Préparons dimanche... Solennité du Corps et du Sans du Christ (Corpus)

Publié le par Patrice Sabater

 

Il est marche avec nous...

 

CC-copie-2.jpgQuel souvenir garderais-je pour aujourd’hui ? Serait-ce celui de la Synagogue de Capharnaüm où le Christ dit qu’il était le Pain de Vie ? Celui de la Synagogue de Nazareth où il se proclame la « Torah nouvelle » qui, en Lui, s’accomplit l’Ecriture ? Le souvenir des sources de Tabgha ? Des pèlerins d’Emmaüs à qui Jésus ressuscité rompt le pain ? A celui qui narre cette présence assez inattendue de Jésus sur le bord du Lac ? Il y en aurait des lieux de Vie, des lieux de partage, des lieux eucharistiques... Non, pour aujourd’hui, l’Eglise nous donne à lire l’Evangile de Luc ; et tout particulièrement ce passage où le Christ nourrit son peuple.

Jésus est présent au milieu de tous ces petits, ces chercheurs de sens à leur vie, les pauvres de Galilée. Ils savent pourquoi ils ont fait ce long chemin. Rien ne peut les en détourner ! Ils veulent voir Jésus, le jeune rabbin de Nazareth. Peut-être pour moi aussi accomplira-t-il un miracle ! Il me touchera, me parlera, posera le regard sur moi. Dieu avec moi, et Dieu avec nous tous. La présence, de Dieu qui se donne à entendre, à voir, à toucher. Tel Jésus durant l’Eucharistie. Tel Jésus au Saint Sacrement de l’Autel, à l’Adoration de son Cœur. Jésus n’est pas absent de son Peuple. Il est avec lui dans l’épreuve et dans la joie, mais Jésus est le Christ et cela change beaucoup de choses. Il n’est pas là dans ce champ parsemé des belles fleurs jaunes et des coquelicots de Galilée pour vivre avec tant d’autres un moment romantique ! Il n’agit pas, ici, comme un gourou, un faiseur de miracles, un magicien. Non. Il est là pour nourrir son Peuple de sa Présence « efficace ». Il est au milieu d’eux pour les nourrir de sa Parole et leur faire entrevoir le Royaume des Cieux « là et pas encore ». Il est là au nom du Père et il parle à tous dans l’Esprit. C’est à la Table de la Parole qu’il nous faut d’abord nous asseoir. Je remarque que certains dans nos communautés dominicales prennent l’habitude de prendre leur temps, tout leur temps au point d’arriver en retard, voire très en retard. Peut-être n’ont-ils pas compris qu’il ne s’agissait pas d’honorer seulement l’aiguille qui marque le temps et de respecter l’assemblée, mais surtout d’arriver au son de la cloche pour écouter la Parole de Dieu. Nous commençons par le signe de la Croix,CC2-copie-1.jpg et nous entrons dans ce pèlerinage dans la foi en écoutant ce que Dieu nous dit à travers l’Histoire des Hommes, de nos Frères et sœurs. Comment l’Esprit Saint leur a parlé, comment il les a guidés, comment il a façonné leurs cœurs. Table de la Parole dont parlaient les Pères de l’Eglise. Comment donc pouvoir accéder à la Table eucharistique, à la Table du Corps et du Sang si on n’a pas écouté et mangé la Parole du Seigneur ?

On le voit bien dans cet évangile du jour, Jésus enseigne et guérit avant de nourrir le corps. Il infuse la Parole avec les mots qui conviennent pour le Salut de leur âme, pour les mettre sur le chemin de la vie éternelle.  Les Apôtres sont comme à l’habitude un peu terre à terre, pris dans les filets d’une réalité objective qui ne compte pas avec la Grâce. Oui, de fait, l’endroit est désert et la foule est très nombreuse... Jésus qui vient de guérir serait impuissant, complètement désarmé !?!

Cela appelle à une autre réflexion pour ceux d’entre nous qui disent le « bénédicité » et « les grâces » à table. Nous utilisons cette formule redoutable sans le moindre calcul, avec une innocence désopilante et une mise à distance déconcertante de notre action : « Bénissez-nous Seigneur, bénissez ce repas et ceux qui l’ont préparé. Procurez du pain à ce qui n’en n’ont pas ! ». Nous avons dit par habitude ce qu’il fallait dire pour pouvoir nous restaurer... Nous sommes, en fait, comme les Disciples. Nous renvoyons à d’autres... Que les Pauvres se débrouillent ou du moins que tu Te débrouilles avec eux... Ce n’est pas mon problème puisque « tu vas procurerCC3-copie-2.jpg le Pain». Quelle est notre action, à nous ? Comment apprenons-nous à partager et nous aidons les autres à le faire ? Comment gagnons-nous ce Pain et cette nourriture ? C’est Dieu Seul qui doit « procurer » ce que les autres n’ont pas ? Suffit-il seulement de « renvoyer  la foule ». Mais voilà que le Christ se montre plus pédagogue que nous : il entend. Il comprend. Il invite à s’asseoir et à faire asseoir les gens « par cinquante personnes ». Dans un acte (déjà) eucharistique Jésus multiplie les cinq pains et les deux poissons pour que se remplissent les douze paniers au nombre des Douze Apôtres. Chacun d’entre eux ira donner aux 600 « auditeurs »..., et peut-être plus ce qui lui revient non de droit, mais par amour seul ! « Il est venu façonner une terre de tendresse pour nous apporter la Bonne Nouvelle de l’amour que Dieu nous porte ».

L’Evangile ne nous dit pas dans quels sentiments devait être le Christ. On peut supposer que son cœur était au repos, heureux de voir s’accomplir un signe de l’amour préférentiel du Père pour ces « petits ». Et que dire, alors des Apôtres ? Conquis ? Défaits ? Heureux ? Sans doute tout à la fois. Retiendront-ils ce signe pour demain ou après-demain ? Se souviendront-ils de la multiplication des Pains et des Poissons au Cénacle ? A Emmaüs ? Il leur faudra du temps comme pour nous avant que nos écailles tombent, avant que notre cœur soit vraiment en fête...

Et, je ne peux avant de terminer, me souvenir de cet homme - CC4.jpgMohammed al-Sayyid al-Moussaoui, devenu Joseph Fadelle suite à sa conversion au christianisme. Il est un écrivain. Né en 1964 en Irak au sein d'une grande et noble famille musulmane descendante du Prophète. Il doit fuir sa famille et son pays car une fatwa est prononcée contre lui en raison de son changement de religion. Il vit en France depuis 2001 et est citoyen français. Dans le livre (« Le prix à payer ») qu’il a écrit il raconte son parcours, sa conversion. Il brave tout, risque mille périls, est poursuivi, blessé par sa famille qui le laisse pour mort sur un chemin... Tout cela parce qu’il rencontre un homme à l’Armée, un chrétien qui « hésite » avant de lui parler du Christ, de l’Amour du Christ. Ce nouvel « ami chrétien » a peur... Il donne, cependant, la Bible à Mohammed. Ils discutent tous les jours ensemble jusqu’au jour où ce « nouvel ami » rentre dans sa famille soudainement. Il ne le reverra plus, car ce dernier mourra malencontreusement dans un accident banal de circulation... Mohammed ne comprend pas, ou du moins il commence à être saisi au cœur, par le cœur ; et un jour – une nuit il rêve de quelque chose qui se mange, de quelque chose de particulier qui réchauffe son cœur et son âme... Serait-ce le Corps du Christ ? Serait-ce cet Amour dont parlait son ami ? Ce rêve restera profondément dans son cœur et l’envie d’y goûter ne le quittera jamais... Converti après de longues tentatives et un parcours ahurissant, il quitte l’Irak avec sa femme (qui se convertit également), et avec leur fils. Ils seront tous trois baptisés en catimini ; et enfin il pourra ENFIN communier au Pain de la Vie !!! Ce témoignage est le récit de sa conversion et du prix qu'il lui a fallu payer pour vivre librement sa nouvelle religion. Il risque sa vie et celle de ses proches pour l’Amour du Christ, à cause de l’Eucharistie... Et, nous-mêmes qui arrivons soit en retard, ou qui trouvons mille excuses pour ne pas venir à la Messe, ou qui communions par habitude sans plus réfléchir à ce que nous faisons, à la portée de cet acte de foi et de communion avec tous ceux qui dans l’Eglise suivent le Chemin du Christ..., nous devrions lire ce livre qui nous aiderait à nous aussi boire à la Coupe du Salut et prendre part au Corps du Seigneur pour la Vie éternelle !!! Bon dimanche à tous et belle rencontre avec le Seigneur !!!

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm.

Antoura, le 30 mai 2013 

 

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