Proche-Orient: Rentrée de l’ONU décryptée par Mgr Shomali, Vicaire Patriarcal de Jérusalem

Publié le par Patrice Sabater

Mgr Shomali compresséNEW YORK – La 68ème Aassemblée générale s’est ouverte mardi 24 septembre à New-York dans un contexte international tendu. La crise majeure du moment concerne la Syrie mais les regards se tournent aussi vers le dossier nucléaire iranien et les discussions de paix entre Israël et Palestine. Décryptage avec Mgr William Shomali, vicaire patriarcal à Jérusalem.

1. Le Président iranien a martelé que son pays n’était “pas une menace“, ni pour le monde ni pour la région du Proche-Orient. Ces tentatives d’apaisement suscitent un espoir prudent chez les diplomates occidentaux, mais n’ont pas du tout séduit les autorités israéliennes. “Cette intervention traduit exactement la stratégie iranienne qui consiste à parler et à gagner du temps pour faire progresser ses capacités à se doter d’armes nucléaires” a dit Benyamin Netanyahou. Pensez-vous qu’une chance puisse être toutefois donnée à la diplomatie ?

Hassan Rohani, politicien habile, veut gagner du temps et continuer son programme nucléaire, certainement. Les occidentaux ont raison d’avoir leurs doutes.
Mais on ne devrait pas s’installer dans ce cercle vicieux où le mensonge a une grande part.
Il faut résoudre le problème iranien d’une manière radicale. Ce qu’on devrait faire, c’est nettoyer le Moyen-Orient de tout programme nucléaire. Car une bombe, qu’elle soit indienne, pakistanaise, iranienne ou israélienne est une bombe atomique destructrice.
Des efforts doivent être faits pour empêcher les programmes nucléaires et la fabrication d’armes chimiques. Il faut d’autre part résoudre tous les problèmes politiques qui amènent à l’utilisation de telles armes.

2. Un retour de l’Iran dans le concert des nations peut-il aider à mettre un terme à la tragédie syrienne ?

L’expression « mettre un terme » est prétentieuse. L’Iran est certes un élément incontournable du conflit mais il n’en est qu’un élément au même titre que la Russie ou le Hezbollah qui apportent de l’aide à la Syrie.
La bonne solution devrait avant tout venir de l’intérieur de la Syrie, des Syriens eux-mêmes avec – et il le faut –  une pression internationale. Pour cela, il faudrait suivre plusieurs étapes dans l’ordre qui suit :

- Instaurer un cessez-le-feu immédiat
- Empêcher toute entrée d’armes en Syrie
- Préparer le chemin à des élections libres et transparentes
- Accepter le résultat de ces élections en question.

Dans cette vision, l’Iran aurait un rôle à jouer car, étant ami de la Syrie, il pourrait exercer une influence positive dans l’instauration d’un cessez-le-feu…69689 10151213042460876 2008089975 n

3. Quel est votre regard sur les tergiversations occidentales quant à une intervention militaire en Syrie ?

Je comprends qu’il y ait pu avoir des hésitations de la part des Etats-Unis et de l’Europe pour plusieurs motifs.
D’abord pour un motif éthique : on n’a pas encore vérifié qui étaient les auteurs de ces attaques chimiques. Donc on ne peut pas attaquer quelqu’un sans avoir prouvé sa culpabilité. Et d’ailleurs, s’il s’agissait des rebelles, est-ce que l’Occident déciderait d’attaquer ?
Ensuite, il y a un motif de peur : celui de l’escalade de la violence et d’une conflagration régionale.
Enfin, le troisième motif concerne les vétos russes et chinois et l’abstention du parlement anglais, ce qui a freiné Obama lui-même.
Parlant à un niveau plus spirituel, la participation de millions de fidèles à la journée de prière et de jeûne, voulue par le pape François, et qui a eu lieu le samedi 7 septembre, a eu un impact sur les politiciens. Dieu travaille d’une façon invisible et imprévue.

4. Obama et Hollande veulent arracher aux Russes une résolution contenant une menace claire d’usage de la force en Syrie si Assad ne tient pas ses promesses d’éliminer les armes chimiques. Pensez-vous qu’ils ont raison ?

Si nous regardons les faits avec les yeux de Hollande et d’Obama, on arrive à la conclusion qu’il faut utiliser la force contre Assad. Mais cette vision présume qu’Assad est un dictateur, voire la cause de tous les maux en Syrie et qu’il faut donc l’éliminer coûte que coûte. L’histoire des armes chimiques n’est en réalité qu’un bon prétexte pour eux pour l’attaquer et ensuite le supprimer. N’est-ce pas un moyen d’affaiblir l’Iran et le Hezbollah, grands ennemis des Etats-Unis ?
D’autre part, Hollande et Obama ne veulent pas reconnaître que leur approche de la question syrienne n’est pas objective. C’est vrai qu’Assad est un dictateur mais il reste modéré comparé à d’autres dictateurs du Moyen-Orient.
Nous entendons souvent parler de la nécessité d’instaurer la démocratie au Moyen-Orient ; mais on se trompe en croyant qu’elle puisse s’installer en quelques mois. La démocratie en Syrie a besoin d’une longue initiation et elle ne naît pas naturellement d’une guerre civile ou d’une attaque de l’extérieur ou même de la victoire des rebelles syriens, dont une bonne partie sont des Salafistes, Djihadistes voire appartenant à Al Qaedah.
L’expérience irakienne en est la preuve. On pensait changer tout en cinq semaines mais aujourd’hui, des années après, ce pauvre pays souffre d’une instabilité terrible qui, chaque jour, coûte la vie à de nombreux innocents. Je voudrais que la leçon irakienne serve à tous les politiciens.

5. Barack Obama a affirmé ne pas entretenir d’« illusions » sur la difficulté de parvenir à une paix entre Israël et les Palestiniens. Qu’attendez-vous concrètement des pourparlers en cours ?

L’unique chemin pour une solution est le dialogue politique. Un dialogue, honnête, transparent, créatif et basé sur une plate-forme internationalement acceptée.
Jusqu’à présent les négociations bilatérales ont échoué.
Partant du constat que les mêmes causes Vue sur Jérusalem (St sépulcre et Mosquée) compresséproduisent les mêmes effets, on peut conclure que s’il y a un manque de flexibilité, les négociations vont échouer, et il y aura escalade dans la violence…
Je voudrais citer un diplomate américain qui en session privée déclara : « Quand deux ennemis se disputent depuis plus de 80 ans et qu’ils n’arrivent pas à dépasser leurs problèmes, l’unique chose est de leur imposer la solution. »

6. Le chef de l’Etat américain a estimé que la communauté internationale n’avait pas été à la hauteur face à la tragédie syrienne… L’occident est-il aujourd’hui un spectateur impuissant face au Moyen-Orient en général ?

Oui, il a raison. Le monde a été spectateur et j’oserais même dire coupable. Si un pays a le pouvoir d’agir en faveur de la paix et qu’il ne le fait pas, alors il est responsable d’un péché d’omission.
Il y a eu également des complices (regardez l’exemple des armes en Syrie) qui ont rendu le conflit plus long, plus dur et sans victoire d’un côté ou de l’autre. L’unique solution est de décréter comme je l’ai dit un cessez-le-feu suivi de négociations entre les deux parties sous tutelle internationale. Ne pas marcher sur ce chemin signifierait prolonger le conflit en connaissance de cause et avec pleine responsabilité.

7. On a vu des tentatives d’extrémistes qui cherchent à provoquer un conflit interconfessionnel au Proche-Orient (attentats en Irak, Egypte, Syrie…). Est-ce votre analyse ? Estimez-vous que la situation puisse empirer et que la radicalisation religieuse s’accroisse de plus en plus au détriment des chrétiens ?

Il est vrai qu’il y a une radicalisation au Moyen-Orient car surgissent des idéologies religieuses basées sur l’intolérance, et les chrétiens en souffrent.
Les chrétiens ne doivent pas pour autant se vêtir d’habits de victimes de persécutions et attendre du ciel une solution toute faite. Ils ne doivent pas rester neutres et s’enfermer dans un ghetto. Ils doivent au contraire s’investir dans la vie politique de leur pays, souffrir et lutter avec les autres citoyens, et faire des alliances intelligentes avec les musulmans modérés… Les coptes en Egypte ont compris cette nécessité de s’engager dans la vie publique notamment lors du dernier coup d’état. Ils sont également actifs dans l’élaboration de la nouvelle constitution.

Source: LPJ.org/Propos recueillis par Christophe Lafontaine