en mon coeur que dis-tu de moi quand tu me vois abimer la Création ? Pourtant le psalmiste le rappelle : « (...) tu l’établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds » ! Chaque année la collectivité ramasse plusieurs tonnes de déchets, de poubelles, de bouteilles tout au long de la seule autoroute du Liban. Les gens prennent l’habitude de jeter par terre, de jeter par la fenêtre le matin les gobelets en plastiques ayant servis au café, d’accumuler les déchets à Saïda. En France, en Europe on pollue les rivières et les mers, les sources et les champs avec des épandages de produits toxiques. L’Eglise catholique, par l’intermédiaire de l’évêque de Troyes (France) et Président de Pax-Christi France a alerté dans un beau texte les Pouvoirs Publics sur l’Ecologie à partir d’un texte spirituel et d’experts. Le Temps qui passe n’est rien comparé au temps qui se raccourci quand nous limitons la vie de la planète, de génération d’enfants qui subissent maladies et handicaps, quand nous brûlons la matière vive de notre espace vital en « balaçant » dans le ciel des bombes, des hydrocarbures. On dira, ce prêtre est bien négatif ! Que nenni, il ne l’est T3.jpgpas ! Au contraire, en prenant en compte les textes de ce dimanche il essaye d’être réaliste en mettant ses Frères et ses Sœurs devant leurs responsabilités « d’être créés » pour le bonheur, pour la Vie « éco-logique », et pour l’espérance. L’ancien évêque de Montpellier disait que la « vie n’est pas logique ! Elle est psychologique !!! ». Combien, il avait raison...

Nous sommes donc revenus dans ce Temps Ordinaire que propose l’Eglise après ce Temps de Pâques qui s’est terminé par la mémoire du don de l’Esprit Saint, la Pentecôte. Ce dimanche, est le temps où nous célébrons la Trinité Sainte qui nous plonge dans l’intimité même de Dieu, qui nous dévoile le cœur intime de Dieu en son Mystère. Ce Cœur nous aime profondément et sans aucune retenue. L’Esprit Saint qui agit en nous diffuse les grâces nécessaires à pouvoir confesser le Seigneur, à pouvoir en faire un dieu personnel en l’aimant et en l’adorant ; et ainsi apprendre à savoir comment il faut aimer nos Frères et Sœurs « à la manière » du Christ Jésus. « Le Fils s’abandonne à l’amour du Père » nous dit le Père Emmanuel Schwab dans « Prions en Eglise ». Il le fait en plénitude dans ce mouvement d’Amour qui se donne et se communique dans « une brise légère » sans fin qui se reçoit de chaque Personne de la Trinité Sainte. Cette auto-communication est en fait un mouvement. N’est-ce pas simplement le mouvement de la vie ordinaire pour ce Temps en Dieu qui sera TOUJOURS extraordinaire : la contemplation de notre Créateur selon les Trois modes qui nous sont donnés !!! Trois réalités pour une seule Vérité, pour une seule Parole ! Dans ceT4.jpg Temps Ordinaire, dans lequel nous nous plaignons souvent sans essayer de parfaire la Création, de convertir notre vie, le Seigneur continue à nous aimer et à vouloir régner dans nos cœurs. La fin de la Prière Eucharistique reprend cette idée de mouvement en nous plongeant dans la réalité Sainte trois fois célébrée en une seule et même réalité : « Par Lui (Jésus), avec Lui et en Lui, à Toi Père dans l’Unité du Saint Esprit... ».

La Messe est dite dans le Temps pour que nous le fécondions d’une vie droite et sincère, d’une vie donnée aux plus petits et aux plus humbles. Ne cherchons pas au bout du monde les raisons d’une action bienfaisante et solidaire, mais regardons dans le Temps qui court s’il n’y a pas un Pauvre en nous-même et au bout de la rue qui aurait besoin d’accueillir la Vie que Dieu donne en lui donnant plus d’éclat et de soleil... Comme ce Temps Ordinaire sera Extraordinaire quand nous ferons Pour Lui, en Lui et Avec Lui !!! Amen.

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm.

Antoura, le 22 mai 2013

 

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