Préparons Dimanche: « Ta foi t’as sauvée. Va en paix ! » - Homélie du 16 juin 2013

Publié le par Patrice Sabater

« Ta foi t’as sauvée. Va en paix ! »

 

Marie-Madeleine-1.jpgSeigneur, n’y-a-t-il pas plus belle femme que cette magdaléenne ? N’y a-t-il pas plus beau parcours à l’intérieur d’un cœur qui a voulu se donner sans compter ? Personne ne connaît ses traits... On la peint les cheveux roux courant comme une rivière qui serpente sur ses épaules frêles, les cheveux libres comme l’air. Cette Marie-là ne savait comment se poser dans la société des hommes, comment mettre la main sur sa vie pour la mener à bien ; alors ce sont les hommes qui ont mis la main sur elle..., malgré elle. Qui la voit, d’ailleurs ? C’est à peine si on la remarque. Elle n’est qu’une chair sans nom, sans contours, sans vie, sans espoir, sans lendemain. Le jugement dur des hommes  qui ont commerce avec elle lui tient de béquille. Après leurs frasques, ils ne se souviennent plus de l’objet de leurs désirs fous. Les autres la dénigrent... Le Nouveau Testament ne parle pas de sa famille. Etait-elle célibataire ? A-t-elle vécu un amour déçu ? Sa famille était-elle dans son entourage ? Qui pouvait la défendre et la conseiller ? Elle semble être seule au Monde ; pourtant un homme parmi d’autres va poser les mains sur elle, sans la toucher, sans la désirer. C’est de son regard de paix, plein d’amour pour ce qui a de beau à l’intérieur qu’il va l’aimer, l’accueillir, lui donner une dignité la relevant de terre, la relevant de son péché, et al donnant comme un exemple de la grâce miséricordieuse de Dieu Père sur elle.

Quand Jésus était nouveau-né des Mages étaient venus d’Orient apporter de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Chaque élément disait quelque chose de la royauté, de la messianité de Jésus qui est Christ, et de son ensevelissement dans la mort pour la Vie éternelle. La myrrhe préfigurait déjà ce temps où il faudrait nettoyer, purifier le corps avec des herbes ; ce que firent d’ailleurs les femmes au tombeau. Et, voilà que cette pécheresse vient dans une maison deMarie-Madeleine--A-.jpg ceux qui « se disent » des Justes toucher de ses mains peccamineuses, de ses cheveux souillés qui ont frôlés tant de corps et de sueur, de ses larmes qui sont le fruit de son péché et du Mal qui ronge son cœur. « Elle verse du parfum ». C’est un produit très cher. Un homme d’Israël, un rabbin, un Prophète de Dieu ne se fait pas toucher ni par un pécheur, ni par un lépreux et ni par une « femme de mauvaise vie ». Mais cette femme dans sa simplicité, dans son humilité avait les choses non selon son état de pécheresse, mais selon son cœur. L’impensable nous surprend bien souvent...

Il me souvient un temps où nous partagions la vie d’un quartier avec les prostituées. J’étais au Séminaire d’Avignon ; la ville des Papes ! Avignon est « une ville ouverte » ; c’est-à-dire qu’elle permet d’accueillir spécialement les détenus libérés sous caution ou qui sont sous contrôle judiciaire d’être en semi-liberté. Ils n’ont pas le droit d’aller ailleurs. Le Séminaire interdiocésain se situait non loin de la Gare, à la Rue Paul Manivet. A l’entrée de la rue vers le Gare, il y avait des prostituées « de petite condition ». Au milieu de cette rue non loin d’un sauna, se trouvait une maison où martine et ses copines recevaient les messieurs en mal de sensations fortes. Les Séminaristes passaient dans cette rue tous les jours pour une raison ou une autre puisque c’était le chemin pour rejoindre le Centre-Ville, les églises ou les activités pastorales. Nous avions établi avec elles des contacts de bon voisinage poli et distant. Peu à peu, et sous l’égide des supérieurs qui se sont succédés, les liens ont été de plus en plus forts au point de « cheminer » avec elles, de lire l’Evangile, de faire un partage de vie et d’Evangile, Jesus-et-Marie-Madeleine-3.jpgd’accueillir la vie. Seuls amis vrais dans leur vie défaite, elles considéraient la vie sous un autre angle. Un jour, avec l’accord de notre supérieur, nous les avions invitées à une célébration eucharistique au séminaire (au bout de la rue). Je ne faisais pas partie des quelques séminaristes qui étaient véritablement en lien avec elles. Je voyais plutôt cela de l’extérieur... Ce jour-là, je me trouvais à ma place habituelle dans une des stalles de la belle chapelle en bois. Il y avait des chaises au milieu placées à cet endroit du fait que c’était une grande célébration. Mon cœur s’est réjoui de voir ces femmes montrées du doigt au premier rang. Quelle belle page d’Evangile en action !!! Les premiers seront derniers et les derniers à la première place. Nous avons tant besoin d’hommes comme Jean XXIII, comme Jean-Paul II, comme le Pape François... Mgr Oscar Romero, Mgr Helder Camara !!! Des hommes qui posent des actes évangéliques et prophétiques, des actes d’amour et de compassion, de pardon et de miséricorde. Ce jour-là c’était beau. Quelques temps après, un de ces femmes Martine, nous annonçait qu’elle avait entamé une formation en CAP pour devenir coiffeuse et qu’elle continuait. L’année suivante, elle n’était plus là. Savez-vous pourquoi ? Parce que la Grâce du Seigneur, par les effets de la Providence, fait des miracles. Elle a réussi son CAP et a été embauchée dans un salon de coiffure ! Aujourd’hui, ses mains ne caressent plus l’objet d’un autre commerce plus sombre, mais les cheveux des clientes ou des clients, et cela est une béatitude !!!Lataste-2.jpg

Il y a eu pour Martine et pour ces filles une rencontre avec des jeunes hommes qui se destinaient à être prêtres ; et qu’ils le sont aujourd’hui pour la plupart. Il y a eu cette rencontre avec des femmes incarcérées dans une « Maison de force », non loin de Bordeaux, avec un jeune Frère dominicain : le Bienheureux Frère Lataste, op. Il fonda la Congrégation des Dominicaines de Béthanie. Une Congrégation avec des « oies blanches » et d’autres qui avaient connues la prison pour des vols, des crimes crapuleux et pire encore. Il y a eu dans l’Histoire de l’Humanité tant de signes de la miséricorde de Dieu. David pécheur et converti pardonné en est un parmi tant d’autres...

Au jour du jugement devant Pilate la voyant crier à gorge déployée pour que le Nom de Jésus soit sauvé des mains du Procurateur ; et la voilà encore le Troisième Jour dans le Jardin de la re-Création chercher Celui que son cœur de convertie aime. C’est à elle que Jésus apparaît et qui lui délivre le message de la Résurrection pour les Apôtres et la Vierge Marie. Dans ce jardin une voix si belle, si pure, avec une intensité si douce à nulle autre pareille lui fait reconnaître cet homme comme son Seigneur et son Dieu ressuscité... « Nollis me tangere ». « Ne me retiens pas ! ». Oui, rien ne saurait retenir le fruit du cœur. Cette femme est non seulement pardonnée, mais de la bouche même du christ est « sauvée ».

Notre regard bien sou393425 409193682476035 1313403987 nvent désigne l’Autre, mon frère et ma Sœur, plus durement que le Christ ne nous juge. Ne nous dit-il pas : « Moi, je ne juge personne » ? Notre poutre est si grosse, notre péché si présent que pour nous permettre de vivre nous sommes hélas bien tristement dans l’accusation, la comparaison, l’anathème !!! Le Cœur du Christ que nous fêtons ce mois-ci est aux antipodes de cette attitude. Essayons de regarder en nous-mêmes ce qui pourrait être changé, amélioré, accueilli par le Seigneur. Soyons dans la même disposition de bonté pour accueillir simplement la vie des autres en les reconnaissant comme des êtres aimés. 

Il n’y a rien que l’Amour ne puisse accueillir. Rien qui nous puisse être définitivement à distance du Cœur de Dieu, Lui qui est Pardon et Tout Puissant en Amour et en Miséricorde. Amen.

 

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Antoura, le 13 juin 2013